Courrier des lecteurs

Pleure, ô ma natation bien aimée ! (Première partie)

J’ai vu et lu vos réactions par rapport aux résultats des JIOI et ça m’a fait tout simplement mal le fait que beaucoup comprennent mal les valeurs du sport et de l’olympisme.
D’abord la natation est un sport de base, une discipline olympique au même titre que l’athlétisme qui ne peut être remplacé par aucun autre sport, et qui a existé depuis les premiers Jeux Olympiques. Donc l’idée de ne plus y participer ou de la remplacer par une autre forme genre « course ganagana » n’est pas digne d’un pays en développement comme Madagascar.
J’ai dit maintes fois qu’il faut investir pour former des nageurs de haut niveau. La natation, c’est une culture de l’effort par excellence et c’est l’un des sports qui ramènent le plus grand nombre de médailles aux jeux au même titre que l’athlétisme. Raison pour laquelle , tous les pays investissent dans la formation des futurs champions, principale­ment en infrastructures et en moyens pour la préparation et l’entraînement. Le minimum serait d’avoir des piscines ouvertes toute l’année douze mois sur douze avec une température entre 25 et 28 degrés. Ce qui est loin d’être le cas chez nous. Pour les nageurs des régions, les problèmes sont plutôt la motivation et souvent l’inexistence de piscine même pour s’entraîner. S’entraîner dans une eau à basse température ne sert absolument à rien si on veut la performance. Un nageur, c’est comme un poisson dans l’eau. À entendre l’interview de l’un des médaillés de ces jeux, il faut dans les 20 heures d’entraînement par semaine ce qui équivaut à près la moitié du temps passé au bureau pour un employé à plein temps.
Pour ceux qui disent que les résultats sont lamentables, ce n‘est pas non plus vrais car en natation, on juge les résultats par le facteur temps et aller en finale aux Jeux des Îles de l’océan Indien (JIOI) ne veut pas du tout dire « gisitra ». Il y a la phase éliminatoire qui se passe le matin et seuls les 8 meilleurs nageurs classés au temps arrivent en finale. Ce n’est en aucun cas une honte mais un honneur, aussi valeureux qu’une place en quart de finale en Coupe d’Afrique des Nations. Le niveau de la natation aux JIOI est très élevé et tous les nageurs « évoluent à l’international » comme on dit dans notre jargon et adeptes des grandes compétitions américaines, canadiennes, françaises.
N’oublions pas les nageurs Réunionnais qui participent dans la sélection française, bien placée au niveau mondial.
La honte c’est plutôt de ne pas pouvoir honorer toutes les courses et être forfait ou tout simplement absent dans bons nombres de courses aux programmes. Ce qui est malheureusement le cas pour Madagascar. Pire, c’est d’aligner un nageur dans des courses qui ne lui permettent pas de se concentrer sur sa spécialité. Imaginez Usain Bolt courir le 100 mètres et les 1500 mètres en même temps.
La plupart des records nationaux réalisés par les nageurs malgaches ont été réalisés dans des compétitions de haut niveau de ce genre. À titre d’exemple, Murielle, boursière par la Fina en stage en Thaïlande. Elle vient de réaliser 3 records de Madagascar aux championnats de Singapour. Jonathan a réalisé 2 records de Madagascar aux Championnats de La Réunion au mois de décembre de l’an dernier. Ces deux nageurs représentent Madagascar aux Cham­pionnats du Monde qui se déroulent en ce moment même en Corée du Sud. Tous ces nageurs sont nos espoirs pour aller toujours plus haut, toujours plus vite et plus fort.

Bako Ratsifandrihamanana, OLY (World Olympian Association)
Recordwoman d’Afrique, quadruple médaillée d’or des JIO.

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