Chronique

Bidon zone

«Suite au Conseil du Gouvernement du 11 septembre 2019, les mesures de sauvegarde provisoires, sous la forme de droits additionnels de 19% sur les huiles lubrifiantes, de 21% sur les huiles alimentaires et margarines et de 34% sur les savons mis en place par l’ANMCC (Autorité Nationale chargée des Mesures Correctives Commerciales) publiés le 14 août 2019 sont supprimées», communiqué de presse daté du 23 septembre 2019. Cela aurait pu être un très bon sujet de philosophie pour l’épreuve du baccalauréat à venir ou pourquoi pas un sujet des épreuves pour les concours d’entrée en économie, en droit ou en sociologie voire de géographie pour les futurs bacheliers.

Le sujet peut être traité de mille et une manières. Des analyses des plus éclairées aux plus légères possible et imaginable. Il est vrai que l’examen d’une situation dépend de l’angle de vue de celui qui s’y apprête. Laissons la science infuse aux intelligents, nous on préfère quand cela fait défroisser le visage par un grand sourire bête. Voici donc ce qui pourrait ressortir de la dissertation de madame tout le monde.

Premièrement, une décision étatique du mois d’août peut être supprimée le mois suivant. Au pays du moramora, on peut avoir la gâchette plus rapide que celui qui tire plus vite que son ombre en termes de changement décision. Mais on peut tout autant rester facilement en 1 800 dans d’autres textes législatifs. Et c’est dans ce contexte qu’on a la plus belle illustration et la meilleure définition du mot ‘’Lobbying’’. Il s’agit d’avoir le bon doigt menaçant sur le bon bouton pour faire sauter des intérêts de quelques personnes pour arriver à ses fins. Même si les fins en question peuvent aller jusqu’à ridiculiser toute une administration d’un pays.

Deuxièmement, la notion de protectionnisme n’est point en vogue au pays. Tout y entre et tout y sort trop facilement du moment que cela ne sert que quelques personnes et non les intérêts de la population qui y vit. Beaucoup de réactions en voyant ces phrases citées dans le premier paragraphe, se portaient sur les méfaits économiques pour les entreprises locales. Ces dernières ont déjà un mal fou à tenir la route face aux prix imposés pour les denrées importées. Pourtant, quelques fleurons de l’industrie malgache, comme la savonnerie tropicale, ont réussi à traverser les océans des aléas des soulèvements politiques, les politiques économiques catastrophiques et instables.

Mais sourions un peu. De telles décisions, pour ceux qui le savent, entrent dans une stratégie de grande bienveillance envers le petit peuple «fitsimbinana ny madinika». En effet, face aux pénuries chroniques d’eau, il est crucial de servir le peuple de …bidons jaunes. Eh oui, nous pensons toujours à tort qu’on nous oublie en haut lieu et pourtant, c’est tout à fait le contraire. Sans importation massive d’huile, il n’y aura pas ces fameux contenants qui forment de belles rivières jaunes dans les rues et ruelles d’Antana­narivo. Sans ces bidons jaunes, vous n’aurez pas ces beaux spectacles qui nous font penser aux scènes des pays en guerre où l’eau est devenue un trésor caché. Sans bidon jaune, pas d’eau. La solution aux problématiques des coupures a été trouvée d’une manière très subtile : faciliter l’importation plus de bidons jaunes.

Antananarivo, bidon zone. Force à ceux qui doivent se laver à deux heures du matin pour jouir de l’eau courante, à ceux qui doivent sortir de chez eux pour mettre leurs bidons dans la très longue file d’attente des bornes fontaines. Force à celles qui doivent cuisiner les repas avec le minimum d’eau et ceux qui doivent supporter la saleté des toilettes car il n’y a pas d’eau dans la chasse durant toute une journée de travail.

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