Messe noire


Le FFKM tient son congrès national et compte par la même occasion se concerter avec les partis politiques. Annoncé depuis plusieurs mois, ce congrès avait d’autres objectifs plus politiques que spirituels à un moment où la nécessité d’un régime de transition se chuchotait avec insistance. Le FFKM a commencé à consulter des politiciens, des diplomates, des représentants d’organismes internationaux et de bailleurs de fonds. L’organisation de l’élection présidentielle n’était pas encore une certitude alors que la neutralité de la HCC et de la Ceni faisait beaucoup jaser. Le budget de la Ceni constituait un sujet passionnant. Le changement du code électoral et de la loi électorale était revendiqué un peu partout. Entre-temps le gouvernement a officialisé les dates du scrutin, maintenues aux propositions faites par la Ceni. Les principaux challengers du président en exercice ont déjà déposé leurs dossiers de candidature. Autrement dit personne ou presque ne pense plus à une transition. À se demander donc de quoi le FFKM discutera avec les acteurs politiques. Les chefs d’église devront peut-être se pencher sur l’éventualité d’une crise avant et après la présidentielle. À l’allure où vont les choses, il faut s’attendre au pire. Chaque jour, le ton monte du côté des protagonistes alors que la Ceni a du mal à boucler définitivement la liste électorale donnant raison à ceux qui annoncent un scrutin pipé. Certains affirment que tous les signes sont réunis pour le trucage des résultats des élections alors qu’une partie de l’électorat s’impatiente pour exprimer son choix. La tension monte petit à petit à la mesure des provocations, des écarts de langage de part et d’autre. D’un côté comme de l’autre on ne manque pas une occasion de montrer son biceps ou son triceps. C’est là que le FFKM a peut-être jouer son rôle de Raiamandreny pour s’intercaler entre les deux tendances pour éviter un frottement qui peut provoquer une étincelle puis un embrasement. Le seul problème est que depuis sa création il y a quarante ans, le FFKM a du mal à jouer le rôle d’un arbitre juste et impartial. À force de pencher dans un camp ou dans l’autre durant les crises politiques successives et de troquer la toge à une casaque politique, ses membres ont gagné en étiquette et perdu en crédibilité, le conseil des églises a perdu son aura et sa moralité. Il ne lui est pas facile de rétablir ce minimum de notoriété pour pouvoir être un juge sans parti pris. Pourtant il est la seule entité investie de ce pouvoir régulateur des conflits éventuels. Il faudra donc penser à l’absoudre pour toutes les messes noires auxquelles il a participé.
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