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Chronique

La route avance : décentralisons-la

Les usagers de la RN7 savent combien certaines portions entre Ambositra et Ambohimahasoa combinent deux inconvénients : absence de visibilité et étroitesse de la voie, parfois sans même l’échappatoire d’un précipice. L’accident mortel de ce weekend oblige à revoir drastiquement le tracé de cette route : qui ne se contentera pas d’un redimensionnement cosmétique, mais nécessitera un investissement lourd en ouvrages d’art : qu’un seul viaduc rende hommage à la mort de ces enfants, énièmes sacrifiés d’une cascade de négligences.

Sous la Première République (1959-1972), il existait un échelon des ponts et chaussées, doté de brigades routières équipées en matériel, auprès de chacune des dix-sept préfectures. Ainsi, par exemple, à la brigade routière de la Préfecture de Farafangana de veiller à l’entretien des liaisons entre «ses» sous-préfectures (Manakara, Fort Carnot, Vohipeno, Vangaindrano, Midongy et Vondrozo), sans qu’il faille en référer au Chef-lieu de la province, à Fianarantsoa, encore moins déclencher une procédure à la Capitale, Antananarivo. La préfecture de Fianarantsoa ayant déjà fort à faire avec «son» réseau intérieur entre Ihosy et Ivohibe, Ambositra et Ambatofinandrahana, Fandriana et Imito.

Une conception de la décentralisation que semblaient pourtant contredire les «perspectives d’avenir» du Ministère de l’Équipement en 1970 : «les routes du réseau secondaire devront être progressivement prises en charge à l’entretien par le budget de l’État, au fur et à mesure de leur aménagement, la solution, étant, pour ce faire, de créer un Réseau national secondaire» (Dix ans d’équipement (1959-1969), page 13).

Alors qu’à l’époque, le Ministère de l’Équipement revendiquait deux réalisations sur la RN12 (96 km entre Farafangana et Manakara et 69 km entre Farafangana et Vangaindrano), celles-ci n’étaient donc pas à mettre au compte des brigades routières du réseau secondaire.

Et pourtant, le réseau routier national, défini par la Loi-programme de 1961, et très ambitieusement baptisé «Réseau de l’An 2000», était pour ainsi dire «pavé» de bonnes intentions : «que, dans les années à venir, la politique routière s’infléchisse vers un aménagement rationnel du réseau routier secondaire (…) dans l’optique de développements régionaux».

C’est peut-être parce qu’on a renoncé à cette décentralisation, qu’en cette année 2021, la route entre Vangaindrano et Manantenina demeure ce parcours Off-Road, franchi par une vénérable Renault 18 Quadra GTD, dont on peut suivre les aventures sur un groupe Facebook. De Vangaindrano à Manantenina, on glisse de la Région Atsimo Atsinanana à celle d’Anosy, comme il y a 50 ans on passait de la Préfecture de Farafangana (pour Vangaindrano) à celle de Fort-Dauphin (Manantenina). Seule la nomenclature administrative a changé : rien n’indique que la réalité routière d’aujourd’hui soit meilleure que celle des brigades routières préfectorales de 1970.

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