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Editorial

La danse des vautours

De nouveaux avions pour Air Madagascar». D’ici la fin d’année. L’annonce a été faite à Sainte-Marie, lors de la Fête des baleines, par le Président de la République Andry Rajoelina. Faut-il en conclure qu’il a tranché dans la grosse bagarre qui a éclaté entre les clans rivaux bien avant cette déclaration ? Sera-ce la fin de la partie ou la reprise des polémiques ?

Rappel des faits. Le 7 mai au Palais des sports de Mahamasina, à l’ouverture du Salon des logistiques, Rolland Ranjatoelina, ministre des Transports et de la Météorologie a fait une révélation fracassante. Dans un mois au plus tard, «deux Boeing 737-200 vont débarquer pour renforcer la flotte de Tsaradia. Ils sont les plus aptes pour servir et desservir les vols nationaux et régionaux. Nous avons besoin d’avions tout-terrain pour transporter les touristes vers les aires protégées et les parcs nationaux. Afin que les régions bénéficient aussi des retombées financières de la reprise des activités touristiques. L’ATR-72, par son exigüité, n’offre pas le confort et le nombre de places requis pour ces destinations».

Il n’a pas eu tout à fait tort. Sans avoir entièrement raison. Il est vrai que des professionnels du tourisme, tout à fait heureux de l’ouverture intégrale des frontières, avec la levée des restrictions sanitaires, souhaitaient la densification des trafics aériens, afin de contourner le mauvais état des routes nationales. Des fidèles d’Air Madagascar ont aussi proposé que l’opération de sauvetage de cette compagnie, jadis une fierté nationale aujourd’hui un fardeau financier pour l’État, passerait par la rentabilisation de Tsaradia. Tout en négociant avec les créanciers une dette colossale de 80 millions de dollars.

Des jours plus tard, des techniciens d’Air Madagascar, affirmant avoir été sollicités pour élaborer un Business plan du redressement, ont recadré Rolland Ranjatoelina. «Six ATR-72 sont déjà là. Mais trois appartiennent à des créanciers. Mieux vaut entamer une approche avec eux. Car sur le marché, il n’existe plus que des vieux Boeing 737-200, nécessitant de coûteux entretiens et pouvant tomber souvent en panne. Alors que les retards et les annulations des vols ont été une des causes des pertes financières cumulées d’Air Madagascar. Nous connaissons mieux que quiconque ce qui peut se faire dans l’intérêt d’Air Madagascar et de Tsaradia».

Auparavant, l’avionneur brésilien Embrayer a organisé un vol d’essai entre la Capitale et Antsiranana à bord d’un Embrayer E-90, qui devait être acquis pour le compte de Madagascar Airlines. Mais la livraison n’a pas eu lieu. «Madagascar Airlines est un simple montage financier pour accaparer le patrimoine d’Air Madagascar à un ariary symbolique. Qui va vendre un avion avec une société inexistante» déclarait Rolland Ranjatoelina, le 11 juin, à la salle de Conférence du Plan à Anosy devant les employés d’Air Madagascar, de MGH et de Tsaradia. Le ministre a même envisagé de sceller les bureaux de Madagascar Airlines sis à la Tour Redland à Ankorondrano.

Des divergences de conception, des animosités personnelles, des différends profonds sont à arrondir pour faire redécoller Air Madagascar vers une altitude de croissance. Dans l’attente d’une régularisation de Madagascar Airlines. Une situation ubuesque. Des vautours financiers rôdent autour d’une carcasse dépouillée de son consistance. Cliché caricatural de la loi de la jungle.

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