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Chronique

(Encore) une lettre à Ma Fille

À une époque, c’était un complément au rite de passage: se bousculer vers les centres d’examen et parcourir anxieusement la liste des «Admis». Comme pour d’autres «rituels», je n’eus pas non plus à accomplir celui-là.

Ma mère qui, malgré l’autre travail à plein temps d’être Maman, avait repris ses études universitaires dans l’ambition, je crois, de quelque avancement dans la Fonction publique, avait plus simplement acheté l’édition spéciale de «Midi-Madagasi­kara». Qu’elle avait déjà parcourue, pour s’assurer que la matricule 15.436 figurait bien parmi les admis de la Série A2, avant de me la tendre pour me féliciter sobrement. Faillant déroger à cette sobriété familiale, mon père, qui n’avait jamais eu cure des études (les siennes) et qui m’a légué son aversion pour les équations absurdes («si un robinet goutte-à-goutte, combien de temps lui faudra-t-il pour remplir un bassin d’une certaine contenance?»: Mais, tant pis s’il ne se remplit jamais ou qu’il déborde!), fut sur le point de s’épancher quand il se ravisa. Nous épargnant une double gêne.

Mon père était à sept mois de ses 50 ans quand je décrochai mon Bacc. Et me voilà moi-même à six mois de cette cinquantaine, quand ma fille obtient le sien. Ce qui nous semble aujourd’hui presque une banalité, n’était pas encore monnaie si courante pour la génération de nos parents. À notre Collège des Jésuites Saint-Michel, la classe Terminale (Philosophie) n’existe finalement que depuis 1952-1953, voire 1955-1956, la Terminale Math-Elem ne voyant le jour qu’en 1956-1957.

Trente ans plus tard, en 1987, j’aurais tellement aimé pouvoir choisir en «spécialités» les disciplines commes «Arts», «Histoire-géoraphie, géopolitique et sciences politiques», «Humanités, littérature et philosophie». Un syllogisme (majeure, mineure, conclusion) m’aurait été définitivement un moindre domaine d’ignorance qu’un «raisonnement par récurrence» (initialisation, hérédité, conclusion), mais jaugé à l’aune de «fonction logarithme népérien» ou de «longueur d’onde» sinon de sinus et cosinus abscons, je ne connaîtrai jamais le sentiment (Joie? Satisfaction? Fierté?) que procure une mention Très Bien au bac.

Mon père aura eu son bac par ma procuration. Mais, je me demande finale­ment quelle est ma part académique dans la mention Très Bien de Mademoiselle RAR. Vanitas vanitatum, et omnia vanitas. N’en déplaise à l’Ecclésiaste, la vanité n’es t pas si « zava-poana» à l’Ego. Au-delà de cette coquetterie paternelle, une dernière Moralité: on peut s’interroger si le baccalauréat est un certificat des études secondaires ou un examen d’enseignement supérieur; on peut prétendre que le bac ne mène désormais plus à grand-chose; mais tout le monde continue de penser que, sans le bac, on ne va nulle part. Voilà donc, Ma Fille, une bonne chose de faite.

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  • Mention très bien à Madagascar ! Une rareté. Bravo, Mademoiselle RAR. Et normal que Papa (ou Dada?) soit fier de vous: il ya de quoi. Bonne continuation

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