Accueil » Chronique » À guère 200 kilomètres
Chronique

À guère 200 kilomètres

À deux cents kilomètres d’Antananarivo. Nulle part sur cette Nationale 4 qui mène à Majunga. Un pays de maigres «bozaka», à mi-altitude depuis les hautes terres. Le soleil crépusculaire laisse apparaître deux silhouettes presque fantomatiques qu’en d’autres circonstances, l’automobiliste pressé n’aurait même pas vues.

La mère passerait presque pour la grand-mère de sa fille. Un exode qui les aura sans doute conduites loin du tropique du Capricorne. En quête d’une vie meilleure, aurait-on dit. Mais, à aviser les deux minuscules cases de végétaux, on peut se demander ce qu’il y a, là, de meilleur.

On les suppose, débarquées de quelque transport organisé, et qui ont hésité à s’éloigner de ce bitume anonyme de la route nationale. Il aurait donc quelque chose de rassurant ce banal ruban d’asphalte. La promesse que, décemment, le long voyage ne peut pas s’arrêter ici, ainsi que la possibilité de reprendre à tout instant la route.

Et, alors, abandonner le refuge de ces «trano falafa» qui, pour être précaire, n’en demeure pas moins réel. Leur insignifiance à des yeux citadins les mettant à l’abri de la convoitise des bandits de grands chemins.

(Grand)-Mère et fille revenaient d’un puits creusé à deux mètres de la RN4, au pied d’un bloc rocheux. La nécessité étant mère de toute invention, le hasard du point de chute les aurait conduit à deviner ce réservoir. À moins d’imaginer que ce trou insoupçonnable soit depuis longtemps répertorié et signale une halte obligatoire. Ce qui supposerait une certaine antiquité aux demeures de passage.

Il commençait à pleuvoir et si les femmes avaient collecté cette eau du ciel, elle serait nettement moins trouble que le liquide couleur naturelle de «tambavy» dans leur bidon de fortune. L’eau du riz du soir, l’eau de la vaisselle, l’eau des ablutions, l’eau du café au petit matin. Considérations hors-sujet d’enfant gâté de la Jirama. Un bête robinet et son eau courante en prennent une valeur trop souvent oubliée par un confort qu’on croit dû.

Cette Chronique a tout loisir de conter, sans savoir ce que le regard las de ces deux anonymes auront retenu de cette rencontre furtive, nulle part, à deux cents kilomètres d’Antananarivo.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter