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Chronique

Ma religion laïque de la Trano Gasy

C’est la troisième étudiante en architecture qui me consulte à propos des «Trano Gasy». Elles ont la chance de pouvoir poursuivre leurs études à l’île Maurice, à Nantes ou à La Villette puisqu’une école d’architecture dans les règles de l’art n’existe toujours pas à Madagascar.

Je désespère d’assister tous les jours au spectacle de «Trano Gasy», mutilées et abâtardies sinon en cours de démolition, pour ne pas multiplier ces moments de partage qui me permettent de passer le relais de la «Bonne Parole».

Pour conjurer l’indivision chez des familles rattrapées par la mort de la classe moyenne ou l’indélicatesse de nouveaux riches sans fibre culturelle, la création d’une «Fondation Trano Gasy» offre la meilleure solution. Sauf que les maigres ressources individuelles locales, mises bout à bout, seraient encore loin du compte de l’article 30 de la loi n°2004-014 du 19 août 2004 : «Le capital initial de la Fondation ne peut être inférieur à six milliards de francs malagasy ou 1 200 000 000 ariary». Même la dotation initiale de 3.500.000.000 FMG/Irambilanja, dans la précédente loi de 1995, et quand bien même libérable en deux versements, m’aurait semblé problématique.

Un seuil rédhibitoire, surtout dans le contexte socio-économique actuel, pour la constitution pourtant d’une «personne morale de droit privé à but non lucratif», dédiée à des «objectifs d’intérêt général», pour se gagner la légitimité d’une «reconnaissance d’utilité publique».

Concernant le champ d’action des «Tsanganasa fanasoavambahoaka», la loi 95-028 du 26 septembre 1995 était plus explicite : «affectation irrévocable de biens, droits ou ressources à la réalisation d’une oeuvre d’intérêt général à caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, culturel, ou concourant à la mise en valeur du patrimoine artistique ou à la sauvegarde de l’environnement».

Des personnalités de premier plan pourraient porter le plaidoyer «Trano Gasy». Les programmes scolaires devraient sensibiliser à l’amour de cette architecture dès le plus jeune âge. Les tapisseries d’antan, comme les photos d’archives, sinon les cartes postales, montrent volontiers la colline de Faravohitra tapissée de Trano Gasy plutôt que le quartier administratif d’Anosy et ses cubes utilitaires. Ainsi éduquées au beau, les futures autorités auront le bon goût de ne pas faire dans les barres de béton ou les tours de verre et d’acier. Et par l’exemplarité de bâtiments publics respectueux de l’identité paysagère de céans, la population sanctuariserait, par mimétisme, des morceaux d’architectures qui sont une page, un chapitre, un livre, de notre histoire.

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