Plus de 70% des agriculteurs à Madagascar s’intéressent à la pratique de l’élevage et l’on estime qu’il contribue à hauteur de 60% de la formation des revenus des ménages ruraux. Mais malgré cette configuration de l’économie agricole du pays, l’élevage à vocation laitière peine encore à émerger. [caption id="attachment_137627" align="alignright" width="700"]
Arrivée des vaches laitières normandes et montbéliardes à l’aéroport d’Ivato le 6 octobre 2021.[/caption]
L'élevage laitier est l’ensemble d'activité visant à produire du lait, généralement à partir d'un élevage bovin. Ce dernier, constitué à 85% de zébus dits malgaches, occupe une place prépondérante dans le secteur de la production animale et se concentre dans les parties nord-ouest, la côte ouest et l’extrême sud de l’ile. Les régions d’Atsimo Andrefana, d’Androy, d’Anosy et de Menabe regroupent plus de 35% du cheptel bovin, suivies de près des régions de Boeny, de Sofia, de Melaky et de Betsiboka (28%). La moyenne nationale est de huit têtes de bovins par exploitation pratiquant ce type d’élevage.
À l'heure actuelle, l’élevage laitier ou à vocation laitière ne constitue qu'une activité complémentaire de l’élevage bovin bien qu’une part de ménages ruraux en tire une bonne partie de son revenu. Il n’existe, en effet, que quelques régions qui favorisent l’essor de cette activité à savoir certaines régions des Hautes-Terres nord et sud et une partie de l’Ouest qui la pratiquent de façon traditionnelle ou extensive. Il y a aussi les régions qui pratiquent ce type d'élevage de manière semi-intensive comme celle de Manjakandriana, les régions du Vakinankaratra et du Moyen-Ouest. La race laitière (environ 8%) se trouve surtout dans la région de Vakinankaratra, suite à l’importation de nouvelles races, et commence à se développer un peu partout. La production des zébus femelles varie entre 1 à 5 litres de lait par jour.
L’élevage laitier intensif est surtout pratiqué au sein des grandes exploitations. Selon les spécialistes de la filière, ce type d’élevage est encore peu pratiqué du fait du manque de moyens des éleveurs et de l’insuffisance d'apports alimentaires des vaches. Ce problème est en effet assez général même pour les régions les plus favorables à l’activité. Très peu de paysans (8% des communes) cultivent des fourrages pour leur troupeau qui fournissent une alimentation adéquate aux vaches laitières alors que l’élevage laitier exige des aliments en quantité et en qualité. Outre cette faiblesse, les éléments qui font obstacle à l’élevage laitier sont le faible encadrement vétérinaire, le manque de vulgarisation et d’amélioration génétique, et les difficultés rencontrées pour la mise en place d'infrastructures laitières.
À savoir que le prix du bétail est plus bas dans les provinces les plus pauvres, en l'occurrence Fianarantsoa et Toliara. En outre, ce prix connaît une variation selon les saisonnalités des cultures les plus importantes et l’existence de fourrages. En général, les prix suivent le rythme inverse des prix des principales cultures dans chaque région. Le prix est bas pendant la période de soudure (période de culture de la principale spéculation) et élevé lors de la période de récolte.
Dans certaines régions particulières, des localités de Fianarantsoa et de Mahajanga notamment, les prix du bétail dépendent de la saison des pluies ou de l’existence ou non de fourrage : les prix sont bas pendant la période sèche (juin, juillet et août) où les zébus perdent du poids. Dans les régions où les cultures d’exportation sont plus importantes, l’évolution des prix des zébus sont étroitement liés au dynamisme des cultures. Quant aux vaches laitières importées par l’État, le défi est de faire en sorte que davantage d’agriculteurs puissent en acheter.
