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Les Quimos, un peuple aussi intelligent que sage

Les Notes reprennent le mythe du peuple nain dans le Sud malgache avec la version de Commerson (1769-1771). Sur la fin de 1769, le scientifique rend visite au gouverneur du Fort Dauphin, le comte de Maudave. Le 18 avril 1771, il écrit une lettre à De Lalande qui est ensuite insérée dans le supplément au « Voyage » de Bougainville paru en 1772.
D’après J.C. Hébert, De Lalande  fait paraitre dans le Journal des savants de décembre 1771, un article sur un peuple nain de Madagascar. Et dans le Journal de physique de l’abbé Rozier, on relève sous le nom du même scientifique, une « Lettre au sujet de l’éloge de Commerson publié en février 1775, contenant les observations de M. de Clugny sur les Quimos ».
Commerson, quant à lui, écrit une « Note historique sur un peuple nain de Madagascar, Kimosse» et un récit de son « Voyage à Madagascar en 1770», contenant les dates et les observations d’histoire naturelle faites dans le Sud, notamment dans la région de Fort Dauphin.
Dans le « Grand Dictionnaire » de Froberville, reproduit dans la version de l’abbé Rochon signale Hébert, on peut lire un extrait de Commerson : « Les amateurs du merveilleux qui nous auraient sans doute su mauvais gré d’avoir réduit à 6 pieds de haut la taille prétendue gigantesque des Patagons, accepteront peut-être en dédommagement une race de Pygmées qui donne dans l’excès opposé. Je veux parler de ces demi-hommes de l’intérieur de la Grande isle de Madagascar et qui forment un corps de nation considérable appelé Quimos ou Kimos en langue madécasse. »
Parlant de leur caractère naturel et distinctif, Commerson indique que ces petits hommes ont un teint plus pale que tous les autochtones de l’ile, les bras très longs « de façon que la main atteint au-dessous du genou sans plier le corps », les femmes n’ont pas de sein, tout au moins elles donnent du lait de vache à leurs nouveaux-nés.
Concernant leurs facultés intellectuelles, les Quimos le disputent aux autres Madécasses connus pour être « fort spirituels et fort adroits quoique livrés à la plus grande paresse ». Il précise que les Quimos sont beaucoup plus actifs et aussi plus belliqueux du fait de leur courage qui supplée leur taille, et ils ne peuvent jamais être opprimés par leurs voisins « qui ont souvent maille à partir avec eux ». Comme le but de toute guerre interne dans l’ile est d’avoir un important butin fait de bétail et d’esclaves, leur taille les préserve de cette « dernière injure»
Commerson ajoute : « Quoiqu’attaqués avec des forces et des armes inégales, car ils n’ont pas l’usage de la poudre et des fusils comme leurs ennemis, ils se sont toujours battus courageusement et maintenus libres dans leurs rochers, leur difficile accès contribuant sans doute beaucoup à leur conservation. » Ils vivent de riz, de différents fruits, légumes et racines, élèvent un grand nombre de zébus et de moutons à grosse queue. Ils ne communiquent pas avec leurs voisins « ni par commerce, ni de quelque autre manière que ce soit », vivant en autosubsistance.
Commerson confirme aussi que, lorsque du haut de leurs montagnes, ils voient s’avancer une importante troupe dans la plaine, « ils décident d’eux-mêmes d’attacher à l’entrée des défilés par où il faudrait passer pour aller à eux quelque superflu de leurs troupeaux dont ils font, disent-ils, volontairement le sacrifice à l’indigence de leurs frères ainés ». Froberville dans son Dictionnaire note : « Les Quimos, comme on le voit, ne sont pas seulement un peuple de Pygmées, mais un peuple de sages. » Et il fait remarquer : « M. de Maudave leur fait habiter une vallée, M. de Commerson des montagnes. »
L’abbé Rochon complète ce que déclare Froberville : « À trois ou quatre journées du Fort Dauphin, les gens du pays montrent avec beaucoup de complaisance une suite de petits mondrains ou tertres de terre en forme de tombeaux, qu’ils assurent devoir leur origine à un grand massacre de Quimos défaits en plein champ par leurs ancêtres. Quoi qu’il en soit, cette tradition constante dans ces canyons ainsi qu’une notion généralement répandue par tout Madagascar, de l’existence encore actuelle des Quimos, ne permettent pas de douter qu’une partie du moins de ce qu’on raconte, ne soit véritable… »
L’abbé de Rochon qui peut voir la femme Quimosse hébergée chez de Maudave, résume: « Elle ne ressemblait point  aux petites personnes fluettes, mais plutôt à une femme de proportion ordinaire dans le détail, mais seulement raccourcie dans sa hauteur. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles