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Editorial Opinions

Bian K.O

Une institution pour du beurre. Le DG du Bureau indépendant anti-corruption s’est rendu à l’évidence face à l’échec de sa mission. Animé de toutes les volontés du monde à son arrivée à la tête de cet organisme après un parcours remarquable au sein de la magistrature, il nourrissait espoirs et illusions au sein de l’opinion pour mettre un frein à une corruption au triple galop durant la Transition. Il était convaincu que tout allait changer avec l’avènement d’un nouveau pouvoir élu. Il a dû déchanter et reconnaît que sa mission est impossible avec l’ampleur de la corruption et les innombrables interventions.
En fait, il fait partie des compétences nommées pour donner une crédibilité de façade à un régime marqué au fer rouge par la corruption au même titre que le ministre des Finances et du Budget, importé du Canada où il jouissait d’une image de probité absolue. L’objectif est de rassurer la communauté internationale et surtout les bailleurs de fonds et de montrer que la lutte contre la corruption et les trafics est plus qu’une déclaration d’intention. Que la nomination de ces personnalités aux compétences et intégrités reconnues, ces hommes de confiance, incarne la volonté de l’État d’extirper le mal dans sa racine. En réalité, leur mission est de faciliter toutes les manœuvres douteuses de l’entourage du pouvoir. Le premier qui faillit à cette instruction plie bagage illico presto. L’ancien Premier ministre en sait quelque chose mais aussi l’ancien DG du Trésor qui avait osé dénoncé des pratiques illégales de l’État dans le décaissement de fonds. L’ancien DG de la douane était également remercié quelques mois après avoir été nommé pour avoir tenu une conférence de presse au cours de laquelle il avait exigé la fin des interventions, principale cause de la faiblesse des recettes.
L’aveu d’impuissance et de capitulation face à la lutte contre la corruption illustre de façon limpide que l’État reste dans les grands mots et les beaux discours sans rien concrétiser. Il ne peut en être autrement quand on sait que des députés, des ministres, des conseillers du Président figurent en bonne place dans la liste des trafiquants de bois de  rose publiée par la presse internationale et remise par l’ancien Premier ministre Omer Beriziky à qui de droit . Le fait que cette liste est restée lettre morte jusqu’à présent prouve que soit l’Etat est complice et protège ces trafiquants notoires, soit il est impuissant face aux moyens de cette mafia. La première hypothèse est la plus plausible à en juger l’inertie de l’État malgré la pression des bailleurs de fonds.
L’autre principal obstacle pour que le Bianco arrive à des résultats plus concrets que la publication régulière du hit-parade des corrompus et devienne de taille à se faire respecter, n’est autre que sa tutelle en l’occurrence la Justice. Là aussi rien à faire étant donné que le ministre de la Justice est également tenu d’accomplir une mission. La récente affectation plus ou moins injustifiée de trois cent magistrats est loin d’être fortuite dans une conjoncture tendue où l’État se trouve sur le fil du rasoir.
Tous les coups sont ainsi permis pour mettre K.O tous ceux qui tentent d’entraver la bonne marche d’un système dont l’objectif avoué est de gagner la présidentielle 2018. La bataille commence maintenant avec la mise en place de tous les pions. Dans cette partie de jeu d’échecs, le DG du Bianco et des autres ont le tort d’avoir accepté de jouer le rôle d’un fou face aux rois des trafics et de la corruption.

Sylvain Ranjalahy

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