Le roi du Boina doté d’une autorité suprême


Le premier grand roi sakalava, Andriandahifotsy, quitte ce monde vers 1685. Ses enfants se disputent alors son royaume. Pourtant, l’un d’eux, Andriamanetriarivo, sait préserver l’unité du royaume en résistant à ses frères et à ses proches (lire précédente Note). Mais après lui, les luttes féodales affaiblissent les rois du Menabe car, trop occupés à lutter contre leurs vassaux, ils ne peuvent réaliser leurs projets de conquête vers l’Est. Durant toute cette période, Andriaman­disoarivo, appelé conquérant du Boina ou Boeny, est écarté du Menabe par son frère Andriamanetriarivo. Il porte alors la conquête sakalava jusque là où se développe le commerce des Antalaotra. « Il vainquit successivement les Antanandro du Nord et, au-delà de l’Ambongo, les peuples de la Basse-Betsiboka actuelle. Il atteignit peut-être la Sofia. Il mourut en 1718. » Si les auteurs de l’ Histoire de Madagascar de 1967 résument ainsi l’exode d’Andriaman­disoarivo, ils insistent sur l’importance du royaume. Le fait capital de la conquête est le contrôle des façades maritimes du Nord-Ouest, la baie de la Mahajamba et les ilots proches où le commerce est beaucoup plus important que celui de la côte occidentale et sud-occidentale. « La suzeraineté du roi du Boina et de ses successeurs sur les commerçants antalaotra signifiait pour eux la richesse, une armée puissante, la conquête. » Andriamandisoarivo choisit Tongay, dans la Basse-Betsiboka pour ériger sa capitale. Ainsi, Langany, vieux comptoir antalaotra, cesse d’être le cœur des échanges. Mais les auteurs de l’ouvrage cité précisent en 1967, qu’on ignore « à quel moment précis de l’histoire sakalava, Majunga, la ville neuve des commerçants musulmans Mozanghi, fut créée et quand elle supplanta Tongay où se trouve le tombeau du fondateur du Boina ». Peut-être « à la fin du règne ». En tout, cas, des immigrants indiens et comoriens viennent augmenter sa population. Rapidement, elle devient une ville importante, un port très actif, lorsqu’au milieu du XVIIIe siècle, le royaume atteint l’apogée de son prestige. Les fils d’Andriamandisoarivo et ses petits-fils parviennent à imposer leur suzeraineté dans les pays du Sambirano, au-delà de la Sofia et même dans l’Ankarana. Mais ici aussi, pendant tout le XVIIIe siècle, les crises de succession, le manque d’obéissance des vassaux, les révoltes et les incursions des populations tsimihety et sihanaka dans les limites frontalières, affaiblissent le royaume et compromettent son extension. « Le paiement des tributs de suzeraineté ne signifiait pas l’occupation réelle. » Pour définir la spécificité des Sakalava, les historiens signalent qu’ils sont des « rassembleurs de peuples ». Effectivement, les migrations des Sakalava aboutissent à l’intégration des clans dans un système politique que les conquêtes étendent jusqu’aux limites des deux royaumes. Encadrés par les seigneurs Volamena et Volafotsy- que leur inégalité oppose souvent-, les groupes ethniques reconnaissent l’autorité suprême du roi, héritier des Maroseranana, qui est plus qu’un homme aux yeux de tous. Il est « l’intermédiaire entre ses sujets et les Ancêtres, créateurs du monde sakalava ». Les Sakalava reconnaissent le roi comme le « Zanahary an-tany ». « Vivant, on le considère selon l’expression des tribus du nord Sakalava comme Dieu sur terre » et on le vénère comme tel. Mort, les Dady, ses reliques- « constituées des dents, des cheveux, des ongles, symboles de sa puissance éternelle »- sont réunies dans des cornes et installées dans le tombeau royal, le « Doany », qui s’élève sur le Mahabo, emplacement bien en vue. Le culte des Dady repose sur le fait qu’ils assurent la survie du roi et perpétue sa puissance sur la terre. « Au cours du Fitampoha, fête du Bain des reliques royales, tous les deux ans, la population sakalava, réunie autour des Dady, au son des antsiva et des hazolahy, célèbre solennellement la grandeur surnaturelle de ses rois. » L’organisation du royaume est constituée des Volamena ou Zafimbolamena, des Volafotsy ou Zafimbolafotsy, et la société sakalava est marquée par une « féodalité de pasteurs qui repose sur l’esclavage ».
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