Chronique

Origines – L’Afrique et nous

Les instruments de musique traditionnels malgaches ont pour origines l’Afrique et l’Asie.

Quelle part le Continent tout proche a-t-il eu dans le peuplement de Madagascar ? Une idée trop simpliste voudrait que les Malgaches de la côte, pour des raisons de teint plus sombre, soient d’origine africaine, et que ceux des terres centrales viennent de la lointaine Asie. Sans être totalement fausse, cette assertion ne résiste pas à certaines évidences, dont l’unicité de la langue. Un linguiste qui a étudié l’origine de trois mille quatre-vingts mots malgaches usuels en a déduit que la grande majorité provient du malais-indonésien, alors que l’apport bantou-swahili se situe au niveau de celui de l’arabe, du sanskrit, ou …du français.

Dans le domaine des traditions culturelles, les poteaux et sculptures funéraires du Sud-Ouest sont directement inspirées de l’Indonésie, alors qu’on n’en trouve aucune trace en Imerina. Les habitations villageoises de Java ressemblent à s’y méprendre à celles de notre Côte Est, et les pierres levées des Antanosy se retrouvent à l’identique à Sumatra, aux Molluques, et aux Îles de la Sonde. Plus étonnant encore, les tombeaux vezo offrent de saisissantes similitudes avec ceux des montagnards Moi du…Vietnam. Alors ?

Le livre Provinces malgaches de Philippe Oberlé est instructif à ce sujet, surtout quand les illustrations finissent par questionner le lecteur en effaçant ses repères. Qu’est-ce qui est d’où ? C’est le cas des bœufs de labour pataugeant dans la boue des rizières, des forges malgaches et indonésiennes à deux soufflets, d’une scène de pêche à bord d’une pirogue à balancier, de poteaux sculptés malgaches et toraja mis côte à côte, de mâts fourchus du pays betsimisaraka et de l’île de Florès, d’oiseaux de bois sur des tombes sakalava et djoraï, et la liste serait longue. La seule conclusion possible est que l’apport africain chez les Protomalgaches ne peut qu’avoir résulté de métissages chez des migrants ayant touché la côte africaine avant de continuer sur Madagascar. Car un tronc commun existe bel et bien, unissant tous les Malgaches.

Insularité
Une grossière erreur serait pourtant de continuer à cristalliser des origines qui se perdent dans la nuit des temps, comme si le temps, justement, n’avait pas condamné lui-même tout immobilisme et toute sclérose dans ses œuvres. Les relations sont presque inexistantes avec ces racines, favorisant un irréversible processus d’africanisation de la Grande île pour diverses raisons : la proximité, l’histoire, la géopolitique, les perspectives économiques, le sport, et bien d’autres encore. Ce ne fut certes pas aisé au début, d’un côté comme de l’autre. La volonté de s’intégrer était présente et appliquée, mais les susceptibilités persistaient dans le langage. C’était l’époque où l’expression « africaine ET malgache » était utilisée dans l’appellation de toutes les organisations multinationales. L’amiral Didier Ratsiraka fut un des chefs d’État les plus assidus aux Sommets de l’OUA, sans jamais avoir été gratifié de la présidence de l’Organisation panafricaine. Mais sur le terrain, les Malgaches marquaient des points grâce à certaines fortes personnalités et compétences. Ce fut le cas de Maurice Rajaofetra qui sauva l’Asecna de la faillite alors qu’Air Afrique, qui avait fait appel au Français Yves-Roland Billecard, disparaissait de la carte. On ne passera pas non plus sous silence le parcours d’Ahmad à la tête de la Confédération africaine de football (CAF) où, malgré les difficultés, il est jusqu’à présent parvenu à imposer ses options.

Un des facteurs d’une certaine distance ou réserve entre un bloc continental et une île résulte justement de l’insularité, et cela s’est constaté dans plusieurs cas de par le monde. Certains nationalistes corses ne se considèrent pas comme Français, quand bien même l’Île de Beauté ait donné un empereur à la France, Napoléon. À l’aube de l’indépendance, l’île de Zanzibar refusa bec et ongles de se laisser engloutir par le Tanganyika, et exigea « sine qua non » que son nom figure dans celui du nouvel État. Ainsi naquit la Tanzanie. Le monde entier attend le dénouement du feuilleton du Brexit, mais les Britanniques fraichement divorcés n’en resteront pas moins des Européens.

Alors Africains ou pas, les Malgaches ? Pourquoi pas, si les Maghrébins, les Créoles du Cap Vert, les Mauriciens, ou les Blancs d’Afrique du Sud le sont, quelles que soient leurs provenances. Les Barea sont bien parvenus en quart de finale de la CAN, devenant une des meilleures équipes nationales… d’Afrique.

1 commentaire

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter