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Editorial

Avorton

Houleux. Ainsi s’annoncent les débats à l’Assemblée nationale à propos de la proposition de loi sur l’interruption thérapeutique de grossesse déposée par la députée de Tsihombe, Masy Goulamaly. Le texte est très clair et précis et ne devrait pas être sujet à interprétation. Mais c’est en dehors du Parlement que les voix s’élèvent déjà.

Aussi curieux que cela puisse paraître, ce sont les hommes qui haussent le ton alors que la proposition de loi concerne surtout et uniquement les femmes. C’est d’autant plus étonnant que les évêques sont les premiers à réagir en écrivant aux députés pour le rejet pur et simple de cette proposition. Ils étaient silencieux dans les affaires de pédophilie qui ont secoué le clergé ailleurs comme ici. On ne s’attendait guère à un changement de position des mon seigneurs qui est restée la même depuis la nuit des temps. Une vision primaire, obtuse et radicale qui n’évolue pas alors que le testament lui-même a évolué avec le temps.

Beaucoup ne daignent d’ailleurs pas lire le texte mais rejettent la proposition de loi les yeux bandés. Il est évident que le dernier mot appartient à la parturiente de garder ou pas l’enfant quels que soient les risques et quel que soit l’avis des médecins. Mais il faut également tenir compte du taux de mortalité à l’accouchement pour différentes raisons et qui reste important.

Il faut aussi dire le nombre d’enfants handicapés rejetés par leurs parents (un nouveau né avec une fente labiale a été abandonné par sa mère au bord de la rue la semaine passée) de plus en plus nombreux. Et si l’Etat ne peut rien faire pour eux, c’est le cas pour le moment, autant éviter le problème. Il suffit de flâner du côté d’Antanimena pour voir toute une ribambelle d’enfants handicapés poussés dans un fauteuil roulant pour toucher la fibre sensible des passants. Le dernier recensement général de la population estime à cent cinquante mille le nombre d’handicapés. Soit 0,6 % de la population. Le score d’un canasson à la dernière élection présidentielle. Un chiffre négligeable pour attirer l’attention des dirigeants.

Faut-il garder ce nombre en l’état l’anéantir ou l’augmenter? C’est le cas de conscience qui va peser sur les députés dont les avis divergent même au sein de la majorité. Eh oui, il s’agit d’une question vitale et sociale dont la réponse dépend de la conviction de chacun plutôt que de la discipline de parti.

Des députés se sont prononcés publiquement sur la question dans l’objectif d’embarquer ses collègues parlementaires. Pour le moment, il n’y a pas de mot d’ordre pour le vote et le rejet de cette proposition de loi dont l’objectif est de sauver des vies en empêchant des naissances.

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