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L’avènement de la Démographie

C’est une vieille Chronique publiée le 8 août 2019 sur le site 2424.mg. Toujours d’actualité surtout qu’officiellement, la planification familiale est dorénavant reconnue comme un levier du développement. Rien de commun, apparemment, entre les palétuviers des mangroves décapités et les blocs granitiques des collines débités en moellons: sinon la pression humaine. Dans une autre précédente Chronique (Chronique VANF, 3 février 2021, «Grand Sud : urgence permanente»), je soulignais le paradoxe d’une augmentation du nombre d’enfants de moins de 5 ans en situation de crise climatique et alimentaire durable. La population du Grand Sud, concerné par cette double crise, est passée de 1,63 millions à 2,78 millions. Il s’agit maintenant de donner du contenu au slogan de «planification familiale» en mettant à l’Index la coutume du mariage des enfants, les grossesses précoces et multiples, les familles XXL du désormais caricatural «fito lahy, fito vavy». Trouver un message pédagogique pour convaincre de baisser la fécondité. Expliquer les avantages rationnels d’une fécondité réduite. Mettre à disposition des couples ou des femmes les moyens techniques pour la maîtrise de cette fécondité. In fine, trouver la cohérence législative d’une légalisation de l’avortement.

Nous serions 25.680.242 Malgaches. Annonce provisoire du RGPH-3. La Démographie deviendra la discipline la plus importante de la prochaine décennie. La Démographie, née dans le sillage de la statistique. La Démographie qui, avec l’économie, est la plus quantitative des sciences sociales. Perspectives intellectuelles stimulantes quand on sait que les démographes ont souvent une double formation (+économie, +sociologie, +anthropologie, +philosophie, +urbanisme, par exemple).

Démographie et migrations intérieures. Démographie et croissance économique. Démographie et espace vital. Démographie et équipements. Démographie et services publics. Fécondité et Degré de développement de l’État. Fécondité et milieu d’appartenance. Fécondité et niveau d’études des femmes.

«Populaire et populeux» : on a toujours l’impression que les quartiers les plus pauvres sont encore les plus peuplés. Double peine. Sauf pour ceux qui continuent de raisonner en «fito lahy, fito vavy» : la bénédiction improbable d’avoir sept garçons et sept filles. Dans une Capitale Antananarivo avec 210 habitants au km2, cette surpopulation domestique déborde sur l’espace public et devient gêne, encombrement, surcharge.

Pendant 25 ans, le RGPH-2 remontant à 1993, l’État malgache s’était privé d’un outil fondamental de décision. L’INSTAT (Institut National de la Statistique) existe, il nous faut désormais un INED ou un Office for Population Research : qu’importe la filiation tant qu’on s’occupe sérieusement de la Démographie. Il n’est que temps: entre 1974 et 1981, le reste du monde s’était déjà soucié d’une «Enquête mondiale sur la fécondité».

Depuis que le Ministre de l’Économie a partagé la volonté gouvernementale de limiter les naissances, il a fallu lire rapidement en diagonale la littérature savante sur la Démographie qui y gagne sa majuscule. Pourquoi ? Comment ? Qui ?

«Pendant longtemps, la réflexion sur le devenir d’une société humaine ne pouvait pas s’appuyer sur des données statistiques fiables : elle relevait plutôt de la philosophie, de la morale, de la science politique et, bien entendu, de la religion. En fait, il allait souvent de soi que l’objectif était d’assurer les conditions du plus grand nombre de naissances possible, compte tenu des faibles probabilités de survie des enfants jusqu’à l’âge adulte, ou de la volonté d’augmenter la taille de la population pour s’imposer face aux autres populations».

Dans la chronique «Ho atao inona izy, sa inona no atao ho azy?» (Antranonkala 14 juin 2019), j’opposais les «Telo sy Efatra ihany» aux «Mpanao tera-bitro» accusés d’un exploit improbable «miteraka indroa isan-taona». Si la population malgache a triplé depuis 1975 et doublé depuis 1993, tout le monde n’a pas la même responsabilité dans cette explosion démographique. Limitation des naissances, mais lesquelles?

En 1977, Harvey Leibenstein avait cherché à expliquer pourquoi les plus riches choisissent d’avoir assez peu d’enfants. Parce que, disait-il, les dépenses à consacrer aux enfants sont plus élevées chez les riches que chez les pauvres et qu’en situation de concurrence dans le budget familial, les dépenses de statut, destinées à maintenir le rang social des plus riches, réduisent les sommes à consacrer aux enfants.

Dès 1890, Arsène Dumont, dans «Dépopulation et civilisation» expliquait comment le contexte économique et social créé par l’entrée dans l’industrialisation et le développement économique a ouvert des perspectives de promotion sociale que les sociétés traditionnelles n’offraient pas. Et que ceci pousse les couples à limiter le nombre de leurs enfants : soit pour faciliter leur propre promotion en réduisant leurs dépenses et leurs contraintes familiales, soit pour concentrer leurs efforts sur un nombre restreint d’enfants afin d’assurer à ceux-ci une chance de promotion sociale.

Robert Malthus et son «grand banquet de la nature» (XVIIIe -XIXème siècle), Francis Galton et l’invention de l’eugénisme (1883), Richard Easterlin et son «hypothèse» (1974) : l’opinion publique malgache de l’ère Internet voudra certainement en disserter. Aux démographes, et leur double formation d’ouverture, à nous formuler un avertissement de base : Sujet vaste et complexe.

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