Chronique

Chronique de VANF – Chaos primordial avant Nouvel An

Hier, c’était lundi. Aujourd’hui, on est mardi. Demain, il sera mercredi. Jours ordinaires d’une banale semaine. Mais, nous avons décidé que ce serait le Nouvel An.

Nous pouvons raisonner de la sorte parce que nous avons inventé, et convenu, d’un calendrier intelligible et pratique à tous. Il y a 7 millions d’années seraient apparus les premiers ancêtres de notre lignée. Il y a 3,5 millions d’années, la bidépie était attestée par des traces de pas découvertes en Tanzanie. Les dates d’apparition d’Homo habilis, Homo erectus, Homo georgicus, aussi anciennes soient-elles, ne sont jamais que des inventions de notre temps.

Les premiers Homo sapiens, apparus en Éthiopie il y a 200.000 ans, ne savent rien de notre calendrier actuel. Notre génération n’a pas consulté les fossiles et les momies dans l’élaboration du comput qui nous permet d’affirmer, avec tant de certitude mais à l’insu du plein gré posthume des principaux concernés, qu’ils sont apparus X, ont prospéré Y, avant de disparaître Z.

Rien qu’à Madagascar, nous n’arrivons déjà pas à nous mettre d’accord sur le calendrier du Nouvel An malgache : Suivre le Soleil? Se baser sur la Lune ? Épouser le cycle agricole ? Ce n’est pas tant la préoccupation du temps qui a passé, mais la susceptibilité de l’Année Zéro. Avant le janvier grégorien, il y avait l’alahamady zafiraminia lui même précédé par l’asara sanskrito-indonésien.

Il est symptomatique que les derniers arrivés aient systématiquement «formaté» le calendrier de leurs prédécesseurs. Énoncer une Année Zéro, pour faire table rase du passé de l’Autre. C’est bien par cette méthode que le «temps Vazimba» nous est parvenu aussi grotesquement, déjà méthodiquement déformé par l’histoire officielle de Ralambo (XVème siècle) et les légendes de la métallurgie ou de la viande de boeuf. C’est encore par cette méthode que les manuscrits malgaches du XIXème siècle sont si prolifiques en détails du jour le jour en oubliant de «dater» le temps long de la «maison Andriana» (comme on dirait «maison mérovingienne», «maison Hohenstaufen», «maison Tudor»).

L’ancien «Fandroana», observé jusqu’à la chute de la monarchie en 1895, comportait un épisode devenu objet de fantasmes. C’était la nuit de l’abolition codifiée des strates et des barrières sociales. Une simulation, qui devait être parodique, du chaos primordial. Avant de se souhaiter mille vies pour la nouvelle année.

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