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Consommation – Le prix du riz devient irrépressible

Des  prix  du  riz  aussi  divers  que  ses  variétés,  locales  ou  importées.

LE KAPOAKA du riz coûte actuellement entre 600 et 1200 ariary. 700-750 ariary pour le Makalioka et le Vary Gasy dans la capitale, à Fianarantsoa et à Toliara. Entre 1000 et 1200 ariary dans l’Androy, l’Anosy, Diana et Sava, toutes variétés confondues. 600 ariary dans les régions dites productrices de riz, telles que le Bas-Mangoky ou l’Alaotra. Avec les impacts de la Covid-19, les ménages suffoquent et beaucoup se demandent sur les actions concrètes de l’État, hormis les effets d’annonce sur la loi incontournable de l’offre et de la demande, ou encore la chasse aux opérateurs profiteurs. Les jeux politiques autour de la denrée nationale ne cessent et ne cesseront pas. Rien qu’à constater le prix yoyo du riz sur le marché, qui devient une habitude pour les consommateurs, mais ils n’ont d’autres alternatives que de remercier le ciel s’ils arrivent à obtenir ne serait-ce qu’un plat par jour. L’autosuffisance rizicole semble encore loin malgré les 1 300 000 ha de superficie rizicole dont le pays dispose. Quand et comment sortir du cercle vicieux des politiques infructueuses pour s’attribuer le nom de « grenier à riz » de l’océan Indien ?

Les localités à accès difficile subissent le prix fort. Les régions Androy et Anosy notamment qui se retrouvent enclavées avec la dégradation de la RN13, paient le prix fort. D’autres régions comme Diana ou Atsimo-Atsinanana en font également les frais. La région SAVA, réputée pour la vanille est jugée riche, mais la réalité est toute autre au niveau microéconomique. Bien des ménages vivent dans la pauvreté, car depuis trois campagnes, la vanille ne rapporte pas.

« Le kapoaka (boite de lait concentré) du riz atteint 1200 ariary alors que nous n’entamons pas encore la période réelle de soudure. À combien s’achètera-t-il au mois de janvier  », s’interroge un habitant de Sambava. Selon des statistiques datant de 2016, la SAVA enregistre un déficit de 18 649t par an pour un besoin de 114kg de riz par an et par habitant. Alors qu’Andapa est indiqué être un grenier à riz pour toute la région, celle-ci se ravitaille encore ailleurs. Car ce district subit des problèmes liés à l’environnement et à l’appauvrissement des sols, la capacité du bassin versant n’étant utilisée qu’au tiers. Les cultures agricoles ont nettement diminué depuis trente ans. Dernièrement, on rapporte 12900t de paddy par an seulement d’où ce déficit de 18649t en riz blanc.

Des régions exposées aux risques

Certaines régions sont davantage productrices que d’autres. La SAVA accuse une hausse du prix du riz car le district d’Andapa n’en produit pas encore assez et les frais de transport depuis la région Sofia ou Toamasina où il peut trouver cet aliment de base, coûtent chers. L’Observatoire du Riz avance quelques régions et localités décrites comme en difficulté alimentaire dans ses analyses sur le prix du riz en une période donnée. Il cite Androy, Atsimo-Atsinanana, Amboasary, Betioky, Sakaraha, Mananjary, Vondrozo,Vohipeno. Ces difficultés sont dues à l’enclavement, aux problématiques climatiques et à l’insuffisance de production, selon les explications d’un technicien du ministère de l’Agriculture.

La sécurité alimentaire des régions est liée à l’abondance des récoltes ainsi qu’au niveau et à la stabilité du prix du riz. Une étude plus poussée publiée dans « Mondes et développement en 2007 », et décortiquant la pauvreté et la vulnérabilité alimentaire dans le Sud de Madagascar, définit mieux la corrélation entre la sécurité alimentaire et la pauvreté. « … Les systèmes de production sont fragiles. Et la difficulté du climat et l’absence de grands aménagements hydro-agricoles accentuent la vulnérabilité… Le système agropastoral est fragilisé dans un milieu aride, l’orientation des ménages vers l’autosubsistance, qui est rarement assurée, ainsi que l’enclavement sont autant de facteurs qui bloquent les revenus des ménages… »

Avec cette sècheresse continue, les épis de riz risquent de brûler.

Incapacité… de production

Certaines régions sont davantage productrices que d’autres. La SAVA accuse une hausse du prix du riz car le district d’Andapa n’en produit pas encore assez et les frais de transport depuis la région Sofia ou Toamasina où il peut trouver cet aliment de base, coûtent chers. L’Observatoire du Riz avance quelques régions et localités décrites comme en difficulté alimentaire dans ses analyses sur le prix du riz en une période donnée. Il cite Androy, Atsimo-Atsinanana, Amboasary, Betioky, Sakaraha, Mananjary, Vondrozo,Vohipeno. Ces difficultés sont dues à l’enclavement, aux problématiques climatiques et à l’insuffisance de production, selon les explications d’un technicien du ministère de l’Agriculture.

La sécurité alimentaire des régions est liée à l’abondance des récoltes ainsi qu’au niveau et à la stabilité du prix du riz. Une étude plus poussée publiée dans «  Mondes et développement en 2007  », et décortiquant la pauvreté et la vulnérabilité alimentaire dans le Sud de Madagascar, définit mieux la corrélation entre la sécurité alimentaire et la pauvreté. « … Les systèmes de production sont fragiles. Et la difficulté du climat et l’absence de grands aménagements hydro-agricoles accentuent la vulnérabilité… Le système agropastoral est fragilisé dans un milieu aride, l’orientation des ménages vers l’autosubsistance, qui est rarement assurée, ainsi que l’enclavement sont autant de facteurs qui bloquent les revenus des ménages… »

Insuffisance et… spéculations

Le riz local s’avère insuffisant malgré les projets d’amélioration et de développement de la filière aux quatre coins de l’ile. Au mois de septembre, AtsimoAndrefana, en particulier, a importé 10  000t de riz du Pakistan pour renflouer les offres locales. Une importation censée tenir trois mois. Du riz import qui a été envoyé dans les régions Androy, Anosy et Ihorombe. Mais en ce mois de novembre, il n’y a plus de stock. Le «Vary gasy» d’Imerintsiatosika et d’Antananarivo, le riz import stocké à Toamasina, et le « Makalioka » de l’Alaotra sont envoyés à Toliara à la rescousse. D’après les enquêtes menées auprès de quelques grossistes, le kapoaka à 750 ariary sur les étals du Bazar-be de Toliara s’explique comme suit : le prix d’achat du « Vary gasy » d’Imerintsiatosika est de 93 250 ariary le sac de 50kg, les frais de transport par sac est de 9000ariary, 1000ariary par sac pour le frais de manutention, ce qui donne un prix de revient en gros à 104 250 ariary.

Explications sur la structure du prix du riz par sac outre que le local dans l’Atsimo Andrefana :

Spéculations et régulations

Des habitants d’Ambovombe dans l’Androy racontent que le riz fait l’objet de spéculation. «  La spéculation n’est pas une chose nouvelle, mais les autorités à tous les échelons n’y peuvent rien depuis des années. Tout le monde sait que le riz est stocké quelque part pour profiter ensuite d’un prix élevé quand presque tout le monde n’en a plus. Chez nous, le riz a été dissimulé depuis le mois d’août. D’où le kapoaka acheté à 1000 ariary actuellement », témoignentils. Le riz vient d’Atsimo-Andrefana ou de la capitale. L’approvisionnement par l’Anosy est aléatoire, car il est indiqué que le port d’Ehoala ne peut pas recevoir du riz en vrac, mais seulement en conteneur. Et la spéculation ne se voit pas qu’à Ambovombe. Le ministère du Commerce annonce des «  régulations  » en effectuant périodiquement des contrôles sur le marché. Mais cela suffit-il à pallier les spéculations ?

« Vary Tsinjo » non accessible

La transparence totale n’est pas évidente dans cette vaste opération sociale d’urgence. Quelle a été la quantité totale distribuée dans tout le pays  ? L’opération de donations de riz aux ménages vulnérables durant le confinement a-t-elle quelque peu perturbé le marché du riz ? Comment en a-t-on géré l’approvisionnement et la distribution ? Celle-ci a-t-elle été assurée par des opérateurs privés et à combien de pourcentage de commissions ? Comment a-t-on payé les fournisseurs ? N’ont-ils pas impacté leur « écart » s’il y en a, sur le prix actuel du riz ?

Un inspecteur du commerce répond que les besoins n’ont pas particulièrement augmenté durant le confine­- ment. Cependant, le déficit de stock se fait remarquer quelques mois après.

Importations encore et toujours

218 110,633t de riz ont été importées jusqu’ici (Source : Direction du commerce extérieur, ministère de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat, novembre 2020).Et 45 000 autres sont attendues d’ici la fin de l’année. Soit près de 270 000t en tout. On note une légère baisse par rapport à l’importation de riz en 2019 qui a été de 285 000t. Les autorités parlent d’une amélioration au niveau du rendement de la production locale. Mais aucune autre précision n’a été donnée par rapport aux localités dans lesquelles ces rendements ont été meilleurs.

Autosuffisance rizicole, où es-tu ?

La riziculture est pratiquée dans les vingt deux régions, occupant 54% des superficies agricoles. Elle est surtout soulignée dans seize régions de l’ile. Le déficit d’infrastructures d’aménagement rizicole, les problématiques de la non-maitrise de l’eau, les techniques de culture inadéquates (Madagascar est l’initiateur du Système de rizi­- culture intensive-SRI, mais c’est le Vietnam qui l’applique !), le manque d’investissements dans les exploitations familiales, sont, entre autres, les sources du faible rendement avec une moyenne de 2,5t à l’ha, si le Vietnam obtient 6 à 8t en moyenne. Le désengagement de l’État du secteur rizicole en libéralisant le commerce du paddy, a-t-il amélioré le prix au niveau des producteurs, des opérateurs et des consommateurs ? La filière est, jusqu’ici, sous perfusion avec les centaines de projets que déploie l’État pour la développer.

Pour ne citer que le projet de réhabilitation du système d’irrigation du sud-ouest du lac Alaotra qui est financé par les Japonais à 82 milliards ariary, l’exploitation de 60 000ha du Bas-Mangoky par les Arabes. 56 millions de dollars sont destinés aux régions Melaky et Menabe à travers le projet AD2M pour relancer les activités agricoles. Des périmètres sont aménagés pour arriver à produire 320 000t de paddy par an. Il y a aussi le projet d’agriculture durable pour une approche paysage (PADAP) avec 93 millions de dollars. Le régime se lance dans l’aménagement de 100 000ha pour atteindre l’autosuffisance rizicole et agricole. Mais quand arrivera-t-on à s’auto-suffire en riz  si les intrants, engrais, semences et matériels sont encore subventionnes par l’État ?

Le riziculteur se démène pour réussir une campagne rizicole. Le rendement se situe entre 2,5 et 3t d’après les cas constatés à Ankililoaka et Soahazo, dans le district de Toliara II.

Coûts de production de riz tous types confondus par hectare en moyenne, en ariary :

(Sources basées sur l’annuaire statistique agricole, producteurs à Ankililoaka et Soahazo dans l’Atsimo-Andrefana et nos calculs, novembre 2020)

Interview – Ny Hasinambinintsoa Masezamana

“Il nous faut trois ou quatre ans pour atteindre l’autosuffisance en riz”

Le secrétaire exécutif de la Plateforme de concertation pour le pilotage de la filière riz, explique les difficultés qui retardent l’autosuffisance rizicole, malgré de nombreux projets.

Ny Hasinambinintsoa Masezamana.

Quand peut-on parler d’autosuffisance rizicole ?

Quand nous arrivons à satisfaire une demande de consommation en riz de 118,5 kg/personne par an. Elle est de 100 à 101kg par habitant par an, selon les données de 2018. La stratégie nationale du développement rizicole (SNDR) révisée, 2016-2020, à l’issue de la collaboration de Madagascar avec le Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique (Déclaration de Malabo, juin 2014), a prévu d’atteindre cette autosuffisance cette année, avec une production de 5 777 276 t de paddy.( Ndlr : Le calcul du riz blanc s’obtient avec 60 à 66% d’usinage de paddy).

Et pourquoi ne l’a-t-on pas atteint cette année ?

La réalité a été toute autre avec les vécus des parties prenantes de l’amont, en aval de la filière riz, c’est-à-dire des acteurs qui évoluent dès la préparation de la production jusqu’à la consommation incluant les importations et les exportations. En 2019, les résultats chiffrés sur la production de paddy, l’importation enregistrée à l’entrée du pays et l’exportation du riz ont montré respectivement 4 030 000t, 608 178t et 7,04t. La Plateforme de concertation pour le pilotage de la Filière riz, (PcPriz) conçue et destinée à être l’outil de travail de l’État pour la gouvernance du secteur rizicole, a rendu compte à celui-ci qu’en absence d’une prise de mesures d’accompagnement plus conséquentes, l’autosuffisance en riz risquerait de ne pas être au rendez-vous à la date prévue avec, notamment, le contexte du taux de croissance démographique de 2,8%, les pertes au niveau de la récolte et la post récolte de 20%.

