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Assemblée nationale – Christine Razanamahasoa vilipende la Jirama

La présidente de l’Assemblée nationale a haussé le ton face aux délestages récurrents. Elle a même fait allusion aux éventuelles conséquences politiques de la situation.

Trop c’est trop. Christine Razanamahasoa , présidente de l’Assemblée nationale, est sortie de sa réserve, hier. Concluant la prise de parole des députés durant le face-à-face avec les membres du gouvernement, la dame au perchoir a affirmé son ras-lebol face aux problèmes d’approvisionnement en électricité.

Comme l’a souligné Brunelle Razafintsiandraofa, vice-président de l’Assemblée nationale, qui a présidé la séance durant le temps de parole de Christine Razanamahasoa, «elle a dit ce que tous les autres députés n’ont pas pu dire faute de temps». Après avoir défendu avec verve la performance du gouvernement en glissant quelques notes de félicitations, la boss de la Chambre basse a soudainement haussé le ton lorsqu’elle a abordé la situation de la Jirama. «Trouvez des solutions aux coupures d’électricité récurrentes», assène-t-elle.

Sur sa lancée, la patronne de l’institution de Tsimbazaza a soulevé les conséquences économiques des problèmes de la Jirama qui conduisent aux délestages infernaux actuels. Elle souligne, notamment, la hausse de la subvention allouée par l’État, prévue par la loi de finances rectificative récemment votée par le Parlement. «L’aide allouée à la Jirama dans les prévisions budgétaires de l’État est trop lourde”, soutient-elle. Les deux institutions parlementaires n’y ont, cependant, pas trouvé à en redire lorsque le projet de loi leur a été soumis.

La hausse de la subvention destinée à la Jirama prévue dans le nouveau texte budgétaire est expliquée par la nécessité de stopper l’hémorragie du délestage qui est, notamment, causée par des problèmes financiers. Aussi, Christine Razanamahasoa attaque sur le front de la gouvernance de cette société. «Si vous n’êtes pas à la hauteur, ditesle juste. Soyez francs et dites qu’il n’y a pas de solution et rendez votre tablier», fustige l’élue d’Ambatofinandrahana.

Problème de gestion

«La population ne peut plus endurer ce supplice», scande la dame au perchoir qui vilipende frontalement la Jirama, mais en appelle également à la prise de responsabilité du gouvernement. Face à l’équipe de Christian Ntsay, Premier ministre, elle lance, «gouverner c’est prévoir, c’est anticiper. Alors faites-le, trouvez des solutions à ce problème», fulmine-t-elle en faisant même allusion aux éventuelles conséquences de la situation sur les échéances politiques à venir, citant explicitement l’horizon 2023.

La prochaine élection présidentielle se tiendra en 2023. La question de l’approvisionnement en électricité pourrait devenir un sujet décisif dans cette course à la magistrature suprême si la situation actuelle persiste. Pratiquement tous les députés qui ont pris la parole durant les deux jours de face-à-face avec le gouvernement ont soulevé l’enfer du délestage dans leur circonscription. Un des élus ayant pris la parole hier ironise, en s’adressant à Andry Ramaroson, ministre de l’Energie et des hydrocarbures, «si le président de la République affirme qu’aucun district ne sera oublié en matière de développement, le problème d’approvisionnement en électricité est un domaine qu’aucun des districts représentés par les députés ici, n’a oublié». Un autre déplore les conséquences sur les activités économiques. «Comment voulez-vous qu’on puisse travailler et produire lorsqu’il y a deux délestages de plusieurs heures?», tance-t-il.

Si à Antananarivo, plusieurs secteurs subissent plus de trois heures de délestages, deux fois par jour, d’autres localités, notamment, rurales ou suburbaines n’ont droit qu’à quelques heures d’électricité par jour, voire quelques jours par semaine. Une situation qui exaspère la population. Pour certains observateurs, heureusement qu’il y a les réseaux sociaux pour servir d’exutoire de la frustration populaire. La grogne populaire est pourtant de plus en plus bruyante. Raison pour laquelle Christine Razanamahasoa a souligné les enjeux politiques de la conjoncture.

Après les tirs croisés des députés sur les problèmes d’électricité, c’est la boss de l’Assemblée nationale qui a porté l’estocade afin de déclencher une réaction chez l’Exécutif. Lorsque vint son temps de parole, le ministre Ramaroson, voulant probablement atténuer la lourdeur du sujet, a indiqué que les problèmes de la Jirama accentuent sa calvitie. Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison, ministre de l’Économie et des finances, lui a même prêté main forte, hier, pour répondre aux batteries de questions sur les problèmes de l’approvisionnement en énergie.

Dans l’ensemble, les deux membres du gouvernement n’ont, toutefois, pas donné de solution, mais juste expliqué les raisons du problème. Des problématiques essentiellement causées, à les entendre, par une mauvaise gestion et une gabegie. A cause de la vente à perte, la Jirama «accuse une perte de 60 milliards d’ariary par mois», révèle le grand argentier de l’État. Le ministre de l’Energie reconnaît qu’il y a des vols de carburant à la Jirama. Il ajoute qu’après audit, «environ 5.600.000 litres de carburant destinés à la Jirama ont disparu sur la période 2017, 2018 et 2019».

Le ministre Ramaroson soutient que les problèmes sont identifiés, que des efforts sont faits pour les résoudre. «Ces actions pour améliorer la gestion de la Jirama sont en cours. Malheureusement, elles n’avancent pas à la vitesse que nous voulons et coïncident avec la hausse du prix du carburant sur le marché mondial. Aussi, les efforts ne sont pas visibles», regrette le membre du gouvernement. La gravité de la situation impose, cependant, aux décideurs d’accélérer la cadence. Comme le scande la présidente de l’Assemblée nationale, “la population ne peut plus endurer ce supplice”.

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