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À Madagascar, on mutile les tortues

L’image de ces tortues blessées dans leur carapace fera le tour du monde. Il faut que cette image insoutenable fasse le tour du monde. Pour que les humanitaires sachent la cruauté, la méchanceté, la barbarie, des «victimes» en tête de gondole de leurs levées de fonds.

Les tortues souffrent en silence quand on leur brise la carapace pour y implanter un pieu qui empêche leurs quatre pattes de bouger. Leurs yeux versent des larmes muettes d’incompréhension.

Futura Planète nous renseigne qu’une tortue étoilée de Madagascar, appelée Tu’i Malila, détenait le record de longévité avec 190 ans. Cette tortue mâle, offerte par le capitaine Cook à la dynastie des îles Tonga en 1777, mourut le 16 mai 1965 au zoo de Francfort. Donc, le capitaine Cook avait abordé les rivages de Madagascar. Donc, le trafic (collecte et exportation) de la tortue radiata avait commencé dès cette époque. Donc, le zoo de Francfort, comme sans aucun doute de nombreux autres zoos de par le monde, élève en captivité «notre» tortue. Comme «nos» makis, indris et hapale­murs.

Endémique du Grand Sud de Madagascar, «sur une bande de terre d’environ 200 km entre Amboasary et Morombe», la tortue radiata, dont l’habitat disparaît inéxorablement par la faute des activités humaines, est une espèce protégée «en danger critique d’extinc­- tion», interdite à la vente. Pourtant, sur Internet, les offres s’affichent publiquement, au vu et au su de l’UICN (union internationale pour la conservation de la nature): prix, disponibilité en stock, mode d’emploi. Les annonces ne précisent pas, par contre, si les tortues sont «en bon état général» ou si elles sont mutilées comme celles d’Ejeda.

Vu le traitement qu’on lui réserve à Mada­gascar, heureusement que la tortue radiata a été introduite sur l’île de La Réunion, département français à la gestion de la faune et de la flore plus sérieuse (déclaration à la DAAF, identification par puce électronique), où l’on dénombrerait 50.000 individus.

Si la tortue radiata est capable de pondre trois fois par an, elle doit attendre 13 à 16 ans pour sa maturité sexuelle. Treize à seize ans dont chaque jour l’expose à la dangereuse rencontre avec un braconnier rétif à autre chose que la chasse, la pêche et la cueillette. Comme avant l’invention de l’agriculture, il y a déjà 10.000 ans.

Les humains de Madagascar intéressent uniquement les officines qui combattent l’illettrisme, la défécation à l’air libre, ou la démographie galopante. Le million hypothé­tique de touristes attendus par le Ministère du tourisme viendront pour les derniers lémuriens ou les ultimes tortues radiata, les 115 espèces d’oiseaux endémiques ou les 300 espèces de grenouilles, les 210 espèces de lézards voire les 80 espèces de serpents, sinon la moitié des 150 espèces mondiales de caméléon. Comment les ambassades de Madagascar pourraient «faire percevoir à l’extérieur une image positive, attrayante et sécurisante du pays» (n°1, mars-avril 1998, du bimestriel du Ministère des Affaires étrangères)? Personne n’est dupe qu’aucun endémisme ne survivra aux continuels feux de brousse tandis que les derniers rescapés d’une faune «cinq étoiles» seront capturés par des gens d’un autre âge, tortionnaires de tortues.

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