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Editorial

Tous coupables

Doit-on s’étonner de ce qui se passe? Qu’un respectable religieux soit mêlé à un projet d’attentat? Que des officiers étrangers et malgaches fomentent un attentat? Il n’y aucune surprise dans la situation actuelle. Ce n’est que le résultat de ce qu’on a fait de la République depuis la révolution socialiste. On a beau dire et c’est écrit dans la Constitution que l’État est laïc, c’est juste une intention. L’État et les politiciens surtout se sont servis de l’Église pour parvenir à leurs fins. On recourt au service de l’Église pour régler une crise. On consulte l’Église pour les mesures sanitaires. L’avis de l’Église vaut parole d’évangile à propos des décisions politiques importantes. L’État contribue à la construction d’églises et à l’installation de pasteurs. Logiquement, l’Église a pris goût au nouveau rôle qu’on lui affuble étant donné qu’il ne faut pas tenter le diable. Les politiciens ne peuvent que s’en mordre les doigts si des religieux se laissent tenter par l’infraction aux dix commandements. L’État n’a qu’à rester laïc et que l’Église ne se « prostitue » pas et le ciel sera bleu.

De même, les militaires ont été qualifiés de militants en uniforme par Ratsiraka. Ils ont pris à la lettre cette nouvelle appellation. Le gouvernement ressemblait à s’y méprendre à une junte militaire. Des officiers occupaient des postes politiques et administratifs. Certains ont créé des partis politiques contrairement à leur déontologie. La politisation de l’armée a fait qu’elle a explosé lors de la crise de 2002. Les officiers mis à l’écart par Ratsiraka ont pris fait et cause pour Ravalomanana. Deux factions ont livré une guerre fratricide durant sept mois. C’est le début de la fracture qui ne sera plus réparée. La crise est plus grave en 2009 avec une mutinerie des sous-officiers et un refus d’exécuter les ordres. L’humiliation d’un général contraint de démissionner par des caporaux et des sergents est gravée dans toutes les mémoires. Des images insoutenables qui ont marqué à jamais l’image de l’armée et qui ont laissé des séquelles difficiles à effacer. À l’image d’une manivelle, les perdants aujourd’hui seront les gagnants de demain et ainsi de suite.

Les politiciens ne peuvent que s’en prendre à eux-mêmes. Ils ont oublié que l’armée est un rempart de la République et non un bouclier du pouvoir. Tant qu’on se sert de l’armée pour consolider un pouvoir, le cycle restera infernal, l’alternance manivelle.

Il va falloir donner un sérieux coup de balai pour remettre de l’ordre dans le pays. Une véritable refondation comme le préconise Edgard Razafindravahy dans sa chronique hebdomadaire. « Les militaires doivent retourner dans les casernes ».

Une profonde rétrospection est également nécessaire pour la Justice qui marche sur la tête comme le signale une publication de l’ancienne ministre Noro Harimisa Razafindrakoto, président de l’association des magistrats pour la revalorisation de la fonction de juge. « Aujourd’hui, au vu de l’atmosphère de plus en plus délétère, je commence sérieusement à m’inquiéter pour les magistrats et la Justice en général ». Tout le monde s’évertue à faire le juge et le verdict est donné avant le procès. Elle lance un appel solennel au Conseil supérieur de la magistrature et au Syndicat des magistrats pour prendre leur responsabilité face à toutes ces dérives. Il faut sauver le soldat République.

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