Chronique

Du palu au Covid-19 : d’une plante, deux coups ?

Mars 2020 : revoilà la bonne vieille chloroquine (elle est produite depuis 70 ans) qui retrouve une seconde jeunesse avec les essais cliniques réussis en Chine, l’utilisation en Corée de l’hydroxychloroquine (tout comme le Kaletra, associant lopinavir et ritonavir, un antirétroviral contre le VIH), et la publicité tonitruante faite par le Pr Didier raoult de l’IHU Méditerranée-Infection de Marseille : le 17 mars 2020, le laboratoire sanofi s’était dit prêt à offrir aux autorités françaises des millions de doses de chloroquine pouvant traiter 300.000 malades. Le 19 mars, Donald Trump annonçait vouloir rendre la chloroquine disponible immédiatement. Le 23 mars, le Maroc a décidé de réquisitionner toute la production de Nivaquine et Plaquenil du laboratoire sanofi-Maroc à Casablanca.

Selon l’OMs, Madagascar comptait 800.661 cas de paludisme, pour 370 décès (OMs, 2018). Mais, contre le paludisme, la coordonnatrice du programme national de lutte contre le paludisme avait découragé le recours à la chloroquine pour recommander la thérapie combinée à base d’artémisinine (L’Express de Madagascar, 29 novembre 2019). Dès octobre 2008, la chloroquine avait été contre-indiquée au profit de l’actipal dans le traitement du paludisme. À la même époque, une étude concluait à la résistance du Plasmodium vivax à la chloroquine.

En France, dont Madagascar continue de beaucoup hériter 125 ans après le début de la colonisation, la chloroquine est inscrite sur la «liste II» des «substances vénéneuses destinées à la médecine humaine et vétérinaire», depuis 1999. Le 13 janvier 2020, suite à son inscription sur cette même liste II, les autorités sanitaires françaises ont expliqué que «l’hydroxychloroquine peut donner de nombreux effets indésirables graves, notamment des risques de toxicité oculaire, pouvant aller jusqu’à la cécité» et que cette inscrition était justifiée pour «limiter son mésusage et réserver son utilisation à une prescription médicale».

Le 11 mars 2020, l’aviesan (alliance pour les sciences de la vie et de la santé, réunissant entre autres CNrs, Inserm, Institut Pasteur, IrD, CIraD, Fondation Mérieux, Institut Curie) adoubait 20 initiatives scientifiques dispatchées en 4 grandes thématiques, mais nulle mention de l’initiative de Didier raoult avec l’hydroxychloroquine. Un essai clinique devait mesurer l’efficacité de quatre traitements différents : 1) oxygène, ventilation 2) traitement à base de remdesivir 3) Kaletra 4) association de Kaletra et un interferon bêta.

Finalement, le 22 mars, l’essai clinique baptisé Discovery, coordonné par l’Inserm dans le cadre du consortium rEaCting, allait évaluer l’efficacité et la sécurité de «quatre stratégies thérapeutiques expérimentales» : 1) soins standards plus remdesivir (laboratoire Gilead) 2) soins standards plus lopinavir et ritonavir (le Kaletra du laboratoire abbVie) 3) soins standards plus lopinavir, ritonavir et interféron beta du laboratoire Merck 4) soins standards plus hydroxychloroquine.

À Madagascar, réunie le 24 mars 2020, la commission de prise en charge au sein du Ministère de la santé publique a défini son protocole : le traitement spécifique s’administre par hydroxychloroquine (un comprimé trois fois par jour pendant six jours) OU chloroquine phosphate équivalent chloroquine base 100 mg (2 comprimés, trois fois par jour, pendant six jours) ET azithromycine 250 mg (2 comprimés J1, un comprimé par jour J2-J3-J4-J5). Tout en précisant ne pas recommander l’hydroxychloroquine à titre préventif.

Le 28 mars 2020, l’agence fédérale russe de biomédecine annonçait la découverte d’un médicament contre le coronavirus. selon le centre de recherche et de production Pharmazachita, le schéma thérapeutique est basé sur le médicament antipaludique Méfloquine : «ce médicament bloque l’effet cytopathique du coronavirus et inhibe sa réplication, alors que les effets immunosuppressifs du Méfloquine bloquent l’inflammation provoquée par le virus. L’ajout de macrolides et de pénicillines synthétiques empêchera non seulement la formation d’un syndrome bactérien et viral secondaire, mais permettra également d’augmenter la concentration d’agents antiviraux dans le plasma sanguin et les poumons».

Une étude de 2005 évoquait déjà la chloroquine comme un inhibiteur du sars coronavirus (Virology Journal 2005). Chloroquine, Hydroxychloroquine, Méfloquine : les «intuitions» médicales convergent toutes vers les antipaludéens. Dans l’histoire du Prix Nobel, trois lauréats avaient été récompensés pour leurs travaux sur le paludisme : ronald ross (1902), alphonse Laveran (1907), Youyou Tu (2015). Cette dernière, travaillant à l’académie chinoise de médecine traditionnelle chinoise depuis 1965, a fait l’inventaire des 2000 plantes collationnées par la pharmacopée traditionnelle chinoise, avant d’extraire la molécule d’artémisinine en 1971 : le qing-hao-su, connu depuis 3000 ans par les anciens Chinois pour ses vertus antipaludéens.

Dans un article du 17 février 2020, les médecins chinois rapportent qu’ils avaient administré à 85% des malades du coronavirus des plantes médicinales, dont l’artemisia (Qing-hao), dans les cas de syndromes pulmonaires modérés. Une publication ultérieure du 13 mars 2020 explicite le Protocole de diagnostic et de traitement contre le Covid-19 : l’artémisia y est également utilisée pour résoudre les symptômes de difficulté respiratoire modérés. De nombreuses études, depuis 1991, évoquent les vertus antivirales de l’artémisinine et surtout son efficacité contre le sars-CoV de 2002-2003.

Contre le paludisme, contre le cancer, contre les coronavirus : l’artémisia en particulier, la phytothérapie en général, trouvera-t-elle les millions de dollars nécessaires à passer de l’efficacité in vitro à la réussite clinique in vivo ?

Chloroquine, Hydroxychloroquine, Méfloquine, artémisinine. Dans son rapport à l’académie des sciences de stockholm, le donc Prix Nobel alphonse Laveran eut des mots d’amertume en rendant compte de sa découverte : «Ces premiers résultats de mes recherches furent accueillis avec beaucoup de scepticisme. L’hématozoaire que je donnais comme agent du paludisme ne ressemblait pas aux bactéries. Il sortait en un mot du cadre des microbes connus et beaucoup trouvèrent plus simple de mettre en cause son existence. C’était le 11 décembre 1907. On ose espérer que les scientifiques et les laboratoires soient moins obtus en 2020».

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