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Laconisme – Game of Thrones : un miroir du réel

La patience a traversé l’épreuve ardue dont le parcours s’était étalé sur deux ans. Après l’étape laborieuse d’attente qui était pour des millions de fans la pire des tortures, est venue celle de la dégustation de la saveur plus ou moins fade des deux premiers épisodes qui ont laissé le téléspectateur sur
sa faim.
Le climax tant attendu, porté par l’épique bataille de Winterfell, nous fait prendre conscience de l’imminence de la fin qui est, dans ce contexte d’ambiguïté où l’appréhension du générique final cohabite avec l’irrépressible impatience, l’arrivée à la moitié de l’ultime saison. Trois épisodes restants plus tard, la série, dont les premières claques étourdissantes ont commencé en 2011, continue de mettre à notre disposition le miroir grossissant qui amène à la conscience la véritable image, sans fard et non édulcorée, de la politique. Cette réalité complexe, dont Westeros est une parfaite illustration, longtemps enfouie sous les représentations véhiculées par les œuvres où la présence de la frontière entre le bien et le mal donne une lecture facile et naïve.
Faire une description de l’univers de Game of Thrones, basée sur une grille de lecture manichéenne et réductrice, est hasardeux. Comme le réel qui, contrairement à la fiction, ne peut être objectivement analysé en termes de bien et de mal. On se souvient des critiques essuyées par l’expression simpliste « Axe du mal » inventée par l’administration Bush. Le même problème se présente au téléspectateur de Game of Thrones. Une fois l’illusion démontée par la série, notre monde avec ses guerres et ses crimes, s’offre nu.
Raymond Aron a dit : « la vérité qui m’est la plus désagréable est de reconnaître l’essence machiavélienne de la politique en détestant cette essence ». Game of Thrones a jusqu’ici pris à contre-pied la force de la vertu toujours vainqueur de la littérature populaire. Les Stark, incarnations de l’honneur, de la bonté se font démonter par les Lannister : condamnation injuste de Ned Stark, son fils Robb qui a pris le chemin d’une mort sanglante en écoutant son cœur au détriment de la raison d’État, entrainant avec lui sa mère Catelyn, sa femme et l’embryon qui était dans le ventre de cette dernière. Le destin de la main vengeresse d’Arya Stark est très suivi cependant : son rêve d’avoir la peau de Cersei Lannister, qui occupe la tête de sa fameuse liste, sera-t-il exaucé ? La mort de Tywin Lannister, tué par son fils Tyrion alors qu’il était aux toilettes, sur un trône beaucoup moins prestigieux que le très convoité Trône de fer, participe également à ce réalisme en n’imposant pas, à ce que le monde a de dégueulasse, le voile de la censure.
L’incompatibilité de l’acquisition et de la conservation du pouvoir avec les effluves du cœur, tellement glorifiées dans les littératures bas-de-gamme à l’eau de rose, se rapproche plus de la réalité. Pour espérer intégrer et rester dans le cercle très restreint du pouvoir, les critères peuvent être: la sournoiserie et l’âme corrompue de Petyr Baelish alias Littlefinger, le Iago (le personnage de Shakespeare, pas le perroquet de Jafar) de la série ; un chair moins faible que celui du commun des mortels comme celui de l’eunuque Varys que Littlefinger a vainement essayé de soudoyer avec des petits garçons ; la maîtrise de l’art du retournement de veste du Grand Mestre Pycelle ; la crainte à caractère religieux qu’inspire l’imbrulée Daenerys Targaryen ; le charisme de Jon Snow qui l’a propulsé roi du Nord, titre qu’il n’a obtenu ni par les armes, ni par le sang (royal mais ignoré de tous) étant aux yeux du monde entier un bâtard, …
Et pendant que les guerres (armées ou non), attisées par ce grand tentateur appelé pouvoir, continuent de rythmer l’Histoire et accaparent les esprits, les véritables menaces à notre espèce sont ignorées à l’instar de la grande menace du Nord dans Game of Thrones. Alors qu’aux Pôles, les glaces fondent comme le Mur qui a protégé Westeros de l’invasion des Marcheurs Blancs, on est plus que jamais à une phase où on devrait adopter la position de Jaime Lannister. Car en ce moment, « c’est une question de survie ».

par Fenitra Ratefiarivony

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