Chronique

Leçon d’histoire (1)

Ce coin d’Asorotany, en «anjoron’akoho» (où la volaille dort) et «ampamatoran-janak’omby» (où l’on attache le veau), fera couler beaucoup d’encre.

Conservateur du «Musée du palais de la Reine», de 1946 à 1961, Suzanne Razafy-Andriamihaingo avait eu un accès privilégié aux archives royales (dont on ne sait toujours pas quel pourcentage avait été détruit lors de l’incendie du 6 novembre 1995). Elle y a puisé pour écrire son livre « Colline sacrée des souverains de Madagascar. Le Rova d’Antananarivo» (L’Harmattan, 1989) dans lequel on peut lire à la page 141 :

«En ces lieux, la reine Ranavalona 1ère avait d’abord fait installer un magasin, c’est-à-dire un entrepôt et une réserve. Par la suite, sous la reine Ranavalona II, les archives royales y furent déposées. Dans un troisième temps, en 1873, sur ordre de Ranavalona II, l’architecte anglais Parrett bâtit sur ces lieux une bâtisse digne d’un palais tout en briques qui, bientôt, se lézarda et dut être démolie en juin 1890. Enfin, la reine Ranavalona III chargea l’architecte français Rigaud d’en édifier un autre sur le même emplacement. La première pierre du palais Masoandro (palais du soleil) fut posée, le 18 avril 1893, en présence de la reine Ranavalona III. Mais le palais, qui eût été le plus beau, ne fut jamais achevé en raison des évènements qui amenèrent le chute de la reine. Entre-temps, le Premier Ministre (Rainilaiarivony), ayant récupéré les pierres et colonnes du premier bâtiment, se fit construire à l’aide des matériaux une maison de campagne à Ambodi­tsiry».

Pour sa part, Christian G. Mantaux, dont la Revue de Madagascar devait dire «Christian Mantaux n’est pas et ne se veut pas érudit. Christian Mantaux est simplement un amoureux du pays malgache et tout ce qui s’y rattache. Comment, dès lors, ne pas admirer l’acharnement, la patience et toute la somme d’intelligence dont il a fait preuve pour composer cet article et trouver les illustrations adéquate ?»

L’article en question, «Un Français sous la monarchie hova en 1888 : Louis Bouts» est paru dans la Revue de Madagascar (Troisième trimestre 1965, nouvelle série, n°31, p.16-40). En vis-à-vis d’une page entière des «premières esquisses, ancien plan et modifications successives» du palais Masoandro commandé par Ranavalona III (règne de 1883 à 1897), on peut lire en page 30 :

«Si l’architecte Rigaud était l’architecte principal auprès de la Royauté malgache, ses multiples fonctions ne lui permettaient pas de se consacrer de façon permanente à la construction et M. Bouts se chargea de beaucoup de constructions et plans notamment de celle du Palais Masoandro qui devait être le palais de Ranavalona III. La Reine, comme tous les Malgaches, ayant été frappée par l’importance et le style nouveau de la Résidence de France construite par Jully, et pour laquelle Bouts avait fourni du ciment local et forgé sa ferronnerie, dont la marquise de l’entrée, avait demandé à celui-ci de lui présenter plusieurs projets pour le Palais Masoandro. Il en présenta effectivement plusieurs, allant des châteaux Renaissance aux dômes à la mode à cette époque en passant par des architectures comportant des petits clochetons en éteignoirs, comme certains châteaux de l’ïle de France. Malheureusement, la guerre de 1895 viendra en interrompre la construction et seules les fondations et les soubassements seront achevés».

La façade entière et détaillée du palais Masoandro, Christian Mantaux allait en publier le dessin dans un autre numéro de la Revue de Madagascar : Troisième et quatrième trimestre 1969, n°47-48, page 31. À l’époque d’Andrianampoinimerina (règne de 1792 à 1810), un autre Lapa portait le nom de Masoandrotsiroa : «au Sud de la Tranomasina. Il y plaça Rangita, soeur aînée de Rabodonandrianampoinimerina (NDLR : la future reine Ranavalona 1ère) et mariée à Lahidama qui l’a répudiée plus tard» (…) «Le Kianja, cour sacrée, ou grande cour, est à l’Ouest de Masoandro et à l’Est de Besakana, au Sud de la Tranomasina. C’est là que se trouve la Vatomasina» (in Christian Mantaux et Henri Ratsimiebo, Tradition et Habitat bois, 2005, plaquette inédite).

Dans une interview qu’il m’avait accordé (cf. Chronique VANF, «BSK : MIEUX LIRE BESAKANA», 11 avril 2019), Christian Mantaux avait dit que «Ce palais (Manjakamiadana) avait été trop malmené, maltraité, en opposition avec l’histoire, par une ministre (de mes relations depuis 48/49) révolutionnaire, des chose impossibles avaient été réalisées dans ce Rova et surtout dans BSK. Les ancêtres en furent mécontents».

Christian Mantaux, «maître en charpenterie, génie militaire US, compagnon charpentier-escaliéteur de St-Jacques coquillard» et secrétaire général de l’association malgache d’archéologie de 1968, fut le «responsable du suivi, de la qualité et de bonne fin» des travaux de 1954 à 1968 au Rova d’Antananarivo.

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