Editorial

Vérité de la police

Boomerang. Le ministre de la Sécurité publique s’en mord les doigts. Il se heurte à l’insubordination de ses sujets qui refusent de s’incliner à sa décision de suspendre la police de la route et de restituer la confection des passeports au ministère de l’Intérieur. Réunis au sein de quelques syndicats, les policiers ont clairement affirmé que si le gouvernement ne revient pas sur sa décision, il va avoir à qui parler. Une menace à peine voilée. Toutefois ils n’ont pas révélé ce qu’ils comptent faire mais une mutinerie n’est pas à exclure.
Ce sont deux « missions » juteuses que le gouvernement a supprimé au détriment des policiers et des gendarmes pour endiguer la corruption qui gangrène les routes nationales et la circulation urbaine. Les policiers ne s’en cachent pas, ce sont deux missions naturelles dont ils sont désormais privés avec ce que cela suppose de manque à gagner. Ils affirment par dessus le marché qu’ils ont toujours lutté contre la corruption mais ils sont farouchement contre cette mesure. Le gouvernement n’a pas l’intention de faire machine arrière. Reste à savoir si le ministre de la Sécurité publique a assez de cran pour résister à la pression de ses collègues et réussir là où ses prédécesseurs ont échoué.
L’attitude des policiers est loin de surprendre. L’assassinat du juge Rehavana en pleine audience par des policiers impliqués dans un crime à Toliara le 9 décembre 2011. Le procès de trente-neuf policiers avait débuté en mars 2017 mais il semble que l’affaire n’a eu aucune suite.
Par la suite il y eut l’affaire Antsakabary où des policiers ont été coupables d’exactions terribles contre des villageois en 2017. Là aussi, aucun policier n’a comparu devant la Justice jusqu’ici.
On réalise donc aisément la réaction des policiers lorsqu’on les touche ou lorsqu’on touche à leurs intérêts. Ils ont affirmé qu’ils ne fléchiront pas, non sans désinvolture.
Le fait est que jusqu’à preuve du contraire, les contrôles routiers n’ont pas réussi ni à juguler encore moins à annihiler le banditisme sur les routes. Pire, les axes nationaux n’ont jamais été aussi périlleux de jour comme de nuit. Et des membres des forces de l’ordre sont souvent de mèche avec les bandits de grand chemin. Si on dresse le bilan de la police de la route, il y a plus de victimes que de bandits arrêtés. Autrement dit, un système totalement inefficace et dont il faut revoir le fonctionnement. C’est la résolution prise par le gouvernement. Une décision courageuse il faut le dire qu’aucune administration n’a osé prendre auparavant de peur justement de se heurter à la réaction violente des concernés.
Il faut dire également que le comportement complice des usagers a pérennisé cette corruption à ciel ouvert. Les taxis-brousse s’en accommodent parfaitement, consacrant un budget spécial « massage » au départ pour les oboles qu’il faut verser à chaque halte policière espacée souvent de1 km. C’est un véritable sésame pour avoir le passage même si la voiture n’a pas de moteur, ou si elle transporte deux fois plus de passagers que la carte crise l’autorise. Ce qui explique les accidents mortels qui écument les routes nationales.
Une triste réalité que tout le monde avait accepté à contre-cœur, étant donné l’inertie des autorités. Mais il fallait que cela cesse un jour. Les policiers eux-mêmes ont reconnu les faits. Eh oui, il n’y a que la vérité qui blesse. Même celle de la police.

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  • Feu Organés Rakotomihantarizaka initialement défenseur de la révolution orange a quelque peu perpétué suite à sa mise à l’écart la culture du corporatisme béat chez les ripoux de la police nationale .Dans la même veine au sein de l’armée il y deux officiers  » cireurs de pompes  » de Rajaonarimampianina à savoir Colonel Ravoavy et Général Florens Rakotomahanina dont les méfaits et exactions antérieurs ne doivent pas leur faire bénéficier une quelconque promotion hiérarchique.