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Editorial

Parti-re-cul

Plus que des souvenirs. Le parti MFM a célébré hier ses 48 ans. Né avec le mouvement estudiantin de mai 1972 dont Manandafy Rakotonirina était un des principaux acteurs, le MFM parti prolétarien au départ avant de virer dans le libéralisme plus tard, était un des partis les plus puissants et les plus structurés de l’histoire. Un vrai parti démocratique où les débats d’idées étaient omniprésents.

Le MFM avait des idées et des convictions et militait pour les faire accepter. Les membres, des universitaires et des intellectuels pour la plupart, sont tous convaincus des idéaux auxquels aspirait le parti et payaient de leur poche pour les diverses dépenses. Il arrive que les délégués dans les bureaux de vote soient des bénévoles. Le MFM n’était pas un parti fort financièrement mais il était craint de l’amiral Ratsiraka qui a mis plusieurs fois Manandafy Rakotonirina à l’ombre avant de le nommer Conseiller supérieur de la Révolution. « Mieux vaut l’avoir avec que contre soi » avait philosophé le guide de la Révolution socialiste.

Le MFM n’a jamais été récompensé de la pertinence de ses idées. Lors de la présidentielle de 1989, Manandafy Rakotonirina avait lancé la nécessité de créer deux-cent-mille emplois par an. Il avait parfaitement raison. Aujourd’hui ce chiffre doit être multiplié par cinq pour résorber le chômage.

Autres temps autres mœurs. Les militants MFM ont disparu les uns après les autres avec leurs idées. Rares sont ceux qui ont des vestes multi-faces pour se mettre dans la peau d’une brebis galeuse au premier revers. Mais comme la plupart des partis, le flambeau n’est pas relayé et le parti meurt avec la disparition de ses leaders. D’ailleurs ces derniers avec plus de quarante ans de pratique politique ne sont jamais devenus des nababs même si quelques-uns d’entre eux ont eu l’occasion d’occuper des fauteuils ministériels. L’objectif n’était pas l’enrichissement rapide et durable comme c’est le cas actuellement.

Professeur d’université, Manandafy Rakotonirina a toujours vécu dans un HLM à Ampefiloha et roulait avec un vieux 4×4. Aucun signe extérieur de richesse, aucun patrimoine acquis avec les privilèges d’un haut employé de l’État. Il en était de même de Germain Rakotonirainy, de Jules Razafindrakoto et bien d’autres. Et pourtant il n’y avait pas de déclaration obligatoire de patrimoine.

Les vrais politiciens ont complètement disparu ou au mieux sont devenus des espèces rares. Les partis qui avancent des idées, qui ont un positionnement socio-économique se comptent sur les doigts de la main parmi les quatre-cents recensés. Il n’y a plus que des opportunistes politiques. Ceci explique en partie la désaffection des électeurs et le faible taux de participation aux élections.

Après Ratsiraka, on avait cru en un chirurgien puis à un roi du yaourt, à un expert comptable, à un as de la communication dont le dénominateur commun était l’inexpérience politique. L’opinion, dont on dit dégoûtée par la politique et les politiciens, s’est peut-être finalement rendue à l’évidence. Le développement d’un pays, la gestion de l’État doit être l’affaire des vrais politiciens. Les électeurs attendront certainement ce retour de flamme pour se ruer de nouveau vers les bureaux de vote. Pour le moment, l’abstention reste le bourreau des candidats. Une tendance très difficile à renverser à l’allure où va la pratique politique.

Finalement, le MFM dont l’un des slogans prônait le développement à tout prix de Madagascar, aura prêché dans le désert.

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