Quand est-ce que sera possible alors ?

Il nous faut encore trois ou quatre ans. L’autosuffisance en riz est simultanément déterminée par la disponibilité physique du riz, l’accessibilité à ces produits « disponibles », l’utilisation rationnelle de ceux-ci, et la stabilité du système rizicole qui satisfait les trois premiers indicateurs.

La pandémie affectera-t-elle cette prévision?

La dernière session ordinaire du Conseil d’administration de la Plateforme, le 23 octobre, a permis aux neuf collèges membres d’appréhender la réalité de la filière rizicole et de partir avec une même information aussi bien sur les impacts positifs que négatifs de la propagation de la pandémie Covid-19. Il s’agit des producteurs, trans­- formateurs, intermédiaires, exportateurs-importateurs, organismes d’Appui technique, organismes d’Appui financier, chercheurs, consommateurs ainsi que l’Administration et quelques acteurs potentiels du développement rizicole sollicités particulièrement, tels que la Société State Procurement of Madagascar, le Tranoben’ny Tantsaha Mpamokatra national, les directions générales de quelques départements ministériels en charge du Commerce, de la Décentralisation, des Douanes, des Impôts. Ces impacts sont positifs notamment au niveau de l’écoulement des produits à un prix très intéressant, du bénéfice des « vendeurs », jusqu’à trois fois plus élevé (1 200 ariary le gobelet à Manakara, plus de 1 000 ariary le kilo du paddy du côté d’Ankazobe…), que ce soit les producteurs directs, les intermédiaires ou les transformateurs, à cause de la ruée vers la constitution de stock familial du.

Quels sont les impacts négatifs ?

La situation a été en défaveur du secteur financier. Il y a une quasi-inexistence du remboursement des emprunts et une mobilisation excessive des épargnes. L’importation ou l’exportation du riz a influencé le prix de ce produit, équivalent du prix du riz local à celui du riz importé à 5% de brisure, un écart de prix variant de 50 ariary à 200 ariary entre ceux du riz local et du riz importé sur le marché, donc au lieu de faire baisser le prix du riz, le prix de l’importation est tiré vers le haut par le riz local. Les acteurs en aval et transversaux de la filière ont fait leur maximum pour maintenir un taux de déperdition d’emploi moindre durant la période du confinement. Mais les effets négatifs du changement climatique, sécheresse, inondation en début de cette année ont gagné de l’ampleur sur terrain. La disponibilité physique de l’eau retardera le début de la campagne de grande saison 2020-2021 et pourrait porter atteinte à la productivité et à la production de majorité des périmètres rizicoles.

Quelles réponses à apporter cette année ?

La stratégie allant vers la structuration nationale et régionale de la filière est l’une des solutions proposables pour le développement durable de cette filière stratégique. Une stratégie qui se traduira spatio-temporellement en autosuffisance en riz et en exportation du surplus de la production de qualité. Il s’agit de développer les échanges et les dialogues interprofessionnels des acteurs, de la fourche à la fourchette, de la filière riz dans le sens de dégager des synergies positives d’actions et de la mutualisation des ressources disponibles à partir de la valorisation rationnelle et la fructification des biens et services, résultat de nos efforts présents et/ou antérieurs. Un plan d’actions fédérateur, un plan d’émergence rizicole décentralisé reposant sur les périmètres rizicoles, les unités industrielles et de transformation, et le pôle de consommation. Ce qui permet de réduire le coût de production par hectare jugé élevé actuellement (de 496,4 Ar/kg de paddy dans l’Alaotra), d’avoir des référentiels régionaux sur le prix, de dégager des taux d’unité de paiement parafiscal filière imposable pouvant assurer à la fois le fonctionnement durable du système rizicole du territoire, la promotion des unités de transformation locales et le développement des Collectivités sujettes.

Un barrage hydroagricole pour irriguer 260 ha de rizières à Ambovombe, dans l’Androy.

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