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RIVO RAKOTONDRASANJY – «La Chambre de Commerce est un formidable outil»

Exercice singulier que d’interviewer son copain de classe chez les Jésuites, devenu Président de la prestigieuse Chambre de Commerce (et d’Industrie) d’Antananarivo. Des idées longuement débattues, en des va-et-vient interminables au cours de soirées jusqu’à l’aube à refaire le monde. Il y eut des revirements, beaucoup. Mais jamais de reniement, aucun.

L’Express. La Chambre de Commerce, finalement…

RRR. La Chambre de Commerce est une structure d’appui au secteur privé. Plate-forme d’informations sur les opportunités économiques, appui en renseignements sur les questions de textes, à propos du fisc, les questions de douanes ou de finances.

Le grand public peut se perdre entre CCIA, EDBM, Fédération des Chambres de Commerce…

L’EDBM s’occupe en principe du marketing pays. La Fédération des Chambres de Commerce réunit chacune des Chambres de Commerce des 23 régions, plus celle Nosy-Be qui a un statut spécial. La vitrine nationale doit être la Fédération, mais chaque Chambre de Commerce mène sa propre politique.

Où est la «valeur ajoutée» Rivo Rakotondrasanjy…

Quand je suis devenu membre élu, en 2008, j’avais découvert un formidable outil pour l’appui aux PME et TPE. Et j’ai toujours voulu en optimiser les opportunités d’où la suite comme vice-président au titre du collège Industrie (de 2010 à 2016). Ma candidature à la présidence de la CCIA a été mûrie depuis 2012, et j’en avais fait part à mes prédécesseurs à la présidence du Fivmpama (Fivondronan’ny Mpandraharaha Malagasy). Du point de vue des PME, je signale d’ailleurs l’excellente complémentarité entre le lobbying que mène le Fivmpama et la plate-forme d’opportunités qu’est la Chambre de commerce. Elle permet une cohérence entre le «Vita Malagasy» et la nécessaire mise à niveau des entreprises gasy.

«Débattons de la relance économique», un nom pourtant à rallonge, faisait-il partie de cette démarche ?

«Débattons de la relance économique» est ce groupe Facebook que j’ai créé en 2013, et qui compte actuellement 31.000 membres. Je l’ai créé en ayant compris que Facebook peut être un outil de partage d’idées.

Où en est Obio Hamy ?

Nous avions créé «Obio Hamy», en 2015, pour la production d’éthanol à partir du manioc, parce que les énergies renouvelables font partie des secteurs stratégiques et que nous voulions accompagner la transition énergétique par une intégration verticale via l’agribusiness.

On en parle depuis tellement longtemps, mais on attend toujours le premier hectolitre…

Autant le dire, Madagascar n’offre pas encore l’environnement propice pour les investissements. Il subsiste un écart entre les besoins des PME/TPE et l’offre des banques. Elles sont encore frileuses à financer les PME/TPE.

Il n’y a donc aucune alternative ?

La micro-finance est plus réactive, mais elle pratique des taux d’intérêt hors de portée. Donc, on travaille à l’inclusion financière par la digitalisation. Le taux de bancarisation est de 10 à 18%, soit une clientèle de seulement 2.7 millions de comptes. L’objectif est la formalisation des entreprises, par l’éducation financière à laquelle s’attellent déjà conjointement le Fivmpama et la CCIA. Les entrepreneurs malgaches ont, par exemple, le «fady» des prêts. Nous avons développé cette phobie du prêt et de l’endettement. Nous n’établissons pas toujours un contrat de travail en bonne et due forme. Nous ne pratiquons pas la transparence de la structure des prix. Nous n’avons pas une tenue scrupuleuse des documents comptables et administratifs. Réaliser chacune de ces étapes, et toutes ces étapes, faciliterait pourtant l’inclusion financière.

Dans ce meilleur des mondes privé-privé, que reste-t-il à l’État-providence ?

L’État doit se ménager un pré carré. La banque d’État, comme la Banque de la solidarité qu’avait voulue l’ancien Président Didier Ratsiraka, a du sens. De même, il faudrait un opérateur téléphonique malgache, une compagnie d’énergie et d’électricité nationale, une compagnie pétrolière malgache. Autrement, nous serons à la merci des compagnies étrangères. Par exemple, pour l’eau et l’électricité, si une privatisation de la production est parfaitement envisageable, la distribution par contre doit rester à la Jirama.

Un credo de la part du nouveau Président de la Chambre de Commerce d’Antananarivo ?

Quand nous parlons de «Vita Malagasy», ce n’est pas seulement du produit dont il s’agit, mais de l’état d’esprit qui accompagne toute la démarche. Un acte d’achat, mais également un engagement moral. Ne pas acheter si le produit «Vita Malagasy» ne convient pas. Par contre, ne pas dénigrer ni discréditer le «Vita Malagasy». Il nous faut imposer notre approche «Vita Malagasy». Sinon, quel intérêt de nous masturber avec, si nos tomates sont auscultées en long et en large à l’exportation alors que des pâtes chimiques inondent librement notre marché local? Le concept «Vita Malagasy» est inséparable d’un package : nos produits, nos entreprises, nos consommateurs. Le monde adopte un nouveau paradigme : l’humain, le local. La crise de la Covid a servi de déclic. Et Madagascar se retrouve à ce carrefour d’avoir finalement toutes les réponses: en énergies, en alimentation, en phytothérapie. À nous de nous poser les bonnes questions, et de nous équiper des bons outils.

 

 

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