[caption id="attachment_137628" align="alignleft" width="679"]Selon les données disponibles, l’élevage, avec la pêche, contribue à environ 13% du PIB et son taux de croissance varie autour de 1,4%. Un rythme de développement très faible alors que l’élevage est présenté comme un contributeur direct à la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations par la consommation de produits animaux (viande, lait, œufs…). La consommation moyenne par habitant de lait et de produits laitiers ne dépasse pas les 10 kilos par an, soit plus de deux fois moins que la moyenne africaine. Pour accroitre ce taux, le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage (MINAE) estime qu’il est nécessaire de s’attaquer à la prévalence de l’élevage extensif traditionnel, un système à faible productivité et peu soucieux de l’environnement qui mise sur les feux de pâturages. Concernant l’alimentation du bétail, les problèmes découlent de la dégradation des pâturages naturels, de la diminution d’année en année de la surface pâturable par grignotage de l’agriculture et des exploitations minières, de l’effet néfaste des feux de brousse, et de la faible utilisation des sous-produits agricoles et agro-industriels, ainsi que des cultures fourragères. À noter aussi l’insuffisance et l’inaccessibilité des points d’abreuvement, la précarité de l’état sanitaire dans son ensemble (persistance des maladies endémiques, forte mortalité des veaux avec un taux de 25% soit 150.000 têtes/an…), la faible couverture sanitaire due à l’insuffisance des vétérinaires et l’absence de la surveillance active des maladies. On peut encore ajouter à cette liste les faibles performances zootechniques des animaux, liées à l’absence de gestion et de suivi génétique ne permettant pas la maîtrise de la consanguinité, la limitation des capacités techniques, financières et en matériels des éleveurs, la faible structuration et professionnalisation des acteurs au niveau de tous les maillons de la filière d’élevage et la persistance des vols de bovidés démotivant les éleveurs . Mais le MINAE soutient que l’heure est aux réformes visant à surmonter ces difficultés. Ce département indique aussi, qu’avec les partenaires, la faiblesse des investissements public et privé dans le sous-secteur est un problème en cours de résolution. L’objectif étant de pallier à l’insuffisance des infrastructures de base (pistes de production dans la zone sylvo-pastorale, ouvrages hydrauliques, unités de transformation, de conservation et de commercialisation) et de promouvoir l’entreprenariat agricole en général et l’élevage laitier en particulier. Le ministère avance également que des efforts sont consentis pour se doter d’informations statistiques permettant de mieux assurer le suivi de l’évolution de la filière et de favoriser un pilotage adéquat.Vache laitière élevée par des jeunes bénéficiairess du projet
“Titre Verte” dans le Vakinankaratra.[/caption] Faible taux de croissance
[caption id="attachment_137629" align="alignright" width="663"]« Au regard du diagnostic de la filière, il apparait que les différentes activités d’élevage ne sont pas valorisées de façon optimale et qu’il convient donc de mettre à profit les atouts et de trouver des solutions aux problèmes posés, en vue d’améliorer la situation. Un des grands enjeux est d’améliorer les productions animales en vue d’augmenter les revenus des éleveurs, mais aussi d’améliorer la consommation per capita de produits comme le lait en vue de favoriser la sécurité alimentaire et de participer à la lutte contre la malnutrition et de contribuer à la croissance économique», peut-on lire dans le rapport ministériel sur la situation de l’élevage laitier dans la Grande île. Si les facteurs limitant l’émergence de l’élevage laitier ne sont pas rares, il est aussi utile de remarquer que la filière a intérêt à accélérer sa révolution car le marché évolue. La croissance urbaine et la diversification alimentaire tirée par les classes moyennes conduisent à une forte hausse de la demande en produits d’origine animale, dont le lait en particulier. On parle d’une croissance de 6 à 8% de la demande chaque année. Raison pour laquelle les autorités ont décidé de donner un coup de pouce à la filière. Ainsi, à titre d’exemple, dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Titre Vert », en collaboration avec le programme national de l’entrepreneuriat Fihariana, plusieurs dizaines de vaches laitières importées de France ont été attribuées aux jeunes agripreneurs. Les premiers bénéficiaires de cette initiative ont été les agriculteurs d’Andranomanelatra, dans la région Vakinankaratra. Après leur mise en quarantaine, les vaches laitières de races normande et montbéliarde ont été remises aux éleveurs ou aux opérateurs professionnels. [caption id="attachment_137630" align="alignleft" width="617"]Colloque national sur l’élevage, le 10 décembre 2021 au CCI Ivato.[/caption] Demande en forte hausse
Les Malgaches consomment peu de lait et de produits laitiers.[/caption]
Rappelons également qu’un appel à manifestation d’intérêt a été lancé par le ministère de tutelle dans le cadre d’une opération de ciblage des éleveurs expérimentés ou des acteurs professionnels de la filière voulant pratiquer l’élevage des vaches laitières importées qui n’ont pas encore été attribuées. Un processus dont la date butoir du dépôt des dossiers de manifestation d’intérêt auprès de la direction générale de l’Elevage a été fixée le 14 janvier 2022. Les candidats intéressés ont été invités à fournir les informations justifiant leur capacité à atteindre les résultats attendus. À cette occasion, le programme Fihariana a souligné qu’à travers l’importation de ces vaches laitières de races performantes, l’objectif est d’assurer le renforcement de la chaîne de valeur lait dans les régions productrices laitières à Madagascar. Il s’agit notamment des régions du Vakinankaratra, d’Itasy et d’Analamanga. Ce qui permettra également d’améliorer la qualité et la quantité de lait pour garantir une qualité optimale du produit au niveau des industriels. À terme, l’État prévoit l’importation de 1000 vaches laitières. Pour le Malagasy Dairy Board (MDB), groupement d’intérêt économique mis en place avec l’appui de la FAO, l’objectif est de produire 43 millions de litres de lait en plus de la production actuelle estimée à environ 100 millions de litres.
