A la une Actualités Sport

Décès de Jean Louis Ravelomanantsoa – Une légende, une icône quitte la piste

Terrassé par une maladie, Jean Louis Ravelomanantsoa,  le plus grand athlète malgache de tous les temps, s’est éteint mardi à Lyon. Il avait 73 ans.

Jean Louis Ravelomanantsoa portait le dossard 583  à la finale des Jeux Olympiques de Mexico.
Jean Louis Ravelomanantsoa portait le dossard 583 à la finale des Jeux Olympiques de Mexico.

Aura-t-il un héritier ? Que restera-t-il de ses exploits et de son histoire  ? Le destin est parfois cruel. Il y a exactement un an, on avait projeté d’écrire un livre retraçant la fabuleuse épopée du sprinter Jean Louis Ravelomanantsoa, finaliste olympique lors des J.O de Mexico en 1968, co-détenteur du record du monde du 60 m yard en 5″ 9 établi le 22 janvier 1971 à Kansas City dans le Missouri, détenteur du record d’Afrique et de Madagascar du 100 m en 10″ lors des Jeux du monde disputés à Helsinki en novembre 1971.
On avait échafaudé le plan du livre, défini le message qu’il voulait faire passer. Il avait ramené CD et coupures de presse pour les précisions. On se donnait rendez-vous dès qu’il en aura terminé avec son traitement à Lyon. Jean Louis souffrait déjà beaucoup et avait du mal à se déplacer. Hélas, il ne verra pas ce document censé retracer ses prouesses à travers le monde. La maladie a eu raison de la ténacité qui lui avait permis de revenir au plus haut niveau après une intervention chirurgicale quand il était au sommet de sa carrière.
Madagascar perd ainsi une légende, une icône  peut-être la plus grande personnalité qu’il ait jamais connue depuis l’indépendance. Jean Louis Ravelomanantsoa était plus qu’un ambassadeur et à travers le sport, il a fait rayonner l’image du pays. Preuve en fut donnée par l’accueil triomphal qui lui avait été réservé par le Président Philibert Tsiranana à son retour des Jeux de Mexico malgré sa huitième et dernière place en finale.

Jean Louis Ravelomanantsoa (à g.) s’est engagé aux côtés des anciennes gloires du Sport, ici avec Augustin Andriamiharinosy (alias Baovola)  et Serge Ramiandrasoa.
Jean Louis Ravelomanantsoa (à g.) s’est engagé aux côtés des anciennes gloires du Sport, ici avec Augustin Andriamiharinosy (alias Baovola)
et Serge Ramiandrasoa.

Champion des États-Unis
L’aventure avait commencé en avril 1965 lors d’une compétition Ossum où l’athlète trapu de 1,65m pour 65 kilos du lycée Gallieni avait affolé les chronos affichant une marque de 10″1 rendant incrédules les officiels et surtout les journalistes étrangers lesquels avaient demandé à re-mesurer la piste en cendrée de Mahamasina. Jean Louis Ravelomanantsoa allait par la suite prouver sur toutes les pistes du monde qu’il faisait partie de la crème  mondiale en tutoyant les grands noms comme les Américains Mel Pender, Greene, Bob Haynes, Jim Hines, John Carlos, le Français Roger Bambuck ou le redoutable soviétique Valery Borzov.
Le champion d’exception était sollicité de partout. Les Américains l’ont « recruté » en 1970. Jean Louis Ravelomanantsoa a intégré le college Westmont de Santa Barbara en Californie pour poursuivre ses études en commerce et affaires. Il va continuer à rafler les titres à l’image du titre de champion des États-Unis devant Greene et Pender en mars 1971.
Ses exploits sont passés outre atlantique car Jean Louis Ravelomanatsoa est une célébrité en Australie . Jusqu’à présent  il est le seul athlète au monde à avoir gagné un 100 m en partant avec un recul de 10 m. Un exploit signé à Brisbane en 1971 qui reste gravé dans toutes les mémoires.
Jean Louis Ravelomanantsoa s’est fait discret depuis sa retraite préférant s’occuper de sa famille et de son travail. Mais ce n’était pas une raison pour oublier cette grande figure qui a montré sa disponibilité pour rendre service aux jeunes comme en témoigne son engagement dans l’association des anciennes gloires du sport l’année dernière présidée par son ami et ancien grand nom également en l’occurrence Augustin Andriamiharinosy.
Le livre permettra de pérenniser la mémoire et les exploits de Jean Louis Ravelomanantsoa un athlète d’exception, mais il sera difficile de lui trouver un successeur au sprint. Entre 1960 et 2016, on a reculé de deux secondes au 100 m. Ce n’est certainement pas le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre. Adieu champion et merci.

Jean Louis Ravelomanantsoa au milieu des plus grands athlètes malgaches.
Jean Louis Ravelomanantsoa au milieu des plus grands athlètes malgaches.

Hommages

Tiana Raoelina Andriambololona, président du Comité Olympique Malgache, 2002-2005
« Jean Louis est une gloire du sport malgache, il est le premier athlète à être entré sur la scène olympique, de par ses performances, il a démontré que les athlètes malgaches peuvent réussir sur la scène sportive internationale ».

Norolalao Andriamahazo, présidente de la fédération malgache d’athlétisme
« C’est avec une profonde tristesse que nous avons pris connaissance du décès de Jean Louis Ravelomanantsoa, le seul Malgache qui ait atteint le sommet olympique avec un record de 10 sec 18 centièmes jamais égalé chez nous, au 100 mètres, lors des Jeux olympiques de 1968. Nous avons perdu, le seul athlète malgache, ayant atteint une finale à ces Jeux de très haut niveau ».

Siteny Randrianasoloniaiko, président du Comité olympique malgache, actuel
« Depuis cinq décennies, le record de Jean Louis Ravelomanantsoa, n’a été égalé, et on se pose la question, qui et quand le prochain athlète qui atteindrait une finale olympique de cette envergure. L’Etat devrait donner une place privilégiée aux athlètes qui portent haut le flambeau du sport malgache. Jean Louis est parti, mais le souvenir de son exploit restera à jamais gravé dans la mémoire des Malgaches en général et des athlètes en particulier ».

Anicet Andriamosarisoa, ministre de la Jeunesse et des sports
« Le décès d’un athlète de l’envergure de Jean Louis Ravelomanantsoa, est une grande perte pour le sport malgache, et pour la nation. Il a laissé derrière lui, une trace indélébile d’un exploit quoi que jamais égalé, servira de but à atteindre pour les jeunes athlètes d’aujourd’hui. La nation, marquera sa reconnaissance, même à titre posthume, envers Jean Louis ».

Rosa Rakotozafy, présidente de l’association des olympiens malgaches
« Le décès de Jean Louis Ravelomanantsoa nous plonge tous, dans une profond tristesse. Nous faisons appel à l’Etat, de ne pas oublier de marquer sa reconnaissance du vivant de tels athlètes, par des gestes conséquents, dus à leurs exploits, et non pas seulement à titre posthume ».

Textes : Sylvain Ranjalahy – Photos Archives