Quantité et qualité


Durant ces dernières semaines explosives, la tension politique a connu une ascension fulgurante qui semble incontrôlable et dont la progression n’est pas arrivée à son apogée. Cette ambiance électrique est alimentée par les partisans qui sont fidèles aux rendez-vous donnés par les aspirants à la magistrature suprême. Et si, au milieu de toute cette hystérie, deux candidats qui font cavalier seul peuvent prétendre casser le baromètre qui mesure la pression populaire que peut exercer leur affluence, un autre groupe de prétendants au siège présidentiel revendique la possession de la « qualité », d’une blancheur exemplaire que, selon ce point de vue, ne possède pas la masse populaire qui colore certains meetings en orange ou en jaune. Malgré l’ampleur de l’enjeu, chaque voix, de qualité ou non, est égale devant le tribunal des urnes auquel elles sont toutes membres du jury. Les règles du jeu ne prévoient pas un coefficient qui ferait compter double ou triple les suffrages exprimés par ceux qui se prétendent, légitimement ou non, être de qualité. La quantité, n’en déplaise aux victimes de cette dure loi de la démocratie, aura toujours le dernier mot. Et c’est ainsi que, pris dans ce piège fatal, le verdict des urnes peut condamner la qualité et la bannir de tous les aspects de la vie du pays, étant chassée par la victoire du populisme, qui impose le laxisme, l’indiscipline ou la corruption, et qui casse tout sur son passage. Conformément aux vœux de Platon, la qualité doit-elle donc arriver au pouvoir ? Pour Platon, comme un homme sensé est celui qui se fait guider par la raison et non par ses instincts ou ses désirs, la cité idéale doit aussi avoir une tête, et non un ventre, au sommet. C’est la fameuse figure du philosophe-roi, du sage éclairé d’où émanent les lumières de la compétence. Et pour sortir Madagascar de ce bourbier, ces qualités ne seraient pas de trop. La voie de la qualité est donc un parcours nécessaire si l’on veut atteindre ce bout du tunnel toujours introuvable. Mais la qualité peut-elle imposer un monopole au risque de méconnaître la réalité portée par la quantité ? Quand la quantité est aussi de qualité, cela donne un ensemble où la grandeur s’allie à la beauté, c’est l’incarnation de la corne d’abondance qui, selon la mythologie grecque, était celle de la chèvre Amalthée, la nourrice de Zeus, et était un contenant inépuisable, toujours rempli de fruits, de fleurs et de nourriture. Le mariage de la quantité et de la qualité doit être organisé à travers la vulgarisation d’une instruction de haut niveau. Mais qui pourront jouer les entremetteurs entre les deux ?
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