VERBATIM
Mira Rakotondrandria, Directrice Exécutive de la Malagasy Dairy Board (MDB)
« L’objectif national à atteindre dans les trois prochaines années est de 43 millions de litres en plus de la production actuelle estimée à environ 100 millions de litres. Atteindre ce volume est tout à fait réalisable malgré la stagnation de la production nationale enregistrée ces dernières années. Pour cela, il est important de dynamiser et de moderniser rapidement le secteur de l’élevage à vocation laitière. Rappelons aussi que Madagascar importe 83 millions de kilos de lait, incluant les produits dérivés, selon les données du ministère de l’Agriculture et de l’Élevage »
Valérie Zafindravaka, Secrétaire Exécutif du programme Fihariana
« Afin d’améliorer la productivité en lait pour répondre au besoin au niveau local, le programme national Fihariana et le ministère de l’Agriculture et de l’Elevage ont élaboré un programme d’amélioration globale de la race bovine à Madagascar. Ce programme, nommé Fanoro ou Fanatsarana ny Ombivavy be Ronono, mis en œuvre depuis fin 2020, inclut la formation des inséminateurs artificiels aux techniques modernes, l’importation de semences de la race Pie Rouge Norvégienne et l’importation de vaches laitières de race normande et montbéliarde ».
Promotion de la filière
Les partenaires mobilisés
Pour booster la filière élevage en général et l’activité d’élevage laitier en particulier, le gouvernement, à travers le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, mobilise les partenaires techniques et financiers du pays. Des événements allant dans ce sens se sont multipliés à l’instar du colloque organisé au mois de décembre dernier. Cette rencontre a été marquée par la tenue d’une conférence des bailleurs qui avait vu la participation de la Société financière internationale (SFI), du projet de Croissance Agricole et de Sécurisation Foncière (CASEF), du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), de l’Agence Française de Développement (AFD), de l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), du projet Pôle Intégré de Croissance (PIC) de la Banque mondiale, du projet Fihariana et de l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM). Lors des échanges tenus au cours du colloque, ces partenaires techniques et financiers ont remis sur la table les deux principales problématiques majeures de la filière que sont les questions liées à l’insécurité et l’amenuisement de la taille du cheptel. Parmi les solutions proposées : l’identification et la traçabilité, la reconstitution du cheptel et l’intégration dans les chaînes de valeurs. Les participants ont partagé leurs constats et leurs expériences pour ensuite établir les priorités pour relever le défi pour la filière. « La plateforme mise sur pied a permis d’identifier où se situaient les lacunes limitant la collaboration avec les partenaires ainsi que les pistes pour éviter les doublons d’activités », a-t-on expliqué avant de noter que l’objectif est de renforcer les synergies pour une meilleure coordination des actions et pour une mobilisation accrue des ressources. C’est aussi lors de cet événement organisé sous l’égide du Président de la République, Andry Rajoelina, qu’a été annoncée la mise en place des « Vala iraisana » dans des régions comme Ihorombe ou Anosy ainsi que l’importation de vaches laitières et de petits ruminants. Du côté du secteur privé, Rivo Andriamanalina, président de la commission agriculture et élevage du Groupement des Entreprises de Madagascar (GEM), a réitéré la volonté des entreprises de créer des emplois par le renforcement des partenariats public-privé, de mettre en place une banque de développement rural qui peut financer 80% des projets du secteur privé dans l’élevage.L’ÉLEVAGE LAITIER EN CHIFFRES
Vache laitière élevée par des jeunes bénéficiairess du projet
Colloque national sur l’élevage, le 10 décembre 2021 au CCI Ivato.[/caption]
Demande en forte hausse 