Chronique

Chronique de VANF : La traçabilité des «vilany Ambatolampy»

Les «vilany Ambatolampy» en alu sont interdits à La Réunion. C’est l’arrêté DIECCTE 2019-28 du 20 septembre 2019 qui a édicté la «suspension de la mise sur le marché et retrait des ustensiles de cuisine en aluminium en provenance de fonderies artisanales de Madagascar» aux motifs que «les dépassements de migration du plomb dans l’aliment se sont révélés très importants, à savoir 3 à 4600 fois la limite de libération autorisée», selon les analyses du laboratoire du service commun de Bordeaux sur des produits prélèvés entre les mois de novembre 2018 et juin 2019 par le Pôle C (Concurrence, consommation, répression des fraudes et métrologie légale) de la direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIECCTE).

Petit séisme puisque, selon une vidéo de «reunionsaveur», datant de 2013, «la marmite malgache en alu est un indispensable pour cuisiner les recettes de caris réunionnais au quotidien dans les foyers créoles comme le délicieux cari bichique ou encore le très couru rougail saucisses créoles sans oublier la fameuse recette malgache de Romazava». Aujourd’hui, interdites à La Réunion, ces marmites en alu d’Ambatolampy pourraient également être bannies des restaurants malgaches en France qui affectionnent de servir dedans le rougail, le riz rouge, le ravintoto. Parce que «l’aluminium, matière première de base, provient de tous horizons, pièces de voitures, chutes de fenêtre alu et de toutes sortes de récupération».

«Toutes sortes de récupération», justement. «Absence totale d’identification, de traçabilité, d’historique» : ce n’est pas totalement faux puisque dans la «traçabilité», par exemple, manquent absolument tout numéro de lot ou la moindre identification de la fonderie.

Dans une étude régionale sur le Faritany d’Antananarivo (Projet PNUD/OPS MAG/89/018), conduite entre août 1990 et mai 1991, les rédacteurs pointaient déjà cette réalité : «Les matières premières utilisées sont d’origine locale ou importée. Souvent, des filières s’organisent jusque dans les autres Faritany pour la récupération de matériaux usagés, en utilisant parfois des voies illégales (aluminium d’Ambatolampy)» (page 177). Les difficultés des artisans, dont la coopérative Decoralu d’Ambatolampy, concernaient les prix élevés et la disponibilité des matières premières : «Toutes les filières sont utilisées pour la récupération des vieux outils, ustensiles, fils…» (page 181).

Dès 2004, actualisant de précédentes directives de 1980 et de 1989, un règlement du Parlement européen de 2004 définissait les «exigences générales qui s’appliquent aux matériaux et objets destinés à entrer en contact directement ou indirectement avec les denrées, produits et boissons alimentaires». Il était déjà question qu’ils «ne cèdent pas aux denrées alimentaires des constituants en une grande quantité susceptible de présenter un danger pour la santé humaine, entraîner une modification inacceptable de la composition des denrées ou une altération de leurs caractères organoleptiques». Selon la définition du Littré, «organoleptique = propriétés par lesquelles les corps agissent sur les sens et les autres organes».

L’arrêté du 27 août 1987 exige que les matériaux et objets en aluminium ou en alliage d’aluminium au contact des denrées, produits et boissons alimentaires contiennent au moins 99% d’aluminium et limite les «impuretés» (fer, sicilium, titane, chrome, zinc, cuivre, manganèse, magnésium, nickel, étain, plomb, thalium, bérylium) à des quantités infinitésimales (0,05%). Dans les alliages d’alu, arsenic, tantale, bérylium, thallium et plomb ne devaient pas, ensemble, dépasser 0,15%.

Les Malgaches se sont émus contre un supposé «protectionnisme» des autorités départementales réunionnaises. Pourtant, ces mêmes Malgaches sont eux aussi des consommateurs qui devraient davantage se soucier des acides diulés dans le bain d’anodisation, de l’inertie optimale de la couche d’oxyde, du colmatage à l’eau pure distillée ou déminéralisée : autant d’exigences prescrites en France dès 1987, mais certainement inconnues des fonderies artisanales de Madagascar.

Règlement du Parlement européen, Code de la consommation, avis du Conseil supérieur d’hygiène publique : ailleurs que chez nous, on ne badine pas avec la santé publique.

L’article 2, méconnu, du même arrêté préféctoral laisse une porte ouverte : «Lorsqu’un opérateur apportera la preuve qu’une partie des produits est conforme à la réglementation en vigueur ou ne présente pas de danger pour la santé publique ou la sécurité des consommateurs (traçabilité fiable, étiquetage des produits, déclaration de conformité, documentation technique appropriée,…), il pourra remettre ces produits sur le marché».

Traçabilité fiable, étiquetage des produits, déclaration de conformité, documentation technique appropriée : nos fonderies artisanales sont-elles capables de se professionnaliser ?

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