Chronique

Virus non grata

Par crainte du coronavirus, un bateau de croisière a été refoulé de Madagascar. Il est attendu à La Réunion, ce dimanche 1er mars. «Attendu» est d’ailleurs un bien grand mot puisque la population locale s’émeut de ce débarquement massif de touristes en cette période de propagation du coronavirus à une cinquantaine de pays, sans qu’aucun cas n’ait encore été déclaré dans les îles de l’océan Indien.

En provenance d’Afrique du Sud, un pays hub, donc exposé, le paquebot «Azamara» a, quant à lui, préféré faire l’impasse sur l’escale de Fort-Dauphin (Tolagnaro) quand les autorités malgaches ont exigé de contrôler à bord chacun des 2800 passagers.

Le 26 février, l’arrivée du «Costa Mediterranea» avait provoqué de vives réactions à La Réunion où la population aurait sans doute apprécié que les autorités locales fassent preuve de la même intransigeance que le Ministère de la Santé malgache : le 13 février 2020, le paquebot «Sun Princess», et ses 2500 passagers, avaient été refoulé, par Madagascar parce que, treize jours auparavant, il était encore en escale à Phuket, en Thaïlande, alors que le délai d’incubation du coronavirus est de quinze jours.

Autant ne pas oublier la mésaventure du paquebot «Diamond Princess» maintenu en quatorzaine (4 au 19 février) à Yokohama avec ses 2666 passagers et 1045 membres d’équipage : un sixième du nombre total de personnes à bord positif au coronavirus, avant que certains pays (États-Unis, Canada, Australie) n’évacuent leurs ressortissants.

Parti de Chine, le coronavirus transite, désormais, par trois autres pays-sources : la Corée du Sud, l’Iran (premier cas au Liban, le 21 février, avec l’arrivée d’une passagère en provenance de la ville iranienne de Qom), et l’Italie (premier cas en Amérique du Sud, au Brésil – 26 février, le lendemain de la fin du carnaval de Rio – et en Afrique, au Nigéria – 28 février – avec l’arrivée de deux voyageurs provenant de Lombardie).

Faut-il fermer les frontières ? La question finira par se poser. Le 1er février, Singapour, Cité-État dont la population est à majorité d’origine chinoise, a fermé ses frontières aux voyageurs chinois qui sont pourtant plus de 3 millions à lui apporter la manne touristique chaque année. Le 18 février, c’est la Russie qui fermait ses 4250 kilomètres de frontières communes avec la Chine. Le 24 février, Hong Kong interdisait les arrivées de non-résidents en provenance de Corée du Sud, deuxième pays le plus touché après la Chine. Le 22 février, Israël avait déjà refusé le débarquement de voyageurs non-Israéliens d’un avion de Korean Air.

En 2005, les 194 États membres de l’Organisation mondiale de la santé avaient signé un règlement sanitaire international qui les enjoint à suivre les recommandations de l’OMS en cas d’urgence de santé publique internationale. Et, pour l’instant, l’OMS s’interdit encore de recommander la fermeture des frontières.

Sur un continent, l’objection majeure à l’efficacité de la fermeture des frontières est que le virus ne circule pas selon les frontières administratives. Mais, dans nos îles, pareille mesure, strictement appliquée, aurait du sens. Dans l’opinion, elle sera toujours plus rassurante que le laxisme de frontières «sans frontières» chères aux citoyens du monde.

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