Un jour, les Jeux des îles dans toute l’île


3e JIOI, Madagascar, 24 août au 2 septembre 1990 7e JIOI, Madagascar, 2007 11e JIOI, Madagascar, 24 août au 3 septembre 2023 : athlétisme, badminton, basketball 3x3, basketball 5x5, boxe, cyclisme, football, haltérophilie, handball, judo, karate, kickboxing, lutte, natation, pétanque, rugby VII, taekwondo, tennis, tennis de table, volleyball. Les Maldives s’étant désistées en octobre 2020, Madagascar a aussitôt proposé sa candidature pour héberger les onzièmes Jeux des îles. Après de longs mois d’interrogations anxieuses, la tenue des 11e JIOI était finalement officialisée. Mais, voilà qu’à 100 jours des Jeux, plusieurs disciplines furent soudainement exclues, au grand désespoir des centaines de jeunes qui s’y étaient préparés et en avaient rêvé. Sur le site très officiel «depeche-taratra.mg», je pouvais encore lire ce 28 août, un article du 22 mai 2023 : «Initialement, le comité organisateur avait inscrit 23 disciplines au programme, mais compte tenu de la situation à Madagascar et du manque de garanties pour assurer la tenue des Jeux, le CIJ a décidé d’enlever une dizaine de sports». Un communiqué que l’on peut également retrouver parfaitement identique dans les colonnes de lexpress.mu qui rajoute quelques précisions: «contexte économique difficile», «manque d’infrastructures sportives», «rénovation de certains sites en retard». Et des «raisons de sécurité» ? Lors de la troisième réunion du CIJ (conseil international des Jeux), Antananarivo du 18 au 21 mai 2023, étaient donc rayés : le surf, le tir à l’arc, la voile, le taekwondo, le kickboxing, le beach soccer, l’équitation, le beach volley, la boxe féminine, le football féminin et le rugby à 15. L’année du trentième anniversaire de son affiliation à la World Taekwondo, le taekwondo malgache faillit passer à la trappe. N’était-ce la protestation collective menée par Nicolas «Ragonz» Randriamiandrisoa, champion d’Afrique 2022, et lui-même médaillé d’or à ces JIOI 2023. Quand aux sports en mer, pour des îles, il est paradoxal, mais tellement symptomatique, que les sports nautiques (surf, voile) aient été les premiers sacrifiés. Jean-Paul Nanguet, chef de la délégation Réunion au CIJ, résume bien ce déni : «On est dans l’Océan Indien, faire des Jeux sans la mer, sans les sports nautiques, nous paraissait un peu dévalué». Les trois îles, Seychelles, Maurice et La Réunion, organisent d’ailleurs régulièrement des rencontres nautiques inter-îles. Dans le cas de Madagascar, la voile évoque des images de carte postale d’une autre époque : sur le lac Andraikiba, à l’Ouest d’Antsirabe, voilà bien soixante ans. De ses anciennes animations nautiques, le site ne garde que le béton intact de la belle ouvrage d’antan. À l’issue de la réunion du CIJ de décembre 2022, trois autres villes étaient encore envisagées pour décentraliser les Jeux : Mahajanga (beachvolley, taekwondo, karate, beachsoccer, natation, volleyball), Sainte-Marie (voile), Tôlagnaro (surf). Des compétitions sur la plage du «Village touristique» à MJN n’auraient pas manqué de charme. Une course à la voile autour de l’île aux Nanto à SMS, aurait réconcilié l’île avec son passé flibuste et hauturier. À propos du surf à Fort-Dauphin (le FTU du code IATA), un beau reportage photo d’un «Vazaha», Vincent del Valle, évoque avec une mélancolie bienveillante le quotidien des locaux qui s’y adonnent depuis vingt ans. Hélas, l’ambition initiale de décentraliser certaines disciplines était trop optimiste. Madagascar est une île-continent, avec les distances que cette immensité suppose. Les déplacements auraient été problématiques vu l’état catastrophique des routes nationales, mais surtout la mort du réseau aérien intérieur le plus dense du monde, à l’époque d’Air Madagascar et de ses Boeing 737. Déjà, les délégations logées à l’Ilo hôtel, à «seulement» 25 kms (Manakambahiny sur la route de Mahitsy, RN4) se disent victimes des trois heures de route jusqu’aux sites de compétition. On surfe donc à la plage d’Ankabo, à la baie Monseigneur, au spot d’Ambinanibe : Joe (sélectionné pour les Jeux des îles), Marco, Mickaël, Marcel, Manah, Frederico, André, Josseline... doivent être bien déçus que le CIJ ait privé leur discipline de cette compétition dont ils avaient espéré une visibilité internationale pour échapper au marasme d’un quotidien hanté par le sac de charbon à 12.000 ariary. Je ne sais pas pourquoi, j’avais envie de dédier cette Chronique à ces inconnus de l’ASAF (Association Surfeur Avenir Fort-Dauphin» qui avaient tant besoin de ces Jeux des îles.
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