Chronique Opinions

Francophone, mais île

Le Sommet de Madagascar aurait pu être une meilleure tribune de notre exception culturelle. J’ai le regret éternel de cette lettre «M» encore à l’honneur au sommet de l’OCAM (Organisation commune Africaine et Malgache), à Antananarivo en 1966, où fut lancée l’idée d’une communauté des nations qui emploient le français. «De Hanoï à Dakar ou le Pacte brisé» : le dernier livre de Jean-Claude de l’Estrac, ancien secrétaire général de la Commission de l’océan Indien, et candidat malheureux au Secrétariat général de la Francophonie, illustre le malentendu entre nos îles de l’océan Indien et l’Afrique.
Ce XVIe Sommet de la Francophonie, avec la présence du Français François Hollande, du Canadien Justin Trudeau, du Suisse Johann Schneider-Ammann, tous à la tête de démocraties irréprochables, est une réussite diplomatique. L’histoire en attribuera le mérite au président de la République, Hery Rajaonarimampianina. Mais ce Sommet 2016 est également une idée qui vient de loin. Plus précisément de l’année 2008, date de la désignation d’Antananarivo pour le Sommet de 2010. C’était avant que les putschistes de 2009 ne fassent mettre Madagascar au ban de la communauté internationale. Rien que justice que l’ancien président Marc Ravalomanana ait été aux premiers rangs lors de la cérémonie d’ouverture de ce Sommet 2016.
C’est au Sommet de Maurice (Grand-Baie, 1993) que fut adoptée la résolution sur «l’exception culturelle au GATT». Si on peut comprendre qu’il est impossible d’imposer un agenda national à un évènement international, il faut oser dire qu’il est de thématiques à nous étrangères : le terrorisme islamiste au Sahel nous paraît bien lointain ; et que des pays d’Afrique francophone (à l’index de l’OMS : Guinée, Djibouti, Mali, Égypte, Soudan, Érythrée, Burkina Faso, Gambie, Mauritanie, Tchad, Côte d’Ivoire, Sénégal, Centrafrique, Bénin, Togo, Niger, Cameroun) continuent de pratiquer les mutilations génitales sur les femmes ne concerne en rien Madagascar et les pays francophones de l’océan Indien ; le militantisme «LGBT», cher au Premier ministre canadien, ne doit pas polluer la revendication légitime d’une égalité homme-femme. Il est vrai qu’aucune tribune culturelle n’a pu faire savoir à nos visiteurs que Madagascar avait compté quatre reines au XIXe siècle, plusieurs femmes ministres de la Culture depuis 1960, et une femme ministre de la Défense avant d’être élue présidente d’une Université, en 2013.
Madagascar n’est pas l’Arabie saoudite avec ses femmes sous niqab. À ce titre d’ailleurs, la liste des 80 pays membres de la Francophonie laisse perplexe, surtout si une candidature de l’Arabie saoudite venait à être étudiée. La Francophonie dans les Balkans et en Grèce   La Francophonie en Arménie parce que Charles Aznavour chante Montmartre   La Francophonie en Thaïlande alors qu’elle subsiste déjà difficilement dans l’ancienne Indochine
Le Myre de Vilers et Gallieni avaient d’abord été en Indochine avant d’être affectés à Madagascar. Mais, un siècle de présence française en Indochine (le protectorat français sur le Cambodge date de 1863) prit fin avec la guerre du même nom (1946-1954). Le roi Norodom Sihanouk (1922-2012) fut même un des pères fondateurs de l’ACCT (Agence de coopération culturelle et technique), mais que reste-t-il de Francophonie au Cambodge, au Laos, au Vietnam   Le président Tran Dai Quang du Vietnam sera le seul à ne pas s’exprimer en français à l’ouverture du Sommet 2016. Peut-être reste-t-il l’École Française d’Extrême-Orient : fondée en 1898 à Saïgon, conservatrice du site d’Angkor en 1907, chassée de Hanoï en 1957 et de Phnom Penh en 1975, avant un retour au Cambodge en 1990 et à Hanoï en 1993. Et la promesse vietnamienne de constituer une passerelle vers les Nations d’Asie du Sud-Est.
«La Francophonie une promesse qui sera tenue», a dit le président français François Hollande. On constate surtout une longue liste de bonnes intentions qui importunent beaucoup de dirigeants de la Francophonie du Tiers-monde : démocratie, bonne gouvernance, développement durable, État de droit, libertés. On est encore loin, très loin, du voeu de Rudy Demotte, Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, d’un «espace démocratique irréprochable».

Nasolo-Valiavo Andriamihaja

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