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Les mobiles d’un attentat – Des enjeux économiques et financiers énormes

Le site de Tsimiroro de Madagascar Oil.

Beaucoup de zones d’ombre entourent le projet d’attentat contre le président de la République de Paul Rafanoharana. C’est un projet politique avec en toile de fonds des enjeux économiques et financiers astronomiques.

Qui a tué Ratsiman­drava? Quarante six ans après l’assassinat du chef de l’État la question reste sans réponse. Des témoins directs du drame restent encore en vie mais préfèrent garder le secret. Celui que l’opinion croyait être l’auteur du crime, en l’occurrence l’Amiral Didier Ratsiraka a expliqué à maintes reprises qu’il ne pouvait pas être l’assassin sans révéler le nom du criminel.

Des larbins ont été con­damnés lors du procès mais ils ont été amnistiés par Ratsiraka dès son arrivée au pouvoir. Le mystère reste donc entier sur cette affaire à l’image d’autres assassinat de dirigeants africains comme Patrice Lumumba ou Mouammar Kadhafi.

L’assassinat a été ainsi mis sur le compte du GMP, exForces républicaines de sécurité dont des membres ont participé à l’embuscade à Ambohijatovo. Le plus célèbre d’entre eux, le dénommé Zimbo a été tué sur place lors de l’assassinat du colonel. On pointait du doigt également le colonel Bréchard Rajao­narison, en conflit avec le général Ramanantsoa puis avec le colonel Ratsimandrava pour des divergences de vue concernant l’armée. Le colonel Brechard Rajaonarison s’était réfugié justement au camp GMP à Antanimora. Le prétexte politique de l’assassinat était bien posé pour qu’on ne s’intéresse pas aux autres mobiles potentiels du crime.

Il faut savoir que durant son passage au sein du gouvernement Ramanantsoa en tant que ministre de l’Inté­rieur, le colonel Ratsiman­drava tenait un discours ultra nationaliste dans ses tournées d’un bout à l’autre du pays. Tout pour le fokonolona et une indépendance économique.

Boucs émissaires

Ce sont les maîtres mots du colonel Ratsimandrava pour redresser le pays. Il avait une dent contre les multinationales étrangères qui tenaient l’économie malga­che entre leurs mains. Le colonel Ratsimandrava était convaincu que tant que l’économie est principalement dirigée par des sociétés étrangères, aucun développement n’est possible. À l’époque, les banques, les assurances, le carburant, l’énergie, la télécommunication…étaient entre les mains de sociétés étrangères.

Une situation qui n’est pas sans rappeler le contexte actuel. Si l’Amiral Ratsiraka a concrétisé les intentions de Ratsimandrava en nationalisant toutes les sociétés étrangères, il était lui-même contraint de les privatiser sous la pression des bailleurs de fonds en 1996.

L’option de Ratsiman­drava n’a pas fait que des heureux. Pour les multinationales et certains milieux économiques, il est devenu gênant et dangereux. Certains faits ont montré qu’une puissance étrangère tirait la ficelle dans cette histoire et Ratsi­mandrava le savait pertinemment. Il savait qu’il risquait sa vie en prenant le pouvoir mais il ne voulait pas fuir sa responsabilité devant l’histoire.

On a greffé le colonel Bréchard Rajaonarison et le GMP sur l’assassinat pour tout masquer. Des boucs émissaires parfaits.

On revit la même situation avec le projet d’attentat d’Apollo 21 conçu par Paul Rafanoharana. Ses correspondances avec la société Benchmark laisse entendre une bataille concurrentielle dans le secteur des hydrocarbures et du fuel lourd. Un marché juteux est en jeu avec le fonctionnement des machines de la Jirama. Sous l’ère Rajaonarimampianina, Madagascar Oil avait déjà produit une certaine quantité de fuel lourd mais on avait avancé des critères de qualité et de quantité pour décliner l’offre.

Et le marché est resté entre les mains d’une autre société. L’option n’aurait pas encore changé. Paul Rafano­harana a ainsi fait savoir que « Benchmark perdra son demi-milliard de dollars d’investissements » si on n’agit pas. C’est un argument de poids qui peut tenir la route. Madagascar Oil a réfuté avoir accédé à la demande de Paul Rafanoharana de financer le projet pour un montant de 10 millions d’euros en échange de la « réussite et de la rentabilisation durable » de Madagascar Oil.

Autrement dit et Paul Rafanoharana le dit, « la partie malgache prendra en charge la commercialisation de la production venant de Tsimiroro pour alimenter le marché domestique ». Soit toute la consommation nationale en hydro­carbures. C’est une offre faramineuse dont le montant équivaut à des milliers de fois les 10 millions d’euros.

Le marché pétrolier constitue souvent le mobile du crime contre des dirigeants africains ou contre le gouvernement d’un pays africain pour ne citer que la Côte d’Ivoire et la guerre fratricide entre Laurent Gagbo et Allasssane Ouatttara avec la part active de la France.

Comme on le constate, le projet d’attentat contre le président de la République République Andry Rajoelina était bel et bien réel en dépit des sarcasmes de la presse internationale. Outre la frustration et les ambitions déplacées de Paul Rafanoharana, des enjeux économiques et financiers énormes pouvaient avoir motivé le projet.

Le projet est loin d’être farfelu tout compte fait. Le fusil à pompe découvert chez lui lors de la perquisition était peut-être le soldat qui cachait le bataillon. Il n’avait pas fait Saint-Cyr pour rien, pour faire un coup d’Etat avec un pistolet à eau. Ses homologues de l’armée malgache formés à Coetquidan devraient se couvrir d’affront.

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