Notes du passé

Un gouvernement différent de ses prédécesseurs

Conseil de gouvernement à Ampahibe: l’autre côté de la table.

Le général Gabriel Ramanantsoa,chef d’État-major général de l’Armée malgache, reçoit le 18 mai 1972, du président Philibert Tsiranana les pleins pouvoirs pour diriger le pays et former le nouveau gouvernement. Celui-ci, présenté le samedi 27 mai sur Radio Madagascar, est constitué de douze techniciens civils et militaires.

Il s’agit du général de division Gabriel Ramanantsoa, chef du gouvernement chargé de la Défense nationale, des forces armées et du plan; du général de brigade Gilles Andriamahazo, ministre de l’Amé­nagement du territoire; de Jacques Andrianada, garde des Sceaux, ministre de la Justice ; du Dr Justin Manambelona, ministre des Affaires culturelles; d’Albert-Marie Ramaro­son, ministre de l’Économie et des finances ; du Dr Albert Zafy, ministre des Affaires sociales ; du lieutenant-colonel Richard Ratsimandrava, ministre de l’Intérieur et commandant de la Gendarmerie nationale ; du commandant Joël Rakotomalala, ministre de l’Information ; du capitaine de corvette Didier Ratsiraka, ministre des Affaires étrangères; du Dr Emmanuel Rakotovahiny, ministre du Développement rural ; de Daniel Rajakoba, ministre de la Fonction publique et du travail.

Outre le chef du gouvernement, quatre sont militaires, et sur les six civils certains sont des sommités du monde médical, un financier et un enseignant. Ce sont tous des fonctionnaires, anciens universitaires, et des militaires hauts gradés de l’Armée malgache. « C’est l’une de ses différences avec les gouvernements antérieurs », commente le chroniqueur politique Randriamarozaka.

Le chef du gouvernement conçoit le ministère de l’Aménage­ment du territoire pour avoir sous sa tutelle « de nombreux services de natures et de sphères d’activités à très large éventail ». Cela traduit le souci certain qu’il a de disposer d’une structure souple dans la poursuite des objectifs nationaux.

Les Affaires sociales, « autrefois confiées à une nuée de départements de toutes les dénominations », sont désormais entre les mains d’un unique ministère, dont les activités bénéficient aux ruraux et, en général, à la masse des couches sociales. En plaçant à sa tête un docteur en médecine, le chef du gouvernement montre son souci d’avoir le maximum d’efficacité.

Avec le lieutenant-colonel Richard Ratsimandrava à la tête d’un poste-clé, le ministère de l’Intérieur, il veut répondre, de l’avis de tous, à un besoin impérieux : « la sauvegarde de la paix et la consolidation de l’Unité nationale encore menacée au lendemain des journées de mai 1972 par des tentatives désespérées et sourdes de maints tenants naufragés de l’ancien régime ».

Le ministère de l’Information, bien qu’il ait fait l’objet de l’élagage des services du Tourisme et des Arts traditionnels, est prêt à jouer son rôle d’informateur et d’éducateur, « rôle si nécessaire au développement du pays dans tous les domaines ».

Le ministère des Affaires culturelles aura beaucoup de travail à abattre « pour sortir l’Enseigne­ment de l’impasse dans laquelle l’a laissé le régime déchu ». Le régime actuel est « en très grande partie issu de la réaction en chaîne et massive de jeunes vis-à-vis d’un système et de mesures qui les ont déplus. » Le Dr Manambelona qui connait parfaitement les problèmes de la jeunesse, « trouvera certainement les solutions adéquates » tant attendues par les élèves, étudiants et parents. Dans sa conférence de presse de la mi-juin 1972, il reconnait l’opportunité de faire quel­que chose de neuf, d’utile et de beau pour tous les jeunes Malgaches sans distinction.

Toujours selon Randriamaro­zaka, tous les membres du gouvernement portent le titre uniforme de ministre. « Nulle ressemblance avec le mécanisme trop compartimenté et coloré de l’ancien régime. » D’ailleurs, Gabriel Ramanantsoa, d’après le chroniqueur, choisit ses ministres avec beaucoup de doigté car ils le sont « en fonction de leur haute compétence » et sont originaires de toutes les provinces de la Grande île.

Dès le 24 mai, lorsqu’il explique au micro de Radio Madagascar, les raisons de sa nomination et de celle de ses homologues, Richard Ratsiman­drava laisse entendre clairement que Madagascar est au seuil d’une ère de réforme radicale. « Il s’agit pour tous les fonctionnaires, d’autorité en particulier, de faire preuve de civisme, d’intégrité morale et intellectuelle. Ils doivent se mettre au service du pays en évitant les esprits partisans. Ils doivent travailler à ramener l’ordre et le calme. Certains voudraient exploiter la situation présente pour essayer de développer le tribalisme et les manœuvres frauduleuses qui ont un caractère antinational. »

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