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JIRAMA – Des directeurs happés dans des détournements de fonds

Entre délestages et scandale financier, les usagers de la Jirama ne savent plus où donner de la tête.

Accusés de détournement de deniers publics, trois directeurs de la Jirama sont placés en détention préventive. Certains sont placés sous contrôle judiciaire, tandis que d’autres sont recherchés.

Un raz-de-marée juridique. C’est ce qui risque d’emporter plusieurs anciens et actuels hauts responsables de la Jirama. L’audition qui s’est déroulée au Pôle anti-corruption d’Antananarivo (PAC), tout le lundi jusqu’à mardi à 2 heures, a conclu sur des accusations de détournement de deniers publics et de favoritisme dans l’attribution de marché public sur la période 2018 à 2021.
Selon les premières informations recueillies lundi, trente-quatre personnes ont été traduites devant le PAC d’Antananarivo. Au final, ils étaient quarante au total, dont d’anciens et actuels directeurs, à être inscrits dans la liste des accusés. Trente-sept ont répondu à la convocation. À l’issue des auditions fleuves, le couperet est tombé contre trois personnes. Deux anciens directeurs et un autre toujours en fonction, sont placés en détention préventive à la maison centrale d’Antanimora.
Le reste des accusés qui ont été auditionnés au parquet du PAC, soit en liberté provisoire, soit sous contrôle judiciaire. La plupart d’entre eux sont accusés de détournement de deniers publics et de favoritisme dans l’attribution de marché public. La genèse de l’affaire est l’attribution de primes exceptionnelles à ces hauts responsables de la société d’eau et d’électricité et l’achat de véhicules 4×4. Une allocation pour le compte de l’année 2021.
Le montant de ces primes qui vont de 40 millions à 180 millions d’ariary a scandalisé l’opinion publique, lorsque l’information a été révélée sur Facebook, le 5 novembre 2021. Au-delà des résultats des auditions, le fond du dossier est encore plus intriguant. À entendre les explications des différentes sources, les responsables happés dans cette affaire auraient eu l’intention de se servir du financement du Projet d’amélioration de la gouvernance et des opérations dans le secteur de l’électricité (PAGOSE), pour couvrir les activités qualifiées de détournement de fonds.
Cet imbroglio entre les primes exceptionnelles et le financement du PAGOSE est confirmé par Solofohery Razafindrakoto, procureur du second degré du PAC d’Antananarivo. Financé par la Banque mondiale à hauteur de 105 millions de dollars, PAGOSE vise à soutenir le redressement de la Jirama. Selon les explications, au départ, dans le cadre de ce projet, un programme de développement des ressources humaines devait être élaboré et appliqué au sein de l’entreprise d’eau et d’électricité. Ceci, dans l’optique d’améliorer le management.

Favoritisme

Des recrutements de responsables découlant d’appels à candidature devaient se faire dans le cadre de ce programme de développement des ressources humaines. L’idée de primes exceptionnelles de performance en guise de motivation aurait ainsi été concédée par l’institution de Bretton Woods. Seulement, selon les sources, sa mise en œuvre ne s’est pas déroulée comme convenu. Aussi, la Banque mondiale se serait retirée de cette question de primes.
Au lieu de recrutements, il n’y a eu que des permutations entre les directeurs en place et des nominations en interne. “Ils se sont tout de même octroyés les primes de performance en se servant dans la trésorerie de la Jirama”, confient les sources. La direction générale de la Jirama, de l’époque aurait ensuite demandé à la Banque mondiale “de rembourser”, ces primes avec le fonds du PAGOSE. Avant d’y répondre, l’institution financière a diligenté un audit pour évaluer le respect des réformes des ressources humaines convenues, ainsi que les grilles d’évaluation pour le montant et l’attribution des primes.
L’audit aurait été non concluant et la Banque a rejeté la demande de remboursement. Sollicitée sur le sujet par e-mail, hier, la représentation de la Banque mondiale à Madagascar atteste que, “le projet PAGOSE n’a pas été utilisé pour payer les primes exceptionnelles au sein de la Jirama. Aucun financement de la Banque mondiale n’y a été affecté. Nous ne sommes donc en aucune manière impliqués .Nous restons cependant préoccupés par la gestion de l’entreprise au niveau de la Jirama comme nous l’avons indiqué à plusieurs reprises”.
Le moindre centime à utiliser dans le cadre du PAGOSE doit, en effet, avoir le feu vert de l’institution de Bretton Woods. A entendre une source proche du dossier, cependant, les accusés seraient tout de même parvenus à dévier des enveloppes destinées au projet PAGOSE pour s’octroyer ces confortables primes. Trois prévenus ont, par ailleurs, manqué à l’appel durant
les auditions au PAC. Il s’agit, notamment, de Vonjy Andriamanga, ancien directeur général de cette société, Rivo Radanielina, directeur général par intérim.
Les trois individus font l’objet d’un mandat d’arrêt. Un troisième chef d’inculpation, par ailleurs, pèse sur Vonjy Andriamanga qui serait à l’étranger. Pour lui, aux accusations de détournement de deniers publics et favoritisme dans l’attribution de marché public, s’ajoute “l’abus de fonction”. En cause, la nomination d’un directeur de cabinet sans l’aval du conseil d’administration et en bouleversant l’organigramme de l’entreprise. Ce dernier serait, justement, la troisième personne absente, lundi et qui fait aussi l’objet d’un mandat d’arrêt.

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