Accueil » Editorial » Se mettre sur son trente et un
Editorial

Se mettre sur son trente et un

Le 31 octobre est une date historique pour le pays. Mais aucun régime n’a osé la célébrer ou la commémorer comme le 29 mars ou le 26 juin. En 1991 à l’hôtel Panorama, les protagonistes de la crise politique de l’époque avaient signé « La Convention du 31 octobre », ayant mis fin à un conflit ouvert depuis le 1er mai au Coum 67 hectares. Où les Forces Vives, plateforme réunissant sous une même bannière les opposants au régime Arema de Didier Ratsiraka, réélu à la présidence de la République deux ans plus tôt, avaient organisé leur premier meeting de contestation. L’autodafé de quelques rares spécimens disponibles du « Livre Rouge », un des fondements de la seconde République, et des effigies à la gloire de Didier Ratsiraka, avaient marqué cette chaude journée au début de l’hiver, coïncidant avec la Fête du travail, souvent consacrée aux revendications sociales et syndicales.

Forts du soutien moral des quatre prélats du Conseil œcuménique des Églises chrétiennes, le tout puissant FFKM, les leaders des Forces Vives avaient multiplié les sorties publiques et les descentes dans la rue. D’un jour à l’autre, les rangs des manifestants grossirent. Ils finirent par investir la Place du treize-mai. Avec la venue des fonctionnaires, des salariés des banques privées, des agents de la Jirama, des transporteurs, un des secteurs-clés, ceux des professions libérales, les Forces Vives avaient décrété une grève générale illimitée par le blocage de la machine administrative. Tous les jours sur la Place du treize-mai, ils étaient des milliers à braver le vent, le froid puis le soleil pour obtenir le départ sans condition de l’Amiral.

Mais celui-ci refusa de céder la barre d’un navire parti à la dérive. « Ils peuvent faire le tour de l’Avenue de l’indépendance cent ou mille fois, étant élu, je ne partirai que par la voie des urnes » avait martelé Didier Ratsiraka. Il fit une concession, la nomination du maire de la capitale, Guy Willy Razanamasy, une personnalité médiane entre les deux camps rivaux, comme Premier ministre. Louable mais insuffisante pour les Forces Vives. Son obstination à s’accrocher au pouvoir avait fini par lasser la patience des manifestants exigeant sa retraite précoce.

L’aile dure du mouvement, incarnée par le professeur Albert Zafy et le pasteur Richard Andriamanjato optèrent pour « La Marche de la liberté » qui se termina par un carnage aux abords du palais d’Iavoloha. Le MFM de Manandafy Rakotonirina, de son coté, suggéra un « Accord politique » visant à déposséder Didier Ratsiraka de l’essentiel de ses prérogatives régaliennes.

Au regard des principales dispositions de la « Convention du 31 octobre », acceptée par tous, des pouvoirs élargis au Premier ministre Guy Willy Razanamasy, confirmé à son poste, la création de la Haute autorité de l’État, HAE, présidée par le professeur Albert Zafy et le maintien de Didier Ratsiraka à la présidence pour inaugurer les chrysanthèmes, Manandafy Rakotonirina, taxé de traître par les « éléments radicalisés » des Forces Vives, avait eu raison.

Cette sortie de crise politique négociée sans l’intervention de la communauté internationale, mais sous la pression de l’Armée, est un modèle unique en son genre. Nigériens, Tanzaniens et Ivoiriens peuvent aujourd’hui s’en inspirer.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter

Voir aussi