Editorial

Le dessous des urnes

Les élections sont-elles encore nécessaires ? La diminution considérable du taux de participation qui tend vers zéro semble indiquer que les électeurs en ont assez. Il est vrai que les scrutins se suivent et se ressemblent sans que cela change les conditions de vie de la population. Les désillusions font que les électeurs se résignent à leur sort. Pour ne citer que les espoirs de changement nés de l’élection d’Albert Zafy, de Ravalomanana, de Rajaonarimampianina, tous tombés à l’eau. Sans parler du comportement révoltant des députés et de certains maires plus préoccupés par la politique que par le bien-être des électeurs.

La classe politique a fini par lasser les électeurs. Les seuls fois où le taux de participation a atteint des records, c’était lorsque Albert Zafy s’est présenté face à Ratsiraka et a incarné le changement après un quart de siècle d’enfer socialiste, puis lorsque Marc Ravalomanana a affronté le même Ratsiraka et avait été présenté comme le messie. C’est le mot, les électeurs attendent un Rambo, un Zorro pour améliorer leur existence et n’accordent aucune importance au programme du candidat, ni à sa compétence et ni à sa moralité. À chaque fois, on regrette le choix fait et on accorde de moins en moins de crédit aux politiciens et aux candidats dont la plupart endossent la casaque des indépendants pour se faire une bonne image et tenter de leurrer les électeurs lesquels ne se font plus prendre.
La démocratisation des candidatures constitue également une raison de la désaffection des électeurs. La prolifération des candidats à l’élection présidentielle où la quantité supplante la qualité dévalorise le scrutin. Les quelques candidats de qualité ont, d’ailleurs, fermé la marche, ne recueillant que des miettes de voix, rejetés par une majorité d’électeurs dont 80% sont analphabètes.

Puis, il y a, et non des moindres, la mauvaise organisation des élections depuis 2010 où un simple carnet de fokontany avait permis de voter lors du référendum constitutionnel. La Ceni a organisé, depuis 2018, trois scrutins mais aucun n’a été parfait. Pire, il n’y a aucune amélioration de l’organisation puisque les anomalies se sont aggravées. Les listes électorales restent bancales et contestables. Beaucoup d’électeurs n’ont pas été inscrits alors qu’ils sont en possession d’une carte électorale. C’est exaspérant à la longue. C’est d’autant plus décourageant quand toutes les requêtes sont systématiquement rejetées alors qu’il y a eu des faits flagrants à l’image de ce procès verbal où une seule personne signe à la place de tous les votants dans un bureau de vote du Sud lors des législatives. Le scrutin avait été quand même validé.

Avec toutes ces irrégularités admises et acceptées, on crache dans la soupe et on décrédibilise les élections avec, comme conséquence, cette baisse exponentielle du taux de participation.

On arrive à un tournant de l’histoire. Faut-il continuer à organiser des élections pour servir de façade à la démocratie que la mondialisation impose aux pays pauvres ? Quand on sait que le pays de la liberté a attendu des siècles pour arriver à la première élection présidentielle en 1789 et que la France, ancienne colonisatrice, a tenu la première élection présidentielle au suffrage universel direct en 1965, on en conclut qu’il y a plusieurs étapes qu’on a brûlées. Il faut peut-être revenir d’abord aux choses plus élémentaires.

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