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Editorial

Jeu de maux

Encore un jugement jugé inacceptable par la victime. Un médecin accusé d’attentat à la pudeur par une de ses patientes s’en sort avec un acquittement au bénéfice du doute après avoir passé un mois en détention préventive à la maison centrale à Antanimora. La victime interjetera appel de ce verdict selon sa déclaration. Pour elle il n’y a pas le moindre doute sur les actes du médecin. Mais la justice ne peut pas juger sur la seule bonne foi de la victime malgré des correspondances accablantes entre les deux protagonistes.

Les histoires de viol défraient la chronique ces derniers temps. Il n’y a pas un seul jour où les rubriques faits divers n’en regorgent. Les actes sont de plus en plus sordides et cruels, les victimes de plus en plus jeunes. L’opinion attendait des peines exemplaires contre les auteurs de viol pour mettre un terme une bonne fois pour toutes à ce fléau. On comptait bien évidemment sur la justice pour cette mission mais pour le moment il y a loin de la coupe aux lèvres.

Malgré des faits répréhensibles répétitifs pendant des mois dont l’auteur est de surcroît un homme de foi- circi aggravante- soutenu par son fils, sur une jeune femme pensionnaire du centre d’accueil où les deux hommes travaillaient, la justice a estimé qu’il n’y a pas eu viol mais juste attentat à la pudeur. Les deux criminels s’en sortent avec une peine minimale. Juriste, procureur, homme de loi se sont alors relayés pour expliquer la différence entre un viol proprement dit et un attentat à la pudeur. Un jeu de maux qui creuse davantage l’écart entre les justiciables et la justice moins qu’il les rapproche.

Une deuxième affaire de la même veine vient justement enfoncer le clou. Pour les profanes, y compris les victimes, toute tentative de harcèlement, d’attouchement sexuel, de rapport sans consentement restent un viol. Il est difficile de leur faire comprendre les subtilités du code pénal exploitées à fond par le tribunal pour déculpabiliser un collègue fonctionnaire ou pas pris sur le fait au grand dam de l’opinion publique définitivement convaincue du pouvoir de la corruption au sein de l’appareil judiciaire.

Il est ainsi tout à fait dans l’ordre des chose si la population veut se faire justice dès qu’elle attrape un voleur de pintade ou de hérisson certaine que le coupable sera relaxée au bénéfice du doute ou d’autre chose. Ces derniers temps les lynchages se sont rappelés à notre souvenir un peu partout. A Betafo où un innocent a péri sous les coups de ses bourreaux qui l’ont accusé de voleur d’organe. À Toliara un voleur d’yeux pris avec son butin pris sur un enfant a subi l’impitoyable loi du talion. Aucune arrestation n’a eu lieu à Toliara. Les autorités policières ont visiblement peur de la réaction de la population qui se croit dans ses droits et qui est prête à tout.

D’ailleurs, comment peut-on affirmer que nul n’est censé ignorer la loi quand la majorité de la population n’a jamais terminé le cycle primaire. Il faut faire des études supérieures pour maîtriser les différents codes alors de là à imaginer que tout le monde connaît les lois, c’est un peu osé. C’est tout le problème. Quoiqu’on dise une décision de justice qui ne va pas dans le sens de la logique populaire sera toujours assimilée à un jugement de complaisance, un verdict arrangé. C’est d’autant plus vrai que les décisions de justice sont justement assez disparates pour être intelligibles. Des auteurs de vandalisme ou de fraudes douanières ont été sévèrement condamnés alors qu’à côté des violeurs impénitents bénéficient de la magnanimité de la justice. Allez savoir pourquoi.

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