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Crise sanitaire et économique – L’Atsimo-Andrefana sombre dans la morosité

Le quotidien des habitants de Toliara devient de plus en plus difficile.

La situation s’est considérablement détériorée dans presque toute la partie sud de la Grande île, particulièrement dans l’Atsimo andrefana, à cause de la crise du coronavirus. Des dispositions doivent être prises d’urgence pour éviter une catastrophe humanitaire.

C’EST comme si Atsimo Andrefana joue sa dernière carte. Le forum économique dédié à cette région qui se tiendra à partir de demain à Toliara, a l’obligation d’être déterminant pour son avenir. Autrement, ce sont toutes les ressources censées la relever qui se verront épuisées, soutient Mana Parfait, un membre du Collectif de notables de cette région. Déjà déclarée en situation d’insécurité alimentaire par l’État en début de cette année, la crise liée au coronavirus n’a fait qu’amplifier la précarité des conditions de vie des Tuléarois. La région Atsimo Andrefana, et particulièrement la ville de Toliara, a enregistré une recrudescence du phénomène «  4’mi  », c’est-à-dire des indigents qui mendient et dorment dans la rue. La raison est que cette partie de l’île enregistre un taux de pauvreté extrême, se désole ce notable de la région.

Le climat y est pourtant bien pour beaucoup de choses, puisque le cycle de sécheresse qui touche le pays et qui était auparavant de cinq ans, s’est depuis quelque temps raccourci à trois voire deux ans. L’agriculture comme l’élevage en sont impactées, pénalisant les activités et sources de revenus de la majorité de la population qui en dépendent. La crise du coronavirus a également eu raison des secteurs sur lesquels reposait l’économie de la région. Le tourisme en a souffert terriblement, comme l’a attesté le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Toliara, Elijaona Razafitombo.

Une telle situation a également impacté le secteur de la pêche artisanale, dont les produits n’ont pas trouvé preneurs puisque bon nombre d’établissements hôteliers avaient fermer leurs portes. Sans parler du secteur extractif qui est en sérieuse difficulté, énumère-t-il. « L’avenir est incertain. Espérons une nouvelle dynamique avec ce business forum. Pour l’heure, les opérateurs restent très prudents », lance-t-il.

Ce business forum régional, comme l’explique l’Eco­nomic development board of Mada­gascar (EDBM), se fixe comme objectif de mettre en avant les potentialités économiques de l’Atsimo-Andrefana et de promouvoir les projets d’investissements agro-industriels. L’évènement vise également à sensibiliser le secteur public et le secteur privé par rapport au concept et à l’intérêt du dialogue public-privé, afin d’améliorer l’environnement des affaires.

La confiance en la parole publique pose problème

Ce n’est tout de même pas la première fois que la situation dans cette partie de l’île est au centre des préoccupations. Plusieurs projets y ont été menés sans que ceux-ci aient réellement améliorer la situation sur place, comme en témoignent quelques habitants.

Edally Tovondrainy, gouverneur de l’Atsimo-Andrefana a, par exemple, annoncé fièrement le démarrage du Projet d’aménagement de corridors et de facilitation du commerce (PACFC), d’un coût total de 217 millions de dollars, qui va être financé par plusieurs partenaires techniques et financiers du pays. Il se fixe comme objectif de désenclaver la région, afin de valoriser ses produits de l’agriculture, des mines et du tourisme. Il a également annoncé, en grande pompe, le démarrage du Projet d’appui à la zone de transformation agroindustrielle du Sud-Ouest de Madagascar (PATASO) qui est une proposition pour attirer le secteur privé à se lancer dans la transformation des produits agricoles. Mais malgré ces belles perspectives, les opérateurs ne se sentent pas encore rassurés pour se lancer dans ces projets. Ceci du fait que la confiance en la parole publique a toujours posé problème. Beaucoup estiment que le cadre pour la sécurisation des investissements n’est pas encore en place.

Pour le secteur minier, par exemple, pas moins de neuf gros investisseurs dans l’Atsimo-Andre­fana se sont rétractés pour diverses raisons, dont le problème de renouvellement des permis miniers que l’administration minière bloque depuis déjà dix ans. Une partie de ces opérateurs redoutent que l’État n’hésite pas à remettre en cause des conventions qu’il a signées, comme c’est le cas de plusieurs projets dont celui de Base Toliara.

Les mines comme ultime solution pour affronter l’urgence

Dans tous les cas, la mise en œuvre de ces projets mettra du temps. « Misons sur ce que nous disposons déjà pour faire face à l’urgence », lance Mana Parfait, du collectif des notables de la région Atsimo Andrefana. Il n’a alors pas hésité à avancer que la reprise des activités de Base Toliara règlera une grande partie des problèmes dans cette localité. « Nous avons déjà organisé un forum régional au mois de mars. Il a abouti à des résolutions pour divers secteurs, dont les mines. Il ressortait de ce forum la nécessité de lever le gel de l’octroi des permis miniers pour permettre aux opérateurs de mener à bien leurs activités, mais surtout la finalisation des négociations entre l’État et Base Toliara », rappelle-t-il.

Les communautés touchées par ce grand projet minier réclament également la reprise des activités de cette compagnie, atteste le maire d’Ankilimalinike, Longin Mahatoro. La suspension des activités de Base Toliara a fait que des projets sociaux auxquels s’est engagée cette compagnie, sont laissés à l’abandon, alors que cette commune n’est pas en mesure de les poursuivre. Base Toliara s’était, entre autres,  engagée à y construire quatre vingt seize nouveaux tombeaux, des puits, des infrastructures sanitaires et scolaires. Des projets qui n’ont malheureusement pas été achevés, déplore notamment le président du fokontany de Ranobe, Davy. « Même les jeunes plants que cette compagnie a promis d’acheter auprès des femmes pépiniéristes, ne trouvent plus preneurs », rajoute-t-il.

La balle est ainsi dans le camp de l’État pour décider du sort de ce projet minier qu’il a suspendu. Un projet qui pourra donner des emplois à la moitié de la population d’Ankilimalinike, selon le maire Login Mahatoro. Il est pourtant à souligner que malgré la suspension de ses activités, Base Toliara a augmenté sa contribution sur les recettes fiscales qui était de 21% en 2019 à 36% au mois de novembre de cette année, alors que l’exercice 2020 n’est pas encore bouclé.

Pour rappel, ce projet de Base est suspendu, à la suite d’une décision prise en conseil des ministres au mois de novembre 2019, dont l’objectif était de revoir la coordination de toutes les actions et de continuer les échanges et réflexions entre l’État et les porteurs de projet.

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