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Andrey Andreev – «Les Occidentaux font tout leur possible pour que l’Ukraine se batte jusqu’au dernier soldat»

La guerre en Ukraine occupe la une de l’actualité mondiale depuis deux mois. Les médias occidentaux dominent l’information. L’ambassadeur russe à Madagascar Andrey Andreev apporte un éclairage et rétablit l’équilibre.

Combien de citoyens russes vivent actuellement à Madagascar et dans l’Océan Indien ? C’est une communauté très discrète pour laquelle on ne connaît même pas un seul lieu de culte.

La communauté russe à Madagascar est vraiment petite – environ cent cinquante compatriotes. L’Église orthodoxe russe à Madagascar est représentée par le diocèse d’Afrique du Sud (Johannesburg, Afrique du Sud). Elle n’a pas encore sa propre paroisse sur l’île, mais nous espérons que dans un avenir proche cette question sera résolue. Pour le moment, les chrétiens orthodoxes russes sont des paroissiens de l’Église orthodoxe grecque.

. L’URSS avait un centre culturel à Antananarivo, réputé pour son club de jeu d’échecs et qui permettait l’apprentissage de la langue russe. Pourquoi la Russie n’ouvre-t-elle pas un Centre Pouchkine à Antananarivo ou ailleurs ?

À Madagascar, la langue russe est enseignée à l’Université d’Antananarivo et dans plus de 20 lycées privés et publics du pays. Les fonctions du centre culturel russe dans la capitale sont aujourd’hui assurées par le Centre «Russkiy Mir» (représentation de la Fondation «Russkiy Mir»), qui collabore avec l’Université. Je suis sûr que, à mesure que les relations russo-malgaches se développeront, les liens culturels et humains entre nos pays ne feront que se renforcer. Cela contribuera objectivement à l’émergence de nouvelles formes d’interaction.

. Les tous-terrains russes sont appréciés à Madagascar pour leur robustesse et leur facilité d’entretien. Il y a quelques années encore, la «Niva» était vendue neuve en concession. Peut-on envisager, dans le cadre d’un partenariat industriel, qu’une voiture comme la Niva soit assemblée à Madagascar ?

L’industrie automobile russe est déjà représentée à Madagascar, avec les distributeurs des marques GAZ et UAZ. Des négociations sont également en cours pour des livraisons de véhicules GAZ destinés aux besoins de l’État. La partie russe est prête à examiner toute proposition de co-entreprise à Madagascar venant de la part des entrepreneurs malgaches.

. Dans quelles conditions envisager une reprise des liaisons commerciales aériennes entre Antananarivo et Moscou, autrefois assurées par la compagnie Aeroflot ?

Cette année, nos deux pays célèbrent le cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques. Une page à marquer d’une pierre blanche est celle des vols d’Aeroflot entre Moscou et Antananarivo, qui ont débuté à la fin des années 1970. Nous voulons clairement rétablir cette liaison. La pandémie a malheureusement quelque peu perturbé ces plans et on a été contraint à les reporter. Je pense que nous ferons une telle proposition dans un avenir proche et nous espérons qu’elle trouvera une réponse positive de la partie malgache. Déjà, cela permettrait d’augmenter le flux de touristes russes à Madagascar et de multiplier les possibilités de contacts commerciaux.

. L’Europe se détournant du pétrole et du gaz russes, peut-on envisager un partenariat énergétique préférentiel entre Madagascar et la Russie, à l’instar de la livraison massive de pétrole russe à l’Inde ?

Nous sommes ouverts à toutes discussions sur les questions énergétiques. Nous considérons Madagascar comme un pays ami qui poursuit une politique étrangère indépendante, même face à la pression sans précédent de l’Occident. Dans le contexte international actuel, notre pays est déterminé à renforcer davantage la coopération commerciale et économique avec les pays amis.

.Je reprends une de mes anciennes Chroniques du 28 avril 2021, intitulée « Toujours le moment Sputnik», qui citait déjà une autre Chronique du 4 février 2021 («Un autre moment Sputnik») : «si l’expertise scientifique russe n’est pas questionnable, la communication à la soviétique était un archaïsme contre-productif. Pour conjurer le reproche d’opacité, le «Gamaleya National Research Center for Epidemiology and Microbiology» (Moscou) a ouvert une page (sputnikvaccine.com) dans un effort de Glasnost. Le scepticisme de 2020 (Science, 11 novembre 2020) a fait place à plus de bienveillance après que le vaccin russe Sputnik V, ou Gam-COVID-Vac, a été soumis à la validation de pairs indépendants (The Lancet, 2 février 2021)». Un accord est-il envisageable qui permettrait, par exemple, à une unité comme IMRA ( Institut Malgache de Recherche Appliquée) de produire à Madagascar le vaccin Sputnik pour le compte de l’Océan Indien ?

La Russie et Madagascar ont un bon potentiel de coopération dans le secteur de la Santé. Le projet russe de création d’un réseau de laboratoires mobiles à Madagascar pour diagnostiquer les maladies infectieuses dangereuses est toujours à l’étude par la partie malgache. Nous avons envie de renforcer la coopération dans d’autres domaines également.

La Russie offre à Madagascar de livrer le «Sputnik Vaccine» depuis 2021. Si les autorités malgaches sont intéressées, nous sommes prêts à coopérer le plus étroitement possible dans ce domaine, y compris envisager sa production dans le pays.

. Avec les sanctions américaines (28 février) et européennes (12 mars, dont l’arrêt de la collaboration avec la Bavière, en Allemagne, pour la production du Sputnik V à Illertissen) contre le Fonds souverain russe (RDIF), qui finance le développement du vaccin Sputnik V, ainsi que la probable hésitation de l’OMS dans le contexte des évènements en Ukraine, quelles seront les conséquences sur la fabrication et la livraison du Sputnik, dont 110 millions de doses étaient attendues par l’UNICEF à destination d’un certain nombre de pays du Sud ?

Les sanctions n’affecteront pas la capacité de fabriquer et de fournir à l’étranger le vaccin Sputnik V. Tous les contrats actuels dans ce domaine seront exécutés.

. Où en est d’ailleurs le vaccin Sputnik V dans les démarches d’approbation à l’OMS ou par l’EMA (agence européenne des médicaments) ? Sinon, faute d’approbation, la Russie est-elle suffisamment confiante pour continuer sa diffusion ? Mais, dans ce cas, quel discours marketing pour gagner la confiance des pays et des utilisateurs ?

Les facteurs politiques ne doivent pas affecter l’OMS qui, je le rappelle, est une agence spécialisée de l’ONU. Nous espérons que le long processus d’approbation du vaccin russe sera bientôt achevé. La réputation de la science pharmacologique russe et ses réalisations sont elles-mêmes des arguments solides pour l’utilisation du vaccin russe. Ce que confirme la coopération de la Russie avec plus de soixante-dix pays où le vaccin russe est maintenant livré.

L’imagerie collective malgache se souvient encore du «Mig», le premier avion de chasse de l’armée de l’air malgache. Madagascar étant une île sans marine ni aviation, l’accord de coopération militaire, signé le 18 janvier 2022 entre la Russie e t Madagascar, peut-il remplir ce vide ?

Il existe actuellement deux accords intergouvernementaux entre la Russie et Madagascar : l’un sur la coopération militaire (2018) et l’autre sur la coopération militaro-technique (2022). Nous espérons leur concrétisation effective car la Russie est prête à aider Madagascar en fonction de ses besoins, tant en matière d’armement que de formation des cadres.

. Je m’étais ému des attaques islamistes en Tanzanie et au Mozambique, de l’autre côté du Canal qui sépare Madagascar de l’Afrique. Le groupe Wagner a, semble-t-il, rétabli l’équilibre des forces. Qu’est-ce qui motiverait une implantation à Madagascar du groupe Wagner dont certains échos ont signalé la présence ?

Il y a beaucoup de spéculations sur le sujet, mais peu de vérité. Les sociétés militaires privées, que la presse se plaît à désigner collectivement sous le nom de «groupe Wagner», n’ont rien à voir avec l’État russe. Partout dans le monde, ces sociétés mènent leurs activités sur la base d’accords bilatéraux avec les pays dans lesquels elles opèrent et dans le strict respect des lois nationales. D’habitude, leurs principales tâches sont la formation du personnel et l’assistance à la sécurité. Le soi-disant groupe Wagner n’est pas présent à Madagascar et les autorités malgaches ne l’ont pas sollicité.

. À propos des événements en Ukraine, la version russe est totalement inaudible dans la guerre de communication. Qu’est-ce qui empêche la Russie de se départir de cette communication trop «soviétique» ?

La Russie fait tout son possible pour que sa voix soit entendue. Cependant, nous sommes obligés de constater que les pays occidentaux tentent d’évincer les médias russes de l’espace mondial de l’information, en recourant à des méthodes illégales. Les agences de presse russes RT et Sputnik, ainsi que leurs chaînes de télévision, de radio, sites Web et comptes de réseaux sociaux, ont été bloquées dans toute l’Union européenne. À Madagascar, par exemple, elles étaient auparavant disponibles sur différentes plateformes de télévision par câble. Désormais, en raison du blocage en Europe, les malgaches n’ont plus cette possibilité. Dans la couverture des événements actuels en Ukraine, les journalistes de nombreux pays n’utilisent que des sources occidentales qui sont inondées de fake news, d’informations orientées et d’accusations sans fondement. Les médias malgaches, par exemple, recourent à des informations provenant de publications françaises et donc, de facto, les Occidentaux mènent ici une propagande anti-russe.

Je tiens à souligner que la guerre de l’information déclenchée par l’Occident a contaminé les réseaux sociaux, qui ont pourtant été créés comme des plateformes indépendantes et non engagées. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les modérateurs des réseaux sociaux occidentaux bloquent et suppriment les publications des comptes officiels des ministères russes, introduisent des algorithmes qui ne permettent pas à un large éventail d’utilisateurs de voir les déclarations du Président russe, du ministère des Affaires étrangères, du ministère russe de la Défense et d’autres organismes gouvernementaux.

Notre Ambassade tente de donner au peuple malgache une image objective de ce qui se passe, et publie régulièrement des communiqués de presse, dont des passages sont repris par les journaux locaux, y compris par L’Express de Madagascar, mais le déséquilibre est flagrant.

. Crimée, Donbass russophone : si la Russie pouvait expliquer son point de vue sur ces questions, quel serait-il ?

Pour avoir une image complète, il faut revenir aux événements d’il y a huit ans. Au printemps de 2014, avec l’aide de l’Occident, un coup d’État a été commis en Ukraine. En conséquence, la Crimée était menacée d’être sous le pouvoir des extrémistes. L’un des dirigeants du coup d’État, Dmytro Iaroch, un fervent nationaliste, a déclaré à cette époque que les russes en Crimée devaient être massacrés ou expulsés.

La Crimée, à son tour, n’a pas reconnu la légitimité du nouveau pouvoir et a décidé de tenir un référendum sur le sort de la région. Avec un taux de participation de 83,1%, 96,77% des votants se sont prononcés en faveur de la réunification avec la Russie, dont la Crimée faisait partie avant même la création de l’URSS. La Crimée a exercé son droit légitime à l’autodétermination, selon le principe établi par l’article 1 de la Charte des Nations Unies et dans plusieurs autres actes du droit international. L’exercice de ce droit était pleinement justifié dès que les nationalistes et les radicaux ont pris illégalement le pouvoir en Ukraine.

Les républiques de Donetsk et de Lougansk n’ont pas non plus reconnu la légitimité du nouveau régime, mais ont décidé de se battre indépendamment contre le pouvoir russophobe de Kiev. Je vous rappelle qu’environ la moitié de la population de ces territoires sont des russes ethniques. Depuis, il n’y a pratiquement pas eu un seul jour sans que les autorités ukrainiennes ne bombardent des villes du Donbass. Depuis huit ans, Kiev y a commis un génocide, tué des civils, y compris des enfants, des femmes et des personnes âgées, et mené un blocus commercial.

L’Ukraine n’a pas non plus respecté la Résolution 2202 du Conseil de Sécurité de l’ONU du 17 février 2015, qui a posé les accords de Minsk comme règlement de la situation au Donbass. Selon cette Résolution, Kiev devait cesser le feu, accorder un statut spécial aux régions de Donetsk et de Lougansk et fixer leur statut spécial dans la Constitution de l’Ukraine.

Parallèlement, les pays de l’OTAN ont commencé à mener une politique de militarisation de l’Ukraine. Depuis 2014, les États-Unis ont dépensé des milliards de dollars à cette fin, avec la fourniture d’armes, de matériel et la formation de spécialistes. Le système de contrôle des troupes ukrainiennes a été intégré à celui de l’OTAN. Dans le même temps, l’OTAN a constamment cherché à élargir son bloc, à le rapprocher des frontières russes. Un désir évident d’imposer à la Russie et au monde entier leurs règles du jeu.

Toutes nos tentatives pour trouver une solution négociée aux préoccupations russes ont été rejetées par les pays de l’OTAN. À cet égard, nous avons reconnu l’indépendance de la République Populaire de Donetsk (RPD) et de la République Populaire de Lougansk (RPL). C’est à leur demande que nous avons commencé l’opération militaire spéciale en Ukraine, avec comme objectifs la protection des habitants de la RPD et de la RPL, la démilitarisation et la dénazification de l’Ukraine, ainsi que l’élimination de la menace militaire contre la Russie. Aujourd’hui, la pertinence de l’opération est confirmée par les preuves de la préparation par Kiev d’une agression militaire contre le Donbass et la Russie, et le développement d’armes biologiques et nucléaires en Ukraine. Il est évident que cela créerait un danger non seulement pour la Russie, mais pour le monde entier.

Les tâches de l’opération militaire russe n’incluent ni l’occupation de l’Ukraine, ni la destruction de son statut d’État, ni le renversement du gouvernement actuel. L’opération militaire spéciale russe n’est pas menée contre les civils. Tout est fait pour les protéger. Au contraire, les belligérants ukrainiens et les mercenaires étrangers qui combattent ensemble utilisent la population civile comme «bouclier humain», en plaçant des positions de combat au sein de bâtiments résidentiels et d’infrastructures civiles. C’est l’Ukraine qui fait obstacle à l’évacuation des résidents locaux et des citoyens étrangers des zones dangereuses. Il y a eu des cas où des nationalistes ukrainiens ont tiré sur des civils qui voulaient quitter les zones d’hostilités. En même temps, la partie ukrainienne organise des provocations pour tenter d’attribuer à la Russie le meurtre de civils, les bombardements d’hôpitaux, etc. Tous ces mensonges sont repris aujourd’hui par la presse occidentale, qui tente de présenter la Russie comme un agresseur. Les faits réels et les démentis par la partie russe sont soigneusement étouffés.

.Vous parlez de «génocide» urkrainien depuis huit ans au Donbass. Le Président américain a parlé de «génocide» commis par les Russes en Ukraine. Sommes-nous toujours dans la guerre de communication et ne faut-il pas laisser aux juristes le soin de qualifier les faits ?

La différence entre ces déclarations est que les tentatives de l’Ukraine et de l’Occident d’accuser la Russie de génocide ne sont que des mots. Les tentatives les plus médiatisées d’accuser l’armée russe du génocide des Ukrainiens, à Boutcha et Kramatorsk, ne sont que des mises en scène et des fake news.

La Russie, avec l’aide de la RPD et de la RPL, a recueilli des preuves documentées pendant huit ans, qu’elle est prête à fournir aux autorités judiciaires compétentes, capables d’aborder de manière objective et impartiale cette affaire. La Russie a déjà montré ces preuves au Conseil de Sécurité de l’ONU.

. Vous parlez de la défense des républiques de Donetsk et de Lougansk : l’opinion publique comprend difficilement qu’il ait fallu pour ce faire entamer le siège de Kiev et mener des opérations dans des villes d’Ukraine occidentale.

Je souligne encore une fois que les objectifs de l’opération militaire russe sont la protection des habitants du Donbass et de Lougansk, la démilitarisation et la dénazification de l’Ukraine ainsi que l’élimination de la menace militaire contre la Russie. Ce sont les objectifs annoncés par le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, et ils restent inchangés.

Il est impossible de protéger le Donbass et les frontières de la Russie sans priver l’Ukraine d’armes offensives, sans détruire l’idéologie nazie et le potentiel militaire créé depuis huit ans par l’OTAN. La partie russe inflige des frappes ciblées sur l’infrastructure militaire des forces armées ukrainiennes, détruit du matériel militaire. En même temps, l’armée russe fait tout pour éviter les pertes parmi la population civile – elle ne frappe pas les cibles civiles, ouvre quotidiennement des couloirs humanitaires et aide les gens à quitter les zones dangereuses. L’aide humanitaire est livrée.

. Avant sa rencontre avec le SG de l’ONU, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a lancé le mot de «Guerre mondiale». Madagascar a choisi l’abstention aux Nations Unies. Nous ne voulons clairement pas d’une guerre qui n’est pas la nôtre. Et Madagascar ne doit pas être le seul pays de cet avis…

Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré qu’il existait un danger sérieux et réel d’une troisième guerre mondiale et qu’il ne fallait pas le sous-estimer. En même temps, il a souligné que la Russie avait toujours fait tout son possible pour l’empêcher, en particulier, elle a prôné la réduction et le contrôle des armements offensifs et une solution diplomatique à tous les différends.

En décembre 2021, nous avons remis à nos partenaires occidentaux un projet de traité entre la Russie et les États-Unis, ainsi que entre la Russie et l’OTAN sur les garanties de sécurité. Cependant, nos propositions ont été ignorées.

La Russie a déclaré par tout qu’elle était prête à rechercher une solution négociée au conflit ukrainien, y compris dans le cadre des négociations russo-ukrainiennes en cours. Cependant, regardez ce que disent les Européens. Par exemple, le 9 avril 2022, Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, a déclaré que «cette guerre sera gagnée sur le champ de bataille». Et ce ne sont pas que des mots. Aujourd’hui, les pays occidentaux font tout leur possible pour que l’Ukraine se batte jusqu’au dernier soldat.

. Russes et Ukrainiens sont des Chrétiens orthodoxes : comment les patriarcats respectifs vivent-ils la situation actuelle et quelles peuvent être leurs relations dans l’avenir ?

Pour nous, l’Ukraine n’est pas seulement un pays voisin. Il fait partie intégrante de notre propre histoire, culture, espace spirituel. Ce sont des personnes qui nous sont liées par le sang, la famille, la parenté, etc.

Encore une fois, la Russie ne mène pas l’opération militaire spéciale contre le peuple ukrainien, mais contre le régime nationaliste de Kiev, qui reçoit ses ordres de Washington. Toutes les actions de Kiev démontrent que le gouvernement ukrainien, encouragé par les pays occidentaux, n’est pas intéressé par un règlement pacifique du conflit et par la protection de sa population. Fait intéressant : au cours du seul mois de mars, l’Ukraine a reçu des armes des États-Unis d’une valeur de 1,6 milliard de dollars.

Je suis sûr que malgré la situation difficile actuelle, les relations entre nos peuples restent solides et, à l’avenir, lorsque le peuple ukrainien comprendra comment il a été trahi par son propre gouvernement, elles ne feront que se renforcer.

«L’Europe, de l’Atlantique à l’Oural» avait dit le général de Gaulle qui avait d’ailleurs sorti la France du commandement intégré de l’OTAN. La Russie se sent-elle pleinement d’Europe ou a-t-elle la «tentation» de l’Asie ?

Pour répondre à votre question, il suffit de regarder la carte du monde. La Russie fait partie de l’Europe et de l’Asie. Nous nous considérons comme un pays à la fois asiatique et européen et sommes prêts à coopérer avec tous les pays du monde sur une base égale et dans le respect mutuel. Ce n’est pas la première fois que la Russie mène une diplomatie tous azimuts et établit des relations de confiance avec des pays situés à des dizaines de milliers de kilomètres de nous – Chine, Brésil, Afrique du Sud et bien d’autres. Dans ce cas, la proximité des vues et des opinions de nos pays joue le rôle principal.

À cet égard, je ne peux pas manquer de relever que Madagascar, contrairement aux souhaits des États-Unis et des pays occidentaux, conserve son indépendance dans le choix de sa ligne de politique étrangère et a adopté une position neutre face aux événements ukrainiens. Nos pays sont liés par des relations d’amitié et de coopération de longue date. La Russie s’est toujours tenue aux côtés du peuple malgache dans sa lutte pour l’indépendance, l’a aidé à renforcer l’économie nationale et à former ses cadres. Aujourd’hui nous soutenons le droit légitime de Madagascar à restaurer sa souveraineté sur les Iles Éparses et les efforts du pays pour relever les défis socioéconomiques difficiles.

. Comment se manifesterait un soutien de la Russie à Madagascar sur le dossier des îles éparses, que la résolution onusienne appelle îles malgaches ?

La Fédération de Russie est fermement aux côtés de la République de Madagascar en ce qui concerne l’achèvement du processus de décolonisation et l’établissement dans les meilleurs délais de la souveraineté malgache sur les îles Éparses. Nous sommes prêts à contribuer de toutes les manières possibles à la réalisation de cet objectif sous la forme qui conviendra au Gouvernement de Madagascar.

. Avec la Chine, l’Inde ou l’Afrique du Sud, parmi les pays qui se sont abstenus à l’ONU, pensez-vous qu’un consortium des pays qui ont choisi l’abstention puisse constituer un médiateur crédible entre la Russie et l’Ukraine ?

Pour le moment, les négociations se déroulent directement sans intermédiaires. Lors des rounds précédents, les négociateurs ukrainiens n’avaient pas parlé de médiation. En même temps, les actions de l’Ukraine indiquent qu’elle tente par tous les moyens de ralentir le processus de négociation. De plus, l’Ukraine change constamment de position. Les dernières propositions écrites que nous avions soumises n’ont pas encore reçu de réponse.

Avec l’abstention de seize pays et l’absence de huit autres de l’Un ion Africaine, on parle de renversement d’alliances dans la région. C’est quoi la politique russe pour l’Afrique et les îles de l’océan Indien, parmi tous les nouveaux acteurs qui s’y affichent ?

De nombreux pays ont voté en faveur des positions occidentales sous la pression, ils le disent eux-mêmes. Mais, ils se déclarent prêts à développer davantage la coopération mutuellement avantageuse avec notre pays. Pour la Russie, la situation politique sur le continent africain et dans la région de l’océan Indien n’a pas changé. Nous continuerons à mener une diplomatie tous azimuts et à développer les relations avec tous les pays qui y sont intéressés. En même temps, nous apprécions qu’un nombre important de pays africains comprennent notre position dans cette situation et son contexte global.

. Lors de sa conférence de presse commune avec le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, le ministre russe des Affaires étrangères a évoqué une refonte des institutions internationales. Concrètement, que proposerait la Russie en ce sens et comment y parvenir techniquement ?

Il s’agit tout d’abord de la réforme des institutions-clés du système des relations internationales, tel que le Conseil de sécurité de l’ONU. Nous avons dit à plusieurs reprises que cet organe devrait se débarrasser de son défaut principal – la domination des pays occidentaux. Sur les 15 sièges, 6 appartiennent aux pays occidentaux et à leurs alliés. Nous avons souligné plus d’une fois notre souhait de voir des représentants de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine dans cet organe de manière permanente.

Maintenant, nous sommes à un tournant de l’histoire où nous déterminons quel sera l’ordre mondial à l’avenir. Soit nous nous résignons tous qu’un seul pays, avec un groupe de satellites, décide de la façon dont l’humanité vivra, soit l’humanité vivra sur la base de la Charte des Nations Unies. Le choix est simple et nous devons tous le faire.

. À titre anecdotique, saviez-vous qu’il existe à Madagascar une «baie des Russes» ou Ambavatory, avec des coordonnées précises (13S32.45 – 47E59.63) mais une histoire un peu floue ?

Oui, bien sûr, nous connaissons une telle baie. Elle porte son nom en l’honneur des marins russes, l’escadre de l’amiral Rojestvenski, qui a été défaite pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Auparavant, l’escadron a fait une longue escale sur l’île de Nosy Be, effectuant une transition difficile de la mer Baltique à la mer du Japon (environ 33 000 km).

De plus, en mémoire de ces événements, il y a une stèle à Nosy Be et dans le cimetière de la ville il y a des enterrements de marins russes. Chaque année, nous déposons des fleurs sur ces sites commémoratifs militaires russes. C’est une page émouvante dans l’histoire des relations amicales russo-malgache. Nous sommes reconnaissants à la municipalité de Hell-Ville qui prend soin de ces sites.

2 commentaires

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  • La prolixité, les élucubrations ont toujours été prisées par les manipulateurs, cette litanie nauséabonde en est la démonstration suprême.
    Elle est aussi un aveu de faiblesse, la crainte que l’objectif du despote agresseur ne se retourne finalement contre lui.
    Que voulez-vous, le petit chien obéit à son maître, la ficelle est un peu grosse.
    Mais bon, a t-il vraiment le choix dans un pays où la simple énonciation du terme guerre est passible de plusieurs années de prison ?
    Si, peut-être celui de se taire, lui seul le sait.

  • alors là, il a peur pour ses fesses !!!
    mais bon, quand on connais le sort des Russes qui ne sont pas d’accord avec Putin, ce type tout ambassadeur qu’il soit manque de corrones!
    donc dans ce cas il est complice des massacres perpétrés contres ses « frères » sur ordre de son patron vénéré qui se prend pour Dieu …
    Et il ose parler de religion, quelle fattitude et dire que le gouvernement Malgache lèche les bottes de ces « gens » fratricides.