Editorial

Télé-réalité

Une exécution sommaire en direct à la télévision comme on n’ en a vu que dans les films. Cette fois la réalité a dépassé la fiction. On n’en croyait pas ses yeux. Un présumé bandit dont la police ignore l’identité et dont on n’établira jamais la culpabilité, à terre et sans armes touché de deux balles dans le dos et la jambe se fait achever froidement d’un coup de revolver par un policier alors qu’il tentait de relever la tête, vendredi à Ampefiloha. La foule massée autour du présumé bandit, un réparateur de moto selon sa famille et comme en témoignaient ses mains noirs de cambouis, est atterrée.

Les avis sont partagés. D’aucuns se réjouissent du sort réservé au prétendu malfrat par le policier. Une réaction somme toute compréhensible de la part d’un simple citoyen. Quant au policier, il est censé justement devoir écarter le danger et n’utiliser son arme qu’en dernier recours. Le fait est que personne ne peut prouver qu’il s’agit vraiment d’un bandit. Sa famille soutient fermement le contraire.

Le cas n’est pas isolé mais c’est la première fois qu’il a été filmé et diffusé par la nouvelle station Real TV qui justifie bien son nom. D’autres cas avaient été dénoncés aussi bien dans la capitale que dans les régions où les forces de l’ordre sont pointées du doigt pour être l’auteur d’exactions ou d’exécutions sommaires. Des soi-disant bandits ont été exécutés dans le dos à genoux, d’autres abattus à bout portant pour avoir tenté de s’échapper selon la version officielle.

À en juger le sang froid et l’aisance du policier, on est tenté de croire qu’il s’agit d’une tradition. La police avance que la victime fait partie d’un gang fomentant un braquage et qu’elle a poursuivie depuis Antsahamanitra.

Que la population adopte la justice populaire, elle n’est soumise à d’autre éthique et déontologie que sa morale et son humanisme, mais quand la police et les forces de l’ordre choisissent la gâchette en guise de procès, on ne doit plus se qualifier de République. On est en pleine barbarie constitutionnelle. La police n’est ni un shérif ni un justicier. Mais il semble justement qu’on vit en pleine époque du western avec des duels au milieu des rails .

La démocratie se trompe visiblement de pays et d’époque. Le Premier ministre doit s’en mordre durement le doigt. Une semaine après son sermon à l’endroit de la police, il reçoit une réplique cinglante et sanglante. Une réponse claire et nette qui met à l’épreuve la fameuse lettre d’engagement des responsables policiers. À preuve, le Premier ministre n’en pipait pas mot hier lors de la réunion avec l’Organe mixte de conception.

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