Notes du passé

Le MDRM accusé à tort ?

Après deux jours d’insurrection atrocement réprimée, Moramanga est une ville morte.

«Les insurgés ont, certes, commis des atrocités contre les colons français, des membres du Parti des déshérités de Madagascar et des fonctionnaires de l’Administration coloniale, mais la répression fut non moins horrible. » C’est ce que l’on peut lire dans la présentation faite par Lucile Rabearimanana de la thèse de Jacques Tronchon sur « L’Insurrection malgache de 1947 – Essai d’interprétation historique » présentée à l’Université de Paris VIII à Vincennes, le 29 septembre 1973 (Revue Hier et Aujourd’hui N°1 et 2, 1975).

L’auteur termine ainsi la première partie de sa thèse, intitulée « Naissance et mort d’une insurrection » : « Des actes odieux ont été commis de part et d’autre, avec des hécatombes plus impressionnantes à mettre au compte des forces françaises étant donné la puissance de frappe de leur armement. »

Dans la seconde partie de son étude, « Autopsie d’une Insurrection », Jacques Tronchon expose les différentes interprétations et explications du mouvement avant de développer les siennes. Dans les « explications premières », il passe en revue les thèses traditionnelles avancées sur les mobiles de l’insurrection. Selon l’Administration coloniale et les colons, ce serait le résultat d’un complot entre des parlementaires du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) et des Hova  (comprendre les bourgeois merina). Il cherche alors, dans le contexte politique de l’époque, ce qui aurait pu le confirmer.

La thèse montre alors, et d’un : ce sont, certes, les responsables des sections locales du MDRM qui fournissent les premiers cadres de l’insurrection, mais elle relève un syllogisme infirmé par les faits.

« Le MDRM a fomenté l’insurrection, or le MDRM est un parti merina, donc les Merina ont fomenté l’insurrection. » Pourtant, les dépositions des militants du parti qui reconnaissent la responsabilité immédiate du Bureau politique dans la préparation de l’insurrection, sont « obtenues sous la torture et rétractées par la suite ». Et sur ce point, la position de l’état-major du MDRM ne varie jamais : « Il a toujours nié sa responsabilité dans les évènements et désapprouvé l’insurrection. »

Et de deux : concernant l’assertion que celle-ci est l’œuvre des Hova, Jacques Tronchon rappelle la thèse maintes fois soutenue par l’occupant selon laquelle « il existe à Madagascar, une multitude de races antagonistes auxquelles les Hova, anciens colonisateurs de l’Ile, d’origine malaise, ont imposé une hégémonie implacable tout au long du XIXe siècle ».

Mais selon l’auteur, d’une part, « la caste hova » s’est toujours empressée de témoigner sa loyauté envers l’occupant, aussi bien au lendemain de la conquête coloniale que pendant et après la seconde guerre mondiale, « son désir d’indépendance n’étant pas accompagné de francophobie ». D’autre part, Hova ne signifie pas exactement MDRM, car des sections du parti se créent dans toutes les régions et parmi toutes les couches de la société malgache.

Et de trois : si certains leaders du Mouvement sont Tanana­riviens d’origine, ni Jacques Rabemananjara ni Raherivelo Ramamonjy ne le sont. Et surtout, les parlementaires n’ont aucun intérêt à pousser les militants de leur parti vers une action violente. « Ils n’en avaient pas non plus l’intention, le but étant pour eux de s’adapter aux nouvelles structures politiques et administratives proposées par la France et d’en occuper les places. »

Toutefois, du fait de ce revirement vis-à-vis de la revendication d’indépendance, « ils étaient sur leur gauche dépassés par une partie de militants décidés à l’emploi de la force contre l’occupant ». Aussi, pour l’auteur de la thèse, le MDRM, en tant que parti, ne peut-il être tenu pour responsable de l’insurrection, du moins directement. La question est donc de nouveau posée : qui a organisé, déclenché et dirigé l’insurrection ?

Bien avant la fin de la seconde guerre mondiale, des réseaux clandestins, le Panama et la Jina, créés respectivement en 1941 et en 1943 par Lucien Andriamiseza, Edmond Ravelonahina et Monja Jaona, se proposent de former idéologiquement et militairement les Malgaches à lutter pour l’Indépendance. En 1946, « ils étaient étroitement liés au MDRM, des membres de ce parti étant aussi affiliés aux réseaux clandestins ». Ceux-ci croient que le MDRM peut parvenir à acquérir l’Indé­pendance. Mais ils sont vite déçus.

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