Chronique

Histoires vaticanes – Et si Wojtyla n’avait pas été Pape

Dimanche 2 avril 2005 à 21h37, heure italienne, le premier Pape à être venu à Madagascar gagnait son dernier combat contre la douleur. Jean-Paul II n’était plus, comme si une personnalité aussi immense pouvait désormais se conjuguer au passé, pour ne plus être qu’un pensionnaire de plus des caves du Vatican. L’année suivante et à défaut d’être planétaires, les cérémonies du souvenir rassemblèrent de nombreux pays dans la même ferveur: cent mille personnes sur la Place SaintPierre de Rome, Chemin de Croix dans les rues de Cracovie et prières devant sa maison natale de Wadowice, messes commémoratives à Munich comme à Lourdes, à Moscou comme à Philadelphie, concert d’orgue à New York…

Jamais Souverain Pontife n’aura autant marqué son époque, en outrepassant les frontières tracées au mieux de leurs intérêts par les VRP de la laïcité. Ces derniers ont-ils oublié que, toutes religions confondues, c’est l’Église protestante qui constitua le noyau dur de la contestation dans la défunte Allemagne de l’Est, par son réseau de petites paroisses ? Ou que les derniers espoirs du peuple tibétain contre l’acculturation sont suspendus à la toge du Dalaï Lama ? Sans le « Pape polonais », Solidarnosc n’aurait été qu’un feu de paille. Plus encore que ce que la mythologie a attribué au nez de Cléopâtre, lemonde contemporain n’aurait pas suivi le même cours si Karol Wojtyla n’était pas devenu Jean-Paul II.

« Mon Royaume n’est pas de ce monde. »Doit-on conclure que lui, le successeur de Pierre, a contrevenu à cette vérité biblique? La polémique n’a pas lieu d’être ouverte, car tout l’engagement de Jean-Paul II a été guidé par des principes moraux inspirés de l’enseignement du Christ, Celuilà même qui a demandé à son Père non pas d’enlever ses disciples du monde, mais de les préserver du Mal. Tout porte à croire que François qui a « fait » ses classes dans les quartiers pauvres de Buenos-Aires suivra la même ligne, mais à sa manière, et sera autant sinon plus interventionniste encore. Car le jour où l’Église s’enfermera entre les quatre murs d’un édifice oblong surmonté d’un clocher, le Fils de l’Homme connaitra, c’est certain, sa deuxième crucifixion…

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter