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Chronique

Dessine-moi la Grande-Bretagne

L’histoire retiendra que ce fut un jour de Diwali qu’un «PIO» (People of Indian Origin) est devenu Premier Ministre de la Grande-Bretagne. Élisabeth II aura été la dernière souveraine anglaise à investir un(e) Britannique de souche à la fonction de Premier Ministre. La dernière étape en date, de la transformation de la société britannique : une royauté devenue parlementaire par absence, indifférence ou germanophonie exclusive des premiers rois hanovriens ; et maintenant, un «Rule, Britannia» désormais très multiculturel et multiethnique (le Maire de Londres est un Musulman d’origine pakistanaise). Je me demande ce que retiendrait un enfant, s’il avait à dessiner la Grande-Bretagne de 2022.

«A PIO at 10 Downing Street», «Ex-India company set to run Britain» : la BBC aussitôt de noter que «The headlines in India about Rishi Sunak say it all». Dans un article du Times of India, le plus grand quotidien indien, la BBC a compté la fréquence du mot «hindou» : cinq fois. Dainik Bhaskar, un journal de langue hindi, a titré : «Un cadeau supplémentaire à la nation en ce Diwali, l’Indien d’origine Rishi va gouverner les Blancs». Rishi Sunak, qui se revendique ouvertement «Proud Hindu», a prêté serment sur le Bhagvad Gita, le livre saint de l’hindouisme.

«Petit-fils d’immigrés indiens, premier non-blanc et non-chrétien à accéder à la fonction de Premier Ministre britannique» : qui prétend encore que la race ou la religion ne comptent pas ou que les origines sont indifférenciées ? Ceux-là mêmes qui louent l’ouverture d’esprit des Britanniques (en Grande-Bretagne) seraient les premiers à s’opposer farouchement qu’un Musulman puisse devenir Premier Ministre de l’Inde hindoue. Ou d’ailleurs qu’un Hindou soit éligible comme Premier Ministre du Pakistan musulman. Pas plus tard que fin août 2022, un lointain match de Coup d’Asie de cricket, entre l’Inde et le Pakistan, a eu des prolongations violentes dans la ville anglaise de Leicester: le quartier hindou a été attaqué par des jeunes musulmans qui ont arraché les drapeaux Bhagwa, symboles hindous, au cri arabe de «mushrik» pour désigner les Indiens-Hindous comme idolâtres. Quand les Indiens parlent de «PIO» (People of Indian Origin), ils excluent explicitement leurs proches voisins musulmans du Pakistan et du Bangladesh.

Ces territoires-là n’avaient-ils pas jadis fait partie de l’Inde cinq fois millénaire ? Le quotidien Times of India signale malicieusement qu’en 1812, Robert Jenkinson devenait Premier Ministre : son arrière-grand-mère maternelle étant la descendante de colons Portugais établis en Inde.

Quand aux grands-parents de Rishi Sunak, ils sont nés au Kenya et en Tanzanie, de la diaspora indienne. Autre «PIO», Antonio Costa, Premier Ministre du Portugal depuis 2015: son père est né au Mozambique, mais est originaire de Goa en Inde. Le dynamisme de cette race est incontestable : Narayana Murthy (fondateur Infosys, 1981), Sundararajan Pichai (PDG Google depuis 2015), Satya Nadella (PDG Microsoft depuis 2014). Leo Varadkar (Premier Ministre d’Irlande de 2017 à 2020), est né à Dublin d’un père originaire de la région du Maharashtra. Avant de s’exciter à copier-coller ici des concepts qui fleurissent ailleurs, se dire que, déjà, l’Inde n’est pas la Grande-Bretagne. Que Madagascar, en certaines choses mais surtout celles-là, serait plutôt l’Inde que la Grande-Bretagne.

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