Editorial

Maire à boire

Le suspense n’a pas duré longtemps quant au nom du futur maire de la capitale. Sitôt après le départ, le pur-sang a déjà la course gagnée sans devoir éperonner. Une victoire prévisible étant donné l’état dans lequel l’administration Lalao Ravalomanana a plongé la capitale alors que les Tananariviens misaient beaucoup sur un redressement de la situation. À l’arrivée, la population est complètement déçue de la gestion catastrophique de la capitale et de l’anarchie érigée en règle absolue.

Comme le challenger du vainqueur était déjà dans l’équipe du maire sortant, on voit mal comment il peut réaliser ce qu’il n’a pas pu ou voulu entamer en quatre ans. Le choix des 22% des électeurs est donc très logique. Aucune propagande n’était nécessaire pour convaincre davantage les électeurs que ce qu’ils voient au quotidien. La sanction est sans équivoque. La défaite du candidat de l’opposition au régime est d’autant plus prévisible que le suppléant de Marc Ravalomanana pressenti pour reconquérir Antananarivo, sortait ex-nihilo. Un illustre inconnu, contrairement à son adversaire, fils d’un illustre opérateur économique et lui-même grand acteur du monde économique et des affaires.

Au-delà du score plus ou moins équilibré, le sort du Tim est semblable à celui du HVM rejeté purement et simplement par les électeurs lors de la présidentielle de 2018, après quatre ans d’abus et d’excès.

Mais le plus dur reste à venir pour le futur maire de la capitale. Naina Andriantsitohaina aura vu dans ses virées dans les endroits les plus populeux de la ville, l’immensité de la tâche qui l’attend, la complexité du challenge qu’il faut relever, l’ampleur du travail qu’il faut accomplir. Il faut beaucoup de courage et de volonté pour redresser une situation dramatique. La pauvreté a atteint un niveau inénarrable, dans la capitale en particulier. Le délestage et le manque d’eau potable compliquent la situation.

Avec seulement 22% des électeurs qui ont daigné accomplir leur devoir, la tâche du nouveau maire ne sera pas facile. Ce qui signifie que les 77% d’abstentionnistes ne se sentent pas du tout concernés par la vie de la cité. Pire, ils polluent la ville avec leur indiscipline et leur comportement incivique. Ils sont indifférents à tout effort de changement et d’assainissement. C’est une masse de citoyens qu’il va falloir gérer pour qu’ils ne constituent pas un obstacle aux projets annoncés durant la campagne électorale. Malgré le faible taux de participation, tout le monde aspire à un retour à l’ordre et à la discipline de la capitale. Une mission qui ne saurait se faire qu’avec poigne
et fermeté.

Le nouveau maire doit ainsi faire preuve d’intransigeance et de détermination dans toutes les mesures à prendre sinon il butera sur une fronde de contestataires et d’indisciplinés réfractaires à toute idée d’assainissement. Sa réussite dépendra en grande partie de sa capacité à imposer son autorité dans une ville désertée par l’administration et abandonnée aux barbares. Sa riche expérience en tant que manager l’aidera beaucoup dans sa difficile mission même si la gestion d’une ville n’a rien à voir à celle d’une entreprise. Ce qui est certain, c’est qu’Antananarivo avait besoin d’un patron. Elle l’a peut-être trouvé.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter