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Editorial

Barbareans

La photo a fait le tour de la toile depuis deux jours. Il s’agit de l’état d’une toilette après le grand concert de la fête nationale au stade Barea dimanche. Outre les dégâts matériels constatés et les cochonneries commises, le plus outrageant est de voir le petit drapeau national martyrisé à la place du papier dédié à cette tâche immonde. Mais il fallait s’y attendre, il fallait se rendre à l’évidence.

D’abord le spectacle était gratuit. Ce qui enlève tout filtre statutaire de ceux qui devaient ou pouvaient avoir accès au stade. C’est un public tout venant qui se trouvait au stade avec tous les risques que cela suppose de lacune éducationnelle et en matière de civisme. Les animateurs ont beau ressasser qu’il ne faut pas écraser les sièges avec les pieds, ils ont prêché dans le désert. Être le propriétaire d’un bien commun autorise pour le public tous les gestes interdits.

Bien se conduire ou bien se tenir dans un édifice aussi somptueux équivaut à bien se comporter à table dans un grand restaurant. Savoir distinguer un verre d’eau d’un verre de vin, un couteau de pain d’un couteau de steak. Le parallèle est assez clair pour comprendre ce qui s’est passé. Comment peut-on inculquer à des gens qui n’ont même pas de latrines qu’il ne faut pas boucher les toilettes avec une bouteille d’eau minérale ? Eh oui, le problème est vraiment vital et crucial. Quelque part à Tanjombato dans un village nommé Ankeniheny, la plupart des habitants n’ont pas de latrines. La nuit, les enfants font leurs besoins dans un vase de nuit que les grandes personnes jettent la nuit même ou petit matin dans une mare. Du coup, l’odeur devient insupportable et les riverains de la mare sont furieux. Ils ont failli en venir aux mains.

Aujourd’hui, même si les gens ont une toilette à la maison, c’est l’eau qui fait défaut. Un paysage du Moyen Âge avec une mentalité du Moyen Âge conséquence d’une extrême pauvreté de tout l’homme et de tout homme. L’évolution viendra donc avec le temps. Il faut s’armer de patience et de persévérance. Il ne faut pas aller trop vite en besogne. On voit bien que rien ne résiste au vandalisme primaire des Barbareans. Il faut d’abord assainir l’homme pour qu’il s’adapte au milieu dans lequel on veut le mettre. On aura beau construire des buildings, des écoles, des hôpitaux manarapenitra, ils partageront inévitablement le sort du stade Barea avec des individus qui vivent à l’époque des hommes de caverne. Élémentaire.

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