Chronique

Suzanne Razafy-Andriamihaingo: une grande dame de la Culture

Quinze ans durant Ministre de la Culture (1977-1991), Gisèle Rabesahala (1929-2011) incarna longtemps «LA» femme de la Culture. On lui doit la réédition du «Tantara ny Andriana», originellement publié en 1873, 1875, 1878, 1881 et 1902. Le «Tantara ny Andriana» ou «Histoire des rois» est la collection des traditions orales recueillies par le Jésuite François Callet (1822-1885) dans les nombreuses régions de l’Imerina où il séjourna d’août 1864 à mai 1883. Son Ministère de la Culture avait également publié un livre de photos sur l’Antananarivo d’avant-hier et d’alors (1984). Si l’incendie du palais d’Andafi­avaratra, le 11 septembre 1976, survint avant sa nomination, Gisèle Rabesahala obtint du pouvoir socialiste le principe de sa reconstruction (à l’identique) et, peu avant le 13 mai 1991, j’eus l’occasion de monter au sommet de la tour Sud-Est restaurée, avec vue imprenable sur la grande salle qui attendait son dôme en verre.

Une autre femme mérite également d’être citée comme Femme de la Culture. Suzanne Raharimihaja Razafy-Andriamihaingo née Rabemananjara (16 juin 1915 – 27 août 2000) qui fut pendant quinze ans (1946-1961) le Conservateur du «Musée du Palais de la Reine». Diplômée en Muséographie de l’École du Louvre, elle commença sa carrière dans le Patri­moine monumental par être chargée de mission au Musée de Versailles et des Trianons, en France (1942-1946). Conservateur du Rova d’Antananarivo mais également du Rova d’Ambohi­manga, elle eut l’occasion d’y guider le général de Gaulle, par deux fois : le 10 octobre 1953 et le 22 août 1958.

Attachée culturelle à l’ambassade de Madagascar au Royaume-Uni (1961-1965), dont son mari, l’architecte Pierre Razafy-Andriamihaingo, était Chef de mission, elle fut témoin du don par la London Missionary Society, la société chrétienne dont relevaient les missionnaires-bâtisseurs auxquels on doit les Memorial Churches» Fiangonana Tranovato, l’enveloppe de pierres de Manjakamiadana ou la «maison missionnaire» devenue notre «Trano Gasy», du tableau de Henry Room représentant la réception de l’ambassade malgache de 1837 par la reine Adélaïde au château de Windsor.

Le 3 avril 1964, une cérémonie solennelle de remise du tableau sera organisée en la salle de trône de Manjakamiadana en présence de Jeanne Ramboatsimarofy, l’alors Conservateur du musée d’Anatirova, mariée à un descendant d’Andrianam­- boatsimarofy, le dernier «Ambodirano» roi d’Antananarivo avant la dynastie des Avaradrano inaugurée par Andrianamampoi­nimerina en 1792. Dans son livre «Colline sacrée des souverains de Madagascar. Le Rova d’Antananarivo» (L’Harmattan 1989), Suzanne Razafy-Andriamihaingo raconte que «le tableau d’Henry Room fut, par la suite, transféré au palais d’Argent Tranovola. Mais depuis lors, il a quitté l’enceinte du Rova pour, semble-t-il, les murs du ministère malgache des Affaires étrangères» (p.150).

Ce tableau a donc échappé à l’incendie du 6 novembre 1995. Cependant, le tableau au Ministère des Affaires étrangères est une copie exécutée en Russie et offerte par l’ancien Ministre des Affaires étrangères Maxime Dovo, qui fut ambassadeur de Madagascar au pays des Tsars, de 2003 à 2018. Depuis 1989, où donc se trouve le tableau original?

La France a distingué Suzanne Razafy-Andriamihaingo de la Croix de Chevalier des Arts et Lettres ainsi que de la Croix du Mérite Artistique et Culturel. Elle attendra septembre 2000, et à titre posthume, d’être «seulement» Officier de l’Ordre National malgache. C’est pourtant elle, en 1946, qui obtint que les Malgaches puissent entrer au Rova d’Antananarivo dont ils étaient bannis depuis 1897. La «foule de Malgaches en lamba», telle qu’elle le raconte page 74, enfin admis, lui avait déjà décerné la «Grand-Croix» du cœur.

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