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Écrire l’histoire

Le seul fait indéniable dans les derniers événements qui, fort probablement, seront dans les prochains livres d’histoire, est que la Russie a envahi l’Ukraine. Là s’arrête la certitude, les dessous sont pris dans le brouillard de la communication qui est l’apanage des deux camps antagonistes qui ont chacun leur version et accusent l’autre d’être la cause de l’escalade. Trancher, ou seulement participer au débat, devient alors difficile pour le pauvre innocent qui, encore une fois, subira les conséquences fâcheuses des jeux des grands de ce monde : dans cette guerre des discours, avec les deux extrêmes qui veulent chacun tirer l’opinion vers sa « vérité », certains peuvent ressentir la puissante force d’attraction du centre qui est la place de la neutralité.

Quand chaque camp diabolise l’autre en tentant de créer, dans la tête du citoyen du monde lambda qui n’a rien demandé, une vision manichéenne d’un monde qui est le terrain de conflits entre le bien (qui n’est pas le même pour tous) et le mal (qui est aussi relatif), on se trouve devant un schéma qui a déjà était maintes fois exploité. L’histoire se souvient de « l’axe du mal » du président George W. Bush, des décennies durant lesquelles le régime de Kadhafi a fait l’objet d’une propagande négative de dénigrement et qui s’est soldée par la chute du potentat qui a, depuis, plongé la Lybie dans une crise politique et économique.

Vladimir Poutine, l’un des personnages principaux de ce drame international, a bien exprimé notre désarroi quand il affirme que « nous avons tous besoin d’une vérité objective». Mais comme il est lui-même complètement immergé dans cette guerre, sa parole peut-elle encore prétendre pouvoir échapper au filtre de l’esprit critique de ceux qui en possèdent encore ? Pas plus que les paroles des États, gouvernements et médias occidentaux, sources des différents discours qui parviennent jusqu’à nous.

Chacun essaie alors d’écrire l’Histoire et chacun cherche sûrement à imposer sa version à la postérité, chacun veut avoir, pour son récit empuanti par l’odeur de la subjectivité, les pages des futurs manuels scolaires. Et on ne peut alors qu’évoquer le Ministère de la Vérité (Miniver) du roman 1984 (G. Orwell, 1949), l’organe de propagande qui écrit et réécrit l’Histoire selon les intérêts du pouvoir. Les deux blocs activent ainsi, pour se construire une image de héros qui fait face au méchant ennemi, leur forme moderne de Miniver. Et rien ne change sous le soleil, les guerres se succèdent et l’Histoire est toujours « écrite par les vainqueurs » (Robert Brasillach).

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