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Maradona Mia

Une une a marqué ma mémoire la semaine dernière. Celle qui se détachait, avec un fort accent nietzschéen, de la couverture du jounal L’Équipe qui était, pour la circonstance, d’une sobriété sombre. Une première page qui était surtout la plus triste des pages nécrologiques, un titre dont l’envergure des caractères est plus qu’appropriée: celui qui annonce la « mort de Dieu ». Rien que ça. Car l’une des idoles du football, l’une des plus puissantes des religions modernes, a quitté le monde de ses fidèles. La planète Terre ne s’est, semble-t-il, jugée digne de porter le génie de Diego Armando Maradona, parti à un âge relativement jeune de 60 ans.

Étant trop jeune, je n’ai pas eu la chance d’être un témoin direct des miracles dont était capable le démiurge du ballon rond. Étant assez vieux, mon esprit a été encore réceptif à l’évangile prêché par mes aînés qui racontaient, vidéos d’époque à l’appui, les terrains gâtés par les prodiges qui pouvaient venir de ce footballeur hors du commun. Une foi, bien que moins ardente que celle des contemporains ou des Argentins (en particulier des quelques 10 000 adeptes de l’église de Maradona), a quand même pu s’incruster en moi. De ce fait, il a quand même, comme pour beaucoup d’amoureux du foot, pu se faire une place privilégiée dans mon panthéon personnel.

Diego Maradona est incontestablement une des innombrables idoles qui peuplent cette religion moderne, pratiquée dans les stades, les temples, ces théâtres des différents rites des messes modernes qui s’y déroulent. La chorale des fidèles a, plus d’une, fois chanté et loué les dribbles virevoltants de ce génie du foot. Avec lui, même les chutes que les tacles des mécréants provoquaient étaient illuminées par la nature « divine » du personnage qui leur confère une aura, une émanation qui, loin de lui subtiliser sa grâce, fait rayonner un peu plus sa majesté. Les matchs étaient, semble-t-il, des moments où on exaltait la gloire de celui qui a été une figure suprême de cette religion.

Et dans cette religion où Maradona était un dieu, les fidèles, friands de miracles, ont été comblés quand la magie divine a opéré le 22 juin 1986. Le jour où le gardien de but anglais Peter Shilton a subi la dure loi de l’infaillible « main de Dieu » cinq minutes avant que La défense anglaise ne cède complètement, neutralisée par la course divine, partie depuis l’autre moitié du terrain, qui a mis dans le vent six adversaire dont l’impuissance a abouti au « but du siècle ». Maradona mort, c’est, selon Michel Platini, « notre passé qui s’en va ». Pour son compa­triote Lionel Messi, Maradona « est éternel ».

Maradona a rejoint la constellation constituée de ces figures que la mémoire footballistique gardera à jamais, ces étoiles qui brillent pour l’éternité qui sont di Stefano, Cruyff ou Puskas,… qui ont donc accueilli le 25 novembre dernier un nouveau membre: le seul et unique Diego Armando Maradona.

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