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Chronique

Forêt Miyawaki

Akira Miyawaki, né en 1928, est l’inventeur d’une méthode qui porte son nom: «faire pousser une forêt native, en un temps record, sur des terrains urbanisés ou dégradés par l’homme». Depuis 1971, ce botaniste japonais a planté 1700 forêts natives pour 40 millions d’arbres dans 15 pays.

Une forêt Miyawaki regroupe au moins cinquante essences autochtones (présentes avant l’intervention de l’homme) et climaciques (composantes d’une forêt primaire mature). L’absence de gestion sylvicole humaine est marquée dès l’époque de la plantation: les graines élévées en pépinière sont mises en terre de façon dense (trois à cinq pousses sur 1m2 ) et aléatoire (pas d’alignement ni de quinconce).

Face au recul généralisé des forêts primaires, pourtant premier puits de carbone terrestre, trésor de biodiversité, et source unique de pharmacopée, une forêt Miyawaki est présentée comme un écosystème autonome, mature en 20 ans, quand le processus naturel menant d’une friche à une forêt mature prend 200 ans.

La banque de graines d’Akira Miyawaki compte désormais 10 millions d’essences autochtones japonaises. S’inspirant des forêts Chinjo-no-mori, qui entourent les temples japonais et ainsi protégés par des tabous religieux et des interdits culturels, Miyawaki plante des forêts, comme autant de murs d’arbres contre les Tsunami ou les cyclones.

Outre une fonction esthétique et paysagère évidente, l’arbre urbain rafraîchit l’air de 2 à 8°C. Avant de revoir une forêt au sommet d’Ambohijanahary, ou sur la longue avenue d’Analakely, voire sur les parkings des supermarchés aujourd’hui impitoyablement bitumés donc compactés et imperméabilisés au détriment de l’alimentation par infiltration de la nappe phréatique, il nous faudra identifier les essences authentiquement autochtones à chaque région de Madagascar.

Tavy, charbonnage, coupes illicites: plusieurs siècles de destruction sylvicole continue depuis le premier établissement humain permanent sur l’île. Les hippopotames nains ont disparu, ainsi que les aepyornis géants. Leur emboîtent doucement le pas plusieurs espèces de lémuriens. La sécheresse chaque année plus persistante menace désormais l’humain lui-même. Plusieurs générations à reboiser et plusieurs forêts Miyawaki, à planter, entretenir et protéger manu militari ou par des «fady», nous seront nécessaires avant d’inverser une tendance nationalement suicidaire